Sénégal: Procès pour corruption à l'IAAF - Papa Massata Diack évoque des "manquements" de la justice française

Dakar — Papa Massata Diack a dénoncé lundi à Dakar les "manquements" de la justice française dont il s'est indigné des prétentions à travers le verdict prononcé dans le procès pour corruption visant la gestion de son père à la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF), dénonçant une procédure expresse qui préjugeait d'une "condamnation annoncée".

La 32e Chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Paris a reconnu M. Diack, 87 ans, coupable de "corruption active et passive" et "d'abus de confiance", le 16 septembre dernier, dans une affaire portant sur "un réseau de corruption" destiné à cacher des cas de dopage.

Il a été condamné à 4 ans de prison dont deux fermes, en plus d'une amende maximale de 500 000 euros, la peine la plus lourde ayant été prononcée contre son fils, Papa Massata Diack, qui n'a pas comparu devant le tribunal français.

Diack fils a été condamné à cinq ans de prison ferme et un million d'euros d'amende et le tribunal a maintenu le mandat d'arrêt à son encontre.

Lamine Diack va faire appel de sa condamnation, de même son fils a fait part lundi à Dakar de sa décision d'interjeter appel devant la Cour d'appel, la Cour de cassation, la Cour européenne de justice et devant la Cour pénale internationale si besoin.

S'exprimant lors d'une conférence de presse, Papa Massata Diack a dénoncé "une persécution de la justice française" et "un procès à charge" dont l'instruction expresse préjugeait d'une "condamnation annoncée".

Ce procès, "en ce qui me concerne, n'a été ni juste, ni équitable", a déclaré Lamine Diack, devant des membres de sa famille, des "amis d'enfance" et des membres du collectif de soutien à l'ancien président sénégalais de la Fédération internationale d'athlétisme.

Il estime que ses droits à une défense ont été violés par une instruction bâclée, après que le tribunal français a essayé en vain de faire valoir sa compétence territoriale, bien que les faits présumés ne se soient pas déroulés en France mais à Monaco.

"Personne n'a compris que l'instruction judiciaire n'ait pas eu lieu à Monaco", même en tenant compte des liens de coopération judiciaires entre la Principauté et l'Hexagone, a déclaré Papa Massata Diack, selon qui en raison des délais rapprochés et des contraintes liées notamment au COVID-19, il n'a pu se faire représenter par ses avocats sénégalais lors du procès.

Il a dénoncé les "manquements de l'enquête préliminaire" qui n'a selon lui duré que 50 jours, sans compter que le dossier n'est, a-t-il dit, pas basé sur un rapport définitif mais sur "une dénonciation".

L'enquête "exhaustive" mis en avant par la justice française ne l'est "que de nom", ni lui ni son père n'ayant été selon lui entendu, sauf à l'étape de la garde-à-vue dans le cas de ce dernier.

Massata Diack déplore d'autant les "amalgames" et "conditions" créés pour enquêter sur son père et se diriger vers "un procès où on veut nous parler de morale". Sinon, "rien du tout, aucune preuve", s'indigne-t-il en parlant d'une "très sérieuse manipulation".

La question qui doit être posée est de savoir si une agence antidopage a qualité pour enquêter sur des contrats marketing ou les processus d'attributions de Jeux olympiques, a-t-il dit, ajoutant qu'il ne considérera que ses droits à une défense ont été respectés que le jour où ses avocats sénégalais se joindront à leurs homologues français pour la procédure d'appel.

Papa Massata Diack s'est élevé contre une logique consistant "à faire semblant" d'enquêter, d'ouvrir une information judiciaire avant "une condamnation annoncée".

Il a rappelé que le Sénégal a répondu à la commission rogatoire française en ouvrant une information judiciaire dans le cadre de laquelle il a été entendu et placé sous contrôle judiciaire sans compter qu'il a donné toutes ses coordonnées bancaires.

Il considère qu'il n'a "aucune déférence" à faire à la justice sur cette base, étant entendu qu'il est citoyen sénégalais et non français et n'a aucune attache en France, vivant au Sénégal "de manière permanente depuis 2001", et ne disposant ni d'un appartement d'un compte bancaire dans l'Hexagone.

Aussi s'indigne-t-il de l'idée qu'il a profité de son statut de consultant marketing de l'IAAF pour se faire de l'argent, "une accusation infâmante tout à fait infondée, rabaissante", compte tenu de ses états de services à la Confédération africaine d'athlétisme (CAT) dans le monde du football au service de certains pays africains comme le Togo, le Nigéria et même le Sénégal, à la société de son entreprise, "une société dûment établie" dans le domaine du marketing avant ses fonctions de conseiller marketing à l'IAAF.

La justice française "est en train de bafouer, de réécrire le droit pénal. La justice française est en train de se foutre de nous", a-t-il assené, en pointant des contradictions dans le verdict du tribunal français.

Papa Massata Diack juge curieux que lui soit condamné à 5 ans de prison et un million d'euros d'amende dans cette affaire où il n'a pas comparu et n'est considéré que comme "un émissaire" de son père qui écope d'une peine moins lourde. "Il y aurait donc des corrompus mais pas de corrupteurs", s'étonne-t-il au sujet de ce verdict.

"Dire que Massata Diack a gagné de l'argent" par la corruption, ça, c'est inacceptable. Tout est retraçable", dit-il en parlant de la commission de 5% qu'il percevait sur les contrats qu'il gagnait au profit de l'IAAF, "taux le plus bas possible" dans ce secteur selon lui.

"En réalité, je pense que la justice française voulait me condamner en émettant toutes sortes d'hypothèses", a-t-il déclaré, assurant avoir donné "tous les documents" relatifs aux activités de sa société de 2007 à 2015.

Papa Massata Diack dit avoir permis à l'IAAF de gagner au cours de cette période 150 millions de dollars en contrats de sponsoring, ce qui fait que ses émoluments sont chiffrés à 14 millions de dollars soit 8 milliards de francs CFA, une somme conséquente pour vivre comme il l'entend.

Mais il dit avoir l'impression que le verdict du tribunal français est pour dire "vous les Africains, vous pouvez gagner de l'argent mais vous ne pouvez pas le dépenser".

Concernant sa condamnation à ne plus exercer dans le domaine du sport pendant dix ans, pas seulement dans l'athlétisme, il s'est dit révolté, assimilant cette décision à "une atteinte aux droits humains". "Ils se prennent pour qui", s'est-il demandé en parlant de la justice française, ont-ils "une compétence universelle ?"

Il estime qu'il y a du racisme dans cette affaire, affirmant qu'on ne peut pas lui interdire d'exercer sa profession. "C'est mon métier de vendre du rêve", pas de recevoir "de petites enveloppes", dit-il, avant de dénoncer dans le verdict du tribunal français "un déni de justice" et "une farce".

"Je suis un militant du sport, je ne suis pas un militant politique", a-t-il déclaré, avant d'annoncer son intention d'interjeter appel. Il dit se préparer avec ses avocats à "un marathon judiciaire. On ira jusqu'au bout de ce marathon, en cassation, devant la Cour européenne de justice et même devant la Cour pénale internationale "s'il le faut".

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