Mali: L'apparition publique d'Amadou Sanogo passe mal

23 Septembre 2020

Le général Amadou Sanogo, le cerveau du coup d'État qui a renversé, en 2012, le régime d'Amadou Toumani Touré, a été aperçu hier en public à Bamako.

Le général Amadou Haya Sanogo, auteur du coup d'État contre le président Amadou Toumani Touré (ATT) en mars 2012, a été inculpé, fin 2013 pour meurtres et assassinats. Ces exactions ont été commises par les hommes qui lui étaient fidèles, contre des militaires opposés au putsch et donc restés loyaux à ATT. En janvier 2020, Amadou Haya Sanogo a bénéficié d'une liberté provisoire pour des raisons de santé.

Son procès n'est donc pas terminé avant qu'il ne fasse son apparition publique, le mardi. Il a pris place en tribune officielle en uniforme d'apparat, casquette à feuilles d'or, fourragère et médailles, pour suivre la parade donnée à l'occasion du 60e anniversaire de l'indépendance.

Très souriant, en lunettes noires, il a serré de nombreuses mains, devisé avec bon nombre d'officiers et s'est prêté à des selfies avec certains d'entre eux.

"C'est une insulte pour les victimes et aussi, c'est un déni total du droit. Parce qu'il n'a pas été blanchi. Les faits sont là. Les victimes sont là. On n'a pas eu connaissance que les dossiers ont été soldés. Et l'affaire est pendante. C'est vraiment une menace pour la paix et la réconciliation nationale",réagit Abdoulaye Doucoure, coordonnateur de la justice transitionnelle au Mali et membre d'Avocats sans frontières.

Accointance avec la junte militaire

Plusieurs observateurs estiment aussi qu'il y a une connivence entre le général Amadou Sanogo et certains des militaires qui ont renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta.

Deux des meneurs du putsch du 18 août avaient aidé le général Amadou Sanogo à renverser, en 2012, Amadou Toumani Touré. Parmi eux, l'actuel numéro deux de la junte au pouvoir, le colonel Malick Diaw. Il figure sur la photo de groupe des putschistes de 2012.

Selon le politologue malien Moussa Sidibé, "ça ne montre pas une image d'un pays qui se remet sur les rails. Et ça veut dire clairement que le Mali n'est vraiment pas dirigé aujourd'hui et où on peut faire tout ce qu'on veut".

Moussa Sidibé ajoute que "C'est vraiment un mauvais signal pour la transition. J'espère que ceux qui tiennent les rênes du pouvoir vont se remettre très vite au travail et que de telles choses ne se répètent plus dans un pays comme le Mali."

Les auteurs du coup d'État du 18 août avaient rencontré il y a quelques jours à Accra, l'ancien président ghanéen, Jerry Rawlings, auteur lui aussi de trois coups d'État dans son pays.

Les nouveaux maîtres du Mali avaient aussi rendu une visite remarquée, à un autre putschiste, l'ancien président Moussa Traoré, décédé la semaine dernière. De nombreux Maliens ont commenté avec embarras, ces relations qui, selon eux, n'augurent pas de lendemains meilleurs pour leur pays.

Plus de: DW

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