Ile Maurice: Soupçonnés d'être des trafiquants de drogue - Villas et voitures de luxe - Des éleveurs de bétail «trop» riches ?

20 Septembre 2020

Ce village côtier du nord s'est réveillé en sursaut aux petites heures, mercredi matin. Des officiers du Groupement d'intervention de la police mauricienne (GIPM), de la Special Supporting Unit (SSU), ainsi que des chiens de la Dog unit, de même que des enquêteurs de la commission anticorruption (ICAC), ont débarqué chez les Legentil à Kalass Road, Grand-Gaube.

Cela après que plusieurs membres de cette famille, selon des sources policières, étaient sous stricte surveillance depuis quelque temps. Ils ont été appelés à fournir aux enquêteurs des explications sur leurs biens comme leurs luxueuses maisons dans la région, leurs meubles à hors de prix et les véhicules de luxe qu'ils conduisent.

Durant cette descente policière, deux motos de 300 cc et 600 cc d'une valeur de Rs 1,4 million et un 4x4 de Rs 600 000 ont été saisis. Les membres de cette famille sont poursuivis pour blanchiment d'argent sous la Financial Intelligence and Anti-Money Laundering Act.

Alors que le père, Jean Clency Legentil, est connu pour ses démêlés avec la justice en 2014 et 2018 par rapport à des affaires de drogue, cette fois, trois autres personnes de sa famille sont dans le collimateur de la brigade anticorruption. Il s'agit de sa fille, Marie Yohanna Suzette Legentil, son fils Yohan Legentil et la femme de ce dernier, Joelle Lauri Legentil. Les officiers de l'Anti Drug & Smuggling Unit soupçonnent que ces derniers étaient également impliqués dans le trafic de drogue dans le nord du pays. Toutefois, les principaux concernés nient catégoriquement l'être. Ils affirment ne pas tremper dans des affaires illégales.

Jeudi à 13h30, nous nous rendons à Grand-Gaube sur les lieux de la descente policière effectuée durant la semaine. Tout semble paisible. Tout le monde vaque à ses occupations. Pêcheurs et banyans que nous rencontrons sur la route ne veulent rien dire sur le sujet. «Sa vilaz-la pé fini ek ladrog. Aster kisanla pé vandé, sa nou pa pou koné. Les lapolis kontinié fer so lanket. La vérité finira par triompher», disent les plus bavards. Au sujet des Legentil, rien. «Nou konn zot kumsa... »

Grain de sel

Direction la demeure des Legentil. Les maisons, trois au total, sont entourées principalement de terrains en friche. Ils n'ont quasiment pas de voisins aux alentours. Sur place, le frère aîné est affairé à bricoler sa voiture. «Nou pa tro koné noumem kinn arivé», dit-il simplement. Son frère Yohan, lui, est catégorique, sa sœur et lui n'ont rien à voir avec un quelconque trafic de drogue. «D'ailleurs, les policiers ont procédé à une fouille minutieuse de la maison et n'ont rien trouvé de compromettant. Depuis des années, nous faisons un élevage de bétail dans la région. Koumma ou kapav trouvé, mo nouri bef, vass ek mem koson», indique le jeune homme. Cependant, selon des sources officielles, deux plants de cannabis ont été trouvés sur place le même jour. Interrogés à maintes reprises à ce sujet, les Legentil ont tout nié en bloc et ont campé sur leur version. «Pa finn gagn nanié ek nou.»

Yohan Legentil explique ne pas comprendre pourquoi les forces de l'ordre parlent de villas luxueuses. Sa maison a été réalisée, selon ses dires, par étapes, à chacune de ses rentrées d'argent. «Tout a été fait petit à petit, honnêtement. Idem pour les meubles à l'intérieur. Ou trouv sa delux ou ?Li basik», ironise-t-il. Yohan Legentil déclare qu'il gagne bien sa vie comme éleveur depuis des années. «Mo asté vandé, mo ena plis ki 30 zanimo. Fek la mo fek gagn Rs 300 000 zis ek zot. Je suis d'ailleurs un éleveur certifié. Là, la police a saisi le véhicule dans lequel je transportais leur nourriture. Je ne sais plus comment je vais faire pour travailler.»

Vue de l'extérieur, ce qui retient l'attention, ce sont les pierres de taille sur les façades avant de la maison, qui est peinte en blanc, avec des balustrades en bois. Les deux maisons appartenant aux deux autres frères et sœurs ont la même apparence mais elles ne sont pas encore complétées à 100 %.

L'époux de Marie Yohanna Suzette Legentil, qui était également présent, confie, pour sa part, que chacun ajoute son grain de sel sur cette affaire, mais il affirme que sa belle-famille n'est nullement impliquée dans le trafic de drogue. «Dimounn la pou kozé ! D'ailleurs, personn pa finn areté, pa finn gagn nanié ek nou. Ou finn vini ou mem pé truv bann zanimo la, nou kapav osi amenn zot dan park koson la.»

Ce qui jouerait en leur défaveur serait, selon eux, la réputation de leur père, qui leur colle à la peau. «Oui, il a déjà été arrêté pour des affaires de drogue. Mais il n'habite plus avec nous depuis un certain temps déjà. Il réside un peu plus loin, près de notre ferme à cochons. Zot pa kapav baz zot lor sa.»

Les Legentil sont d'ailleurs remontés contre les policiers, qui ont divulgué des images prises à l'intérieur de leur maison, en soutenant qu'il y avait des enfants sur place. Ils sont, souligne-t-il, actuellement en consultation avec leur avocat pour connaître la marche à suivre.

Aucun lien avec ti-monstre

«Nous avons lu, dans certains titres de presse que nous étions associés à Ti-Monstre. Nous ne sommes pas amis. Nous ne connaissons pas Jacquelin Carnelle, qui est connu comme Ti-Monstre. Nous ne l'avons d'ailleurs jamais vu», confie Yohan Legentil. Ti-Monstre, rappelonsle, est aussi un habitant de Grand-Gaube, qui a déjà été arrêté en 2018 par l'ADSU. Il avait du cannabis en sa possession. Ti-Monstre est connu des services de police et serait un des trafiquants de drogue les plus connus réputés de village côtier.

Plus de: L'Express

à lire

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.