Madagascar: Atsimo-Andrefana - De jeunes pairs éducateurs démystifient les maux

La vulnérabilité des jeunes est souvent négligée et mise à l'écart. L'éducation par les pairs est une approche de proximité qui a des effets.

Il est constaté que les jeunes préfèrent naturellement partager ce qui les ronge avec d'autres jeunes. Deux jeunes de Toliara partagent leurs expériences dans cette résolution locale des problèmes de leur génération. Des actions bénévoles très enrichissantes.

En position critique. La population jeune de la région Atsimo-Andrefana est classée en position critique : 48% des jeunes filles âgées entre 15 et 18 ans ont déjà eu leur premier enfant, la grossesse précoce touchant 25% des adolescentes de 13 à 17 ans (Sources: Unicef et direction régionale de la Jeunesse Atsimo Andrefana, 2019). Sans parler du pourcentage en hausse de l'addiction à l'alcool, aux drogues et produits stupéfiants, et de la délinquance juvénile. 23% des enfants de 5 à 17 ans auraient une activité économique au détriment de leur parcours scolaires. La prostitution infantile gagne du terrain en ville, dans les zones touristiques comme Mangily et à Morombe où divers projets de développement drainent du monde. Les raisons évoquées sont multiples : faible scolarité, manque d'éducation et de cadrage, précarité familiale, influence de la société.

Les adolescents de moins de 15 ans constituent 43,8% de la population de Toliara, 42,59% rien que dans le fokontany populaire de Mahavatse II. L'âge médian pour le premier acte sexuel est de 14 ans. Des fokontany abritent un marché habituel de drogues où la prise est courante, mais peu punie. La scolarité n'intéresse pas tous les jeunes ni tous les parents. Ceux qui n'ont aucune expérience sur le marché du travail, n'ont d'autres choix que l'instabilité du secteur informel. L'offre en matière d'infrastructures sportives et culturelles ne suffit pas aux jeunes dont le nombre croît d'année en année.

Chrisnette Roberthe, 28 ans, a vécu la jeunesse, spécifiée entre la tranche d'âge de 15 à 24 ans. Aujourd'hui enseignante après avoir décroché une maîtrise en gestion, elle ne vit que de sa passion du partage. « J'ai étudié la gestion à l'université, mais j'ai trouvé goût à l'enseignement comme un début de carrière vu que j'ai toujours aimé communiquer et partager avec d'autres gens, en particulier les jeunes », explique la jeune femme.

Chrisnette Roberthe est jeune paire éducatrice (JPE) depuis 2007. Elle connaît les rouages de la jeunesse tuléaroise. « Le système des jeunes pairs éducateurs est une politique développée par le ministère de la Jeunesse. Les jeunes cibles sont âgées de 15 à 24 ans. Je ne rentre plus dans cette tranche d'âge, aussi suis-je devenue coach pour les jeunes qui vont devoir influencer d'autres jeunes », poursuit-elle. La jeune fille a un sens inné d'approche d'après ce qu'on a pu constater durant cette période de pandémie où elle a sensibilisé, à sa manière, d'autres jeunes à respecter les gestes barrières. « Beaucoup de patience, des mots qui les touche, essayer de gagner leur confiance et faire passer le message. C'est en gros les ingrédients de cette sensibilisation de proximité des jeunes », explique Chrisnette Roberthe.

Cas spécifiques

Dans son fokontany d'origine, Chrisnette a eu elle-même, il y a quelques années, des difficultés à s'intégrer parmi la jeunesse de son quartier. « On me prenait pour une personne inaccessible. L'oisiveté influence des jeunes de mon quartier et les pousse à mal se comporter, à ne raconter que des commérages ou à tomber dans la délinquance grave. Mais les choses ont changé et c'est l'une de mes plus grandes fiertés », témoigne la jeune paire éducatrice. Ces jeunes sont devenus ses amis et plusieurs sont devenus membres d'association ou ont intégré la maison des Jeunes de Toliara.

Pour Adoré Njakatiana, 26 ans, en dernière année d'Anthropologie à l'université de Maninday, être jeune pair éducateur c'est devenir un confident de ses cibles. « Une jeune fille est venue étudier à l'université rien que pour trouver quelque intérêt auprès de jeunes hommes. Elle s'est même prostituée alors qu'à 17 ans, elle ne maitrise pas encore ses menstruations. Au début, je n'ai obtenu que des refus auprès d'elle avec des réponses du genre de quoi te mêles-tu ? Mais j'ai pris patience », raconte Adoré Njakatiana.

Les risques de grossesse précoce, devenir une fille-mère, ou les risques de complication liée à la mise au monde d'un enfant avec une santé reproductive malsaine ont été expliqués à la jeune fille. Les approches du jeune pair éducateur Adoré Njakatiana ont finalement donné des résultats au bout d'environ deux ans, et la jeune fille a trouvé en lui un confident incontournable. La stratégie tire ses avantages dans un comportement calme et non agressif. « Expliquer à la cible avec des mots qu'il faut, à une opportunité adéquate, les effets néfastes d'une attitude ou d'une habitude. L'approche individuelle ne doit pas se faire publiquement et doit respecter la confidentialité », détaille le jeune homme.

Plus de: L'Express de Madagascar

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