Congo-Brazzaville: Zuwa - Gaz Mawete dénonce la méchanceté gratuite

Explicite sur le sujet, le court métrage de huit minutes, clip officiel de son nouveau single produit par Bomayé Musik, avoisine les 110 000 vues sur YouTube une semaine après sa sortie, le vendredi 11 septembre.

« La calomnie est la première raison des envieux, des jaloux et des fripons », disait Joseph Michel Antoine Servan. La pensée de l'écrivain français mort au début du XIXe siècle trouve un écho dans le dernier clip de Gaz Mawete. La vidéo le dit de manière plus éloquente que Zuwa, le morceau lui-même, un extrait du prochain album Tsunga. Des premières paroles, Agara Binana, l'intro habituelle du jeune chanteur que l'on entend à trois minutes quarante-quatre jusqu'à six minutes vingt-huit, on en a à peine pour deux minutes quarante-quatre de chanson alors que le clip dure huit minutes neuf.

Le moment où Gaz Mawete pousse la chansonnette tient juste le temps d'un cauchemar et passe pour une « incursion » dans l'univers du personnage central, un trentenaire de classe moyenne. Au début du clip, ce dernier fait un aveu à ses trois copains : il ne porte pas le jeune chanteur dans son cœur. La conversation est animée, en musique de fond joue Kibokolo, un air de l'artiste qu'il livre en pâture. Dans ce club, comme on en trouve un peu partout à Kinshasa, où la bande passe la soirée, l'un des copains du forcené lui demande s'il connaît celui qu'il dénigre, il rétorque : « Est-ce qu'il faut le connaître pour savoir que c'est quelqu'un de pas net ? Ce n'est pas quelqu'un de bien ! ». Et d'ajouter sur le même ton méprisant et déroutant de franchise : « Moi je ne l'aime pas. Il m'énerve ! ». La déclaration accueillie par des huées de désapprobation du reste de la bande ravive la conversation. Une autre question fuse alors : « Qu'est-ce qu'il t'a fait au juste ? ». Il répond : « Ecoutez, il ne m'a rien fait.

Et d'ailleurs, qu'est-ce qu'il peut bien me foutre ce pauvre con ? ». Ses copains rient de bon cœur. Il poursuit : « Non mais, je vous jure, c'est juste que je ne l'aime pas et je déteste sa façon de faire les choses. Nayebi te, mais alingi ko miboulé trop (Je ne sais comment le dire mais il a une très haute opinion de lui-même) ». C'est là que sur un ton de reproche, l'un le reprend : « Mais, mon cher amiboulé ndenge nini ? Ye azosala vie naye yope ozosala vie nayo (comment penses-tu qu'il a une très haute opinion de lui-même ? Il mène sa vie et toi la tienne) ». Et pour couper court un deuxième tranche : « Bon, les gars, moi, demain j'ai une très longue journée, je crois même que l'on doit se tirer ». Le dénigreur rétorque : « Oui, c'est une bonne idée, barrez-vous ! ». La première minute du clip s'achève ainsi.

Durant tout le trajet qui le mène à son domicile, le détracteur est « assailli » de toute part. Dans la pénombre, son regard s'arrête sur un panneau publicitaire annonçant la sortie du nouvel opus de Gaz. Puis, la radio diffuse un air du chanteur qu'il reconnait, il zappe C'est raté !, mais quand il change de station, c'est sur Game over qu'il tombe. Il s'acharne alors à changer de fréquence, le comble c'est qu'il a droit cette fois à l'extrait du Journal Afrique de TV5 où l'on présente Gaz Mawete. C'en est trop, il éteint sa radio. Deux minutes et demie sont entamées.

Le jaloux est son propre tortionnaire

Les deux premières parties de la vidéo illustrent à suffisance une citation fort à propos d'Étienne de Jouy. « L'envieux, jaloux de la réussite d'autrui, joint au ridicule celui de la méchanceté sans esprit ; vous l'entendrez dénigrer tous les talents, contester tous les succès, affaiblir tous les éloges, et renchérir sur toutes les critiques », affirme le dramaturge dans L'Hermite de la Chaussée-d'Antin. Dans la suite, le jaloux du clip fait un cauchemar dans lequel il a pour bourreau le chanteur qu'il déteste. Gaz lui fait subir les pires sévices : coups de poings en plein visage, clous plantés dans les genoux, décharge électrique et pour finir un tir à bout pourtant pour l'achever. Cette dernière scène le sort de son cauchemar. La morale du clip, explique la jeune star au Courrier de Kinshasa : « Evitons d'être jaloux car cela nous fait du mal à nous-même, cet homme l'est au point qu'il va jusqu'à faire cet affreux cauchemar ». En étant jaloux, poursuit-il, « il s'impose à lui-même une torture psychologique ».

Par ailleurs, l'étoile montante de la jeune génération actuelle de la musique congolaise nous a confié avoir écrit Zuwa sur base d'expériences personnelles. Gaz Mawete a reconnu avoir essuyé un affront, fait face à une marque d'antipathie et à des propos outrageux tenus en son absence qui lui sont remontés. Choqué à l'instant par l'hostilité dont il a été victime, il a accusé le coup et choisi d'exprimer son ressenti en chanson. Dans Zuwa, il s'adresse plutôt à un homologue chanteur à qui il demande de lui avouer sa jalousie qui tiendrait à son succès qu'il ne peut admettre. « Tu devrais dire ce qui t'offusques sinon tu crèverais de jalousie. Nous avons opté de t'appeler leader. Nous acquiesçons le fait que tu sois plus fortuné, plus beau et mieux vêtu que nous », dit-il. L'on en vient tout de suite à penser qu'il fait allusion à une autre star, un aîné dans la musique.

Mais Gaz Mawete a esquivé la polémique, prétendant s'adresser plutôt à « tous ceux qui sont jaloux de leurs pairs dans tous les domaines ». Et que, dans son cas, la jalousie qu'il suscite parce qu'il fait « du bon boulot » ne va pas entamer son capital estime de soi ou l'empêcher de réussir. Cela serait plutôt de nature à remonter à bloc le poulain de Bomayé Musik convaincu que l'on parle de « la réussite lorsqu'on atteint ses objectifs ». N'en déplaise à ses détracteurs, il nourrit au quotidien l'ambition de « changer la musique congolaise, en atteignant un niveau qui va motiver tous les talents de la RDC ». Dans l'idée de percer jusqu'à « un niveau jamais atteint avant ».

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