Ethiopie: Tafesse, de basketteuse à arbitre d'élite

Lorsqu'elle menait sa carrière de basketteuse professionnelle, peu de gens pouvaient imaginer que Lidya Tafesse Abebe échangerait les paniers et rebonds contre le sifflet, et pas dans le basket-ball, mais plutôt dans le football.

Agée de 40 ans, elle est la première femme à avoir officié dans un match de haut niveau masculin en Éthiopie.

Elle a également été la toute première femme arbitre centrale FIFA dans ce pays d'Afrique de l'Est.

« J'ai commencé à Jimma tout en jouant au basketball. Je jouais au football à l'école mais le basket était mon premier sport.

J'ai été intéressée par l'arbitrage lorsque j'ai rencontré l'un des instructeurs que certains d'entre nous de l'équipe de basket-ball avaient été invités à suivre. J'ai aimé la façon dont il enseignait et je me suis davantage intéressée », dit Tafesse.

La graine plantée dans son âme par l'instructeur FIFA/CAF Shiferaw Eshetu a continué à germer et à grandir au fil des jours.

Lorsqu'elle a déménagé à Addis-Abeba, la capitale, pour poursuivre sa carrière dans le basket-ball et suivre des cours en pharmacie, son intérêt pour l'arbitrage a continué sa germination au point où il devenait évident qu'elle avait trouvé un nouvel amour.

« Je faisais partie du projet des femmes arbitres et j'ai commencé par arbitrer les matches des U-15 et U-17, durant des tournois locaux ainsi que certains tournois de la Fédération.

J'ai obtenu plus de certification et rejoint la Premier League masculine en tant qu'arbitre assistante. En 2005, je suis devenue arbitre centrale », raconte Tafesse.

Le voyage, bien que satisfaisant, n'a pas été facile pour cette mère d'enfant. Quand elle a commencé, il n'y avait pas de femmes arbitres et quand elle officiait lors des matchs masculins, il y avait encore plus de difficultés.

Mais sa résilience et son désir de laisser une empreinte dans le football éthiopien vont animer sa passion.

« C'était très difficile quand j'ai commencé et parfois, certaines personnes me demandaient pourquoi j'avais décidé de me lancer dans l'arbitrage alors qu'aucune autre femme ne faisait de même. Mais ma famille m'a soutenue et je leur en suis reconnaissante ».

« De plus, je viens d'un milieu sportif et le fait de jouer au basket-ball, de nous entraîner et d'affronter certaines équipes masculines, m'a donné de la confiance et ce n'était pas si difficile pour moi, même lorsque j'arbitrais des matchs masculins», explique Tafesse.

Elle est également reconnaissante envers la Fédération éthiopienne de football qui lui a donné, à elle et à ses collègues, confiance pour continuer dans l'arbitrage en leur confiant des matches de Premier League. Elle se souvient très bien de l'influence de l'ancien vice-président Tihaye Egziaber sur elle.

« Il nous parlait en tant que femmes arbitres et nous encourageait vraiment. Il nous a beaucoup soutenues », déclare-t-elle.

Ses performances impressionnantes lui ont valu une toute première convocation internationale en 2006 lorsqu'elle a arbitré un match de qualification pour la Coupe d'Afrique des Nations des moins de 20 ans entre le Nigéria et le Libéria à Abuja, ce qui lui a ouvert les portes de la progression.

« Je n'oublierai pas ce match car c'était tellement différent. Le stade était plus grand que ce à quoi nous sommes habitués ici en Éthiopie, la foule était incroyable et le niveau était vraiment bon », se souvient Tafesse.

Elle a continué sa progression en participant aux Jeux de toute l'Afrique en 2007 et 2011, avant de participer à quatre éditions consécutives de la Coupe d'Afrique des Nations féminine Total en 2012, 2014, 2016 et 2018.

En plus de cela, elle a officié à la Coupe du Monde Féminine de la FIFA en 2015 et 2019, à la Coupe du Monde des moins de 17 ans de la FIFA en 2016 et à celle des moins de 20 ans en 2018.

Mais entre toutes ces merveilleuses missions, elle a fait face à un défi qui a presque ralenti sa carrière. En 2013, elle a conçu son premier enfant qui aura sept ans en octobre. Mais son retour sept mois plus tard a été plein de défis.

« Physiologiquement en tant que femmes, nous avons tellement de changements corporels après la grossesse et je n'étais pas différente.

J'ai pris beaucoup de poids et j'ai dû travailler très dur pour me remettre en forme. J'ai beaucoup travaillé et j'ai retrouvé la forme; alors en 2014, j'ai eu la chance de participer à la Coupe d'Afrique des Nations, »

« Mais en m'entraînant là-bas, je me suis blessée et dans mon esprit, tout était fini pour moi. Je devais faire des tests et voir si je pouvais continuer, mais j'avais décidé de rentrer chez moi.

Cependant, le directeur est venu et m'a dit: "Lydia, tu ne t'en vas pas. Essaie simplement de voir si tu peux récupérer". J'ai commencé à traiter l'entorse de la cheville tous les jours et finalement, je me suis améliorée ».

« J'ai arbitré un match en demi-finale, le Cameroun contre la Côte d'Ivoire qui est allé jusqu'à la prolongation. Étonnamment, j'étais plus forte et plus en forme que les deux équipes lorsque le match est passé à 120 minutes. J'étais tellement contente », se souvient Tafesse.

C'est l'un de ses matchs les plus mémorables. L'autre date de 2012 lorsqu'elle a arbitré une autre demi-finale opposant le Nigéria et l'Afrique du Sud, un match que les Banyana Banyana avaient remporté 1-0.

« C'était un match formidable à arbitrer parce que les deux équipes sont brillantes. De plus, il faisait très chaud et je me souviens que je craignais une prolongation », plaisante Tafesse.

Elle espère continuer à arbitrer des matchs de haut niveau et est encore plus ravie d'avoir la chance d'officier à un tournoi masculin de la CAF pour la première fois, car elle fait partie des personnes sélectionnées pour le Championnat d'Afrique des Nations (CHAN) Total au Cameroun.

Malgré les arrêts causés par la pandémie de COVID-19, Tafesse a continué à s'entraîner seule et a également profité du temps libre pour redonner à la communauté.

Elle utilise son expérience en tant que pharmacienne et ses connaissances en médecine pour sensibiliser le public au virus et aider la communauté à se protéger et à éviter de le propager.

«J'éduque sur les réseaux sociaux et dans les stations de radio et de télévision en essayant simplement d'informer les gens sur les dangers du virus.

Je vais aussi dans les communautés et leur apprends à se laver les mains et à garder une bonne hygiène. De plus, j'essaie d'aider les personnes vulnérables qui n'ont pas eu la chance d'obtenir de la nourriture et des commodités de base », déclare-t-elle.

Concernant son entraînement, Tafesse admet que la situation a été difficile mais note qu'elle n'a pas eu de raison de ralentir ses efforts.

«Je m'entraîne à l'extérieur trois fois par semaine et aussi à l'intérieur où j'ai essayé d'installer ma propre petite salle de sport. Nous avons un système de rapports quotidiens et de trackers GPS pour attester que nous nous entraînons.

En tant que femme, Tafesse dit qu'il y a toujours eu un excellent équilibre entre sa famille et l'arbitrage, une carrière à laquelle elle a accordé toute son attention. Le soutien de son mari et la motivation de son enfant de sept ans lui sont bénéfiques, avoue Tafesse.

Et maintenant, elle espère pouvoir influencer la prochaine génération de femmes arbitres en Éthiopie et sur le continent. Elle espère qu'après l'arbitrage, en plus de continuer sa profession de pharmacienne, elle deviendra instructrice car elle aimerait que plus de femmes suivent son chemin.

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