Sénégal: Vie de couple à distance - L'impossible bonheur ?

23 Septembre 2020

Ils vivent leur amour à distance, se contentant d'appels téléphoniques et des possibilités technologiques qui leur sont offertes. Leur vie de couple s'en trouve, quelquefois, considérablement exposée, au péril de l'absence et de la solitude.

Fanta Diagne, quinquagénaire bien éclatante, a mené quatre grossesses à terme dans son « cocon » de Sendou. Son époux n'a jamais eu le bonheur de partager avec elle ces moments, car étant un émigré qui travaille en Italie. « Je me suis mariée avec un de mes cousins. Il est parti en Italie bien avant notre mariage. C'est à son retour que notre union a été scellée par nos parents. Quelques semaines après son départ, je suis tombée enceinte de notre premier enfant. C'était difficile de vivre cette période sans mon époux à mes côtés, mais ma belle-mère m'a soutenue du mieux qu'elle pouvait », confie-t-elle, loin toutefois de sombrer dans la mélancolie.

La vie est faite de choix. Et la tentation de cet ailleurs d'espérances est très forte. Mouhamadou Moustapha Sèye, 35 ans, n'y a pas résisté. Insatisfait du cours de son existence et des revenus que lui procurait son travail au marché de Sandaga, il décide de tenter l'aventure aux États-Unis au grand dam de son père. Pour ce dernier, il était irresponsable de sa part d'abandonner sa fraîche épouse au Sénégal. Mais, sa femme ne s'y oppose point. Au pays de l'Oncle Sam, il rencontre la fortune, mais rate quelques évènements importants lors desquels sa présence aurait été réconfortante. « Je n'ai pas été présent durant sa grossesse et cela me faisait mal. Je la plaignais, mais elle était toujours là à me remonter le moral grâce au téléphone, alors que c'est elle qui en avait le plus besoin. On se parle tous les jours par le biais des appels vidéo. J'avoue que c'est difficile d'être loin d'eux mais mon désir de les mettre à l'abri du besoin me donne la force de supporter la solitude et la distance. Je compte retourner dans mon pays et y investir et surtout retrouver ma famille », soutient-il, au bout du fil.

« Je n'ai toujours pas consommé mon mariage »

Amy Ndao, âgée de 24 ans, se morfond dans sa chambre luxueusement décorée avec des portraits de son époux bien en évidence. Elle s'est mariée avec lui depuis une année et vit chez ses parents à Keur Massar. Mais la nymphe au sourire délicieux dit n'avoir toujours pas consommé son mariage. Son « prince charmant » est un émigré. La situation est devenue insupportable pour elle. La distance est un obstacle à leur épanouissement. « C'est très dur. L'attente est loin d'être évidente. Beaucoup de mes amies sont déjà mères de famille. Je sais qu'il est tôt pour me décourager, mais mon mari me manque. Et la pandémie n'arrange pas les choses. Car, c'est au moment où il avait prévu de venir que les frontières ont été fermées. Il faut vraiment être fort pour vivre un tel calvaire », dit-elle, obligée de subir les remarques désobligeantes des gens. Cette rengaine fouineuse, « quand est-ce que ton mari va venir ? », l'exaspère davantage que sa solitude. Ceux qui la courtisent, pensant qu'elle vit une « galère intime », la répugnent encore plus.

Loin des yeux, loin du cœur

Une femme mariée, de surcroît à un homme parti chercher fortune ailleurs, est épiée par la société. Elle n'a pas le droit de sortir à certaines heures et avec n'importe qui. Le développement des moyens de communication a facilité le « travail » aux médisants. C'est ce que semble vivre Youssoupha Fall, Sénégalais établi en Italie. «Je suis loin de ma femme, mais je reçois tout le temps des complaintes. Si ce n'est pas ma mère, ce sont mes sœurs ou des cousines. Je connais mon épouse ainsi que ma famille. J'ai besoin de quiétude. Et pour cela, il faut que les gens arrêtent d'appeler à tout bout de champ pour un rien. Nous sommes loin d'eux et nous nous inquiétons de savoir qu'ils se chamaillent. Les émigrés souffrent déjà d'être loin de tous ceux qu'ils aiment. Il ne faut pas en rajouter. Je n'arrive pas à comprendre pourquoi les gens s'obstinent à semer la zizanie dans un couple », s'interroge-t-il, presque résigné.

Jeannette, elle, belle et désinvolte dame, n'a pas supporté cette distance, encore moins cherché à recoller les morceaux avec sa belle-famille. Elle a pris ses cliques et ses claques très tôt. La raison est toute simple : « Mon ex-mari était déjà un coureur de jupons avant de partir ! Je ne vais pas rester là à souffrir de son absence et à céder aux remontrances de sa famille alors qu'il se la coule douce en France. Je suis une femme qui a des désirs charnels et je n'ai pas envie de traîner ! Il était convenu qu'il vienne tous les six mois. Au bout de la première année, il a arrêté. Je me suis alors barrée ! J'avoue qu'il ne m'a pas trop retenue non plus », confie-t-elle, déclenchant l'hilarité de ses amies. Comble de l'ironie, elle a refait sa vie avec un émigré. « À mon âge, c'est plus supportable », se justifie-t-elle, heureuse de son choix. Le vieil adage, « loin des yeux, loin du cœur », ne semble plus hanter son sommeil.

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