Niger: Fadji Maina sur les marches de la NASA

21 Septembre 2020
interview

Fadji Zaouna Maina est la première nigérienne à intégrer la prestigieuse agence aérospatiale américaine en tant que spécialiste de l'hydrologie, de l'eau.

DW : Bonjour Maina Fadji.

Maina Fadji : Bonjour.

DW : Vous-êtes la première nigérienne à travailler à la Nasa. Avez-vous des collègues africaines qui travaillent avec vous à la Nasa ?

Non, je n'ai malheureusement pas eu à travailler avec des collègues africaines tout au long de mon cursus, que ce soit en France ou aux Etats-Unis ou en Italie. Cela ne signifie pas que les Africains ne sont pas à la Nasa mais je n'ai pas eu l'occasion de travailler avec eux.

DW : Vous faites quoi concrètement, en tant que scientifique africaine, d'origine nigérienne qui travaille à la NASA?

Maina Fadji : Á la NASA, on essaie de comprendre le cycle de l'eau - spécifiquement dans les régions montagneuses. Ces régions donnent de l'eau à plus d'un milliard de personnes sur Terre et elles sont malheureusement soumises au changement climatique. On essaie donc d'utiliser les données satellitaires, étant donné que la NASA a presque la majorité des satellites sur Terre et capture pas mal de données qui nous semblent très précieuses pour mieux comprendre le cycle de l'eau, comme la pluie, les températures. Donc on utilise ces genres de données satellitaires avec les modèles mathématiques pour mieux comprendre le cycle de l'eau.

DW : Vous faites bien de parler de ça. Mais alors comment faites-vous pour aider votre pays ou la région de Zinder dont vous êtes originaire où il y a énormément de problèmes d'eau ?

Maina Fadji : Pour le moment, j'ai juste des collaborations avec des étudiants qui travaillent sur les ressources en eau et je leur apporte mon expertise et les aide pour avancer dans leur carrière. Et lorsque j'ai le temps pendant le week-end, j'essaie de penser à ces projets étant donné qu'aujourd'hui, on a des satellites qui couvrent le monde entier. Donc on a bien des données sur le Niger même si ces données ne sont pas à haute résolution comme les données sur les Etats-Unis.

DW : Comment comptez-vous faire profiter votre expérience aux femmes et aux jeunes du continent africain en général et du Niger en particulier ?

Maina Fadji : Je pense, tout d'abord, qu'à travers ce que je fais comme mon travail, aujourd'hui, au Niger, il y a beaucoup de femmes qui ont réalisé qu'elles sont aussi capables d'aller plus loin dans leur carrière. Ça, c'est déjà très important pour le Niger parce qu'on n'a pas beaucoup femmes scientifiques, on n'a pas beaucoup de scientifiques qui sont allés assez loin. Donc, aujourd'hui, mon exemple permet de booster beaucoup femmes. Et je compte inspirer ces jeunes femmes pour qu'elles puissent avoir leur place dans la science. Elles ont la volonté et l'intelligence pour le faire, il faut que les jeunes nigériens croient en leurs rêves et se dire que ce genre de rêves peuvent se réaliser.

DW : Concrètement, dans quelle mesure comptez-vous motiver les jeunes à s'intéresser à la science ?

Maina Fadji : J'essaie de leur faire découvrir les sciences parce qu'au Niger et dans d'autres pays d'Afrique aussi, on n'a pas cette connexion avec la science. Par exemple, moi dans mon cursus, j'ai été dans un laboratoire à l'université. Ça c'est quelque chose par exemple que j'aimerai faire découvrir aux jeunes. Si on découvre un tel environnement très jeune, on peut se dire que la science peut servir à quelque chose. Mais si on perçoit la science comme quelque chose de théorique, c'est difficile d'avoir une vocation pour ça. Donc, aujourd'hui, je compte faire découvrir cette science aux jeunes Africains.

DW : Est-ce que vous vous rendez souvent en Afrique pour animer des séminaires ou donner des cours afin de permettre aux jeunes Africains de s'approprier les sciences ?

Maina Fadji : Oui, les dernières fois que j'ai été au Niger, j'y vais une fois par an, j'essaie d'organiser avec d'autres personnes des séances d'informations parce qu'on manque d'informations en Afrique. Donc, on essaie de rencontrer des jeunes pour leur dire qu'il y a telles ou telles filières. Si vous choisissez telle filière vous pouvez devenir tel et résoudre tel problème. En 2018, j'étais au Niger lors de la semaine scientifique et pendant plusieurs jours, on a été à la rencontre de ces jeunes pour leur faire des démonstrations scientifiques. On a animé des conférences, organisé des séminaires etc. A distance aussi, j'essaie d'avoir des jeunes des universités pour leur faire quelques conférences et j'ai aussi des projets de conférence en ligne, cette année, pour le Niger.

DW : Vos travaux sur l'impact combiné du changement climatique et de la pollution sur la ressource en eau, vous ont permis de figurer dans le prestigieux classement Forbes de 2019 parmi les 20 scientifiques de moins de 30 ans ou projets de recherche les plus ambitieux - je rappelle que vous n'avez que 29 ans. Qu'est-ce qui manque à l'Afrique pour que le continent ait des organisations scientifiques aussi pertinentes, aussi importantes comme la NASA ?

Maina Fadji : Le faible développement de l'Afrique joue un rôle dans ce retard que connaît le continent à tous les niveaux. Et je pense qu'en Afrique on se dit que ces problèmes sont plus importants que la découverte scientifique. Mais aujourd'hui, l'Afrique commence à comprendre qu'on n'a besoin de cette science - même si cela peut paraître comme un luxe - face aux problèmes comme la famine, comme le manque d'eau etc. Je pense que pendant longtemps on a négligé certains aspects de la science et là on est en train de découvrir que pour résoudre nos problèmes, on a besoin de la science.

DW : Le digital devrait jouer un rôle important dans les années à venir, dans l'exploitation scientifique des données. Et l'Afrique semble bien partie, d'autant plus que c'est un continent jeune. Mais alors comment utiliser, le digital pour mettre à disposition de la jeunesse africaine, les résultats scientifiques dont vous parlez ?

Maina Fadji : On doit profiter du digital pour partager l'information en Afrique. Par exemple, lors de la semaine scientifique au Niger, on a essayé de jouer sur les réseaux sociaux, pour partager les résultats scientifiques. On a essayé de faire des courts métrages, des portraits pour faire comprendre ce qu'on peut faire avec la science. Donc aujourd'hui, on peut vraiment se servir du digital pour connecter les populations en Afrique, pour connecter les jeunes. Par exemple, les jeunes d'aujourd'hui, en Afrique, peuvent avoir des WhatsApp, des pages Facebook etc. On doit en tant que scientifique se servir de ces plateformes pour passer le message. On nous a longtemps considérés comme des gens qui n'étaient pas capables de faire certaines choses mais il faut vraiment croire en soi et ne jamais baisser les bras. On sait que le chemin sera difficile, il y aura beaucoup d'obstacles mais on a la détermination, le courage et la volonté pour dépasser tous ces obstacles.

Merci Mme Fadji Maina

Merci à vous.

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