Madagascar: La campagne de tous les dangers - L'exportation de vanille, otage de la guerre des prix

La campagne 2020 s'annonce cruciale pour l'avenir de la vanille malgache. Les dispositifs mis en place pour revaloriser l'or vert seront soumis à de sérieux tests.

Ils trépignaient d'impatience. Ils ont des fourmis dans les jambes. Ce sont les cent vingt quatre opérateurs qui ont obtenu leur agrément pour l'exportation de la vanille. Ils n'ont attendu que le feu vert de la campagne 2020-2021 qui s'étale du 15 septembre au 31 mai pour expédier leur produit, préparé et bien conditionné le marché mondial. Ces « privilégiés »- aucune précision n'a été donnée sur les critères de sélection envisagent un volume d'exportation nationale pouvant aller dans les 1900 tonnes, d'après les estimations du ministère de l'Industrie, du commerce et de l'artisanat, MICA.

Ils sont des industriels et artisans triés sur le volet parmi les deux cent trente et un prétendants qui ont déposé leur demande d'agrément auprès de ce ministère de tutelle. La liste d'une deuxième vague d'exportateurs agréés pourrait cependant être publiée, à la suite d'une revue d'effectif, au cas par cas, des recalés de la première liste. Mais une fois encore, certains critères sont requis pour pouvoir espérer d'être agréé. Comme le fait d'être en règle vis-à-vis des obligations fiscales, administratives et sociales. Sans parler de l'audit et du contrôle qui seront de nouveau menés auprès de leur magasin de stockage.

Les prix de la discorde

Ceux qui ont déjà reçu leur agrément, connaissent les règles du jeu auxquelles ils doivent se soumettre. En l'occurrence les différentiels des prix en vigueur. Objets de surenchères et de marchandages. Car pour la campagne 2020-2021 en cours, le Conseil national de la vanille, CNV, qui vient récemment d'être mis en place, a décidé de réviser à la baisse le prix minimum sur le marché local pour la vanille préparée. Stabilisée à 650 000 ariary le kilo et à 250 dollars par kilo le prix FOB minimum à l'exportation. Or, pour la campagne 2019-2020, clôturée au mois de mai, il était imposé que la vanille s'achetait à 900 000 ariary auprès des planteurs et que le prix-plancher à l'export était de 350 dollars par kilo. Ainsi, les 250 dollars ne semblent pas plaire à tout le monde.

Une disposition qui n'a pas fait l'unanimité. C'est le moins que l'on puisse dire. Des opérateurs regroupés au sein du Collectif des exportateurs de vanille, ont exprimé leur réserve sur les mesures et jauges en question dans une conjoncture où la demande mondiale est en berne, du fait de la concurrence des produits de synthèse, de plus en plus en vogue. Ou encore à cause de l'émergence d'autres pays producteur aux ambitions sans bornes. Ce collectif ou cartel, c'est selon, évoque et invoque alors une stratégie contre productive. Mettant même en péril, s'insurgent-ils, toute la filière déjà confrontée, à l'interne, à d'autres problèmes irrésolus. Comme les vols de vanille sur pied, corollaires et conséquences sous jacentes du non-respect du calendrier des récoltes, propre à chaque région productrice.

Mais ces inquiétudes et appréhensions sur ces fixations des prix, ce sont autant d'avis et préavis que la ministre Lantosoa Rakotomalala ne partage pas. Elle insiste sur la fiabilité de ces dispositions légales, soutenues par une aile de professionnels, convaincus que descendre en deçà de ces 250 dollars reviendrait à ouvrir un boulevard aux manœuvres spéculatrices, préjudiciables aux paysans planteurs, les maillons faibles le long de la chaîne de production et de distribution. Il reste alors à savoir, dans un marché à la fois fragmenté et volatile à souhait, si ces prix imposés, tout au moins recommandés, seront observés par les principaux acteurs, eux-mêmes divisés par un évident conflit d'intérêt. Un activiste des réseaux sociaux, quant à lui, déplace les débats sur un terrain encore plus dangereux. En insinuant qu'il est inacceptable que des gens qui n'ont jamais traité de la vanille, dictent aujourd'hui les attitudes à adopter. Une analyse, peut-être fondée mais à fort relent ethnique.

Une réputation mise à mal

En tout cas, avec cette stratégie plus ou moins au forceps, avancée par le CNV, l'objectif avoué serait de sauver la valeur marchande de l'or vert. Qui a déjà connu les prémices d'un renversement de marché, en essayant d'atténuer l'appétit glouton des spéculateurs de tout poil. La flambée du prix de la vanille malgache qui avait atteint des sommets il y quelques années, a poussé des acheteurs internationaux à bouder la Grande île. Ils ont fini par aller voir ailleurs. La montée en force d'autres pays producteurs comme l'Indonésie ou l'Ouganda, ainsi que la concurrence de la vanille artificielle sont aussi des paramètres à prendre en considération.

Pour l'heure, Madagascar détient encore une grosse part du marché mondial de la vanille : 70% si l'on se réfère aux dernières données statistiques. Et le MICA affiche son optimisme par rapport à une éventuelle hausse de la demande de vanille naturelle que la Grande île est bien en mesure de satisfaire. À rappeler que les exportateurs malgaches ont exporté 1400 tonnes de gousses et 150 tonnes d'extraits de vanille l'année dernière. Et cette campagne à venir s'annonce plus que prometteuse, rassure la ministre Lantosoa Rakotomalala. Ses prévisions seront jugées sur pièces.

Plus de: L'Express de Madagascar

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