Madagascar: Transport aérien - Un DG kamikaze pour Air Madagascar

Qui pour piloter la relance d'Air Madagascar? Celui ou celle qui a le profil adéquat et les épaules assez larges pour le poste de directeur général de la compagnie aérienne semble être un oiseau rare.

Convoité mais difficile à tenir. Le siège éjectable du directeur général d'Air Madagascar reste vacant. Cela, des mois après la démission de Besoa Razafimaharo, pourtant un enfant attaché à la maison. Il a préféré se défenestrer via le hublot, avant qu'une décision du conseil des ministres ne décide de son sort. Il ne pouvait plus supporter la situation financière catastrophique de la compagnie aérienne nationale. Sans compter d'autres aléas techniques, logistiques et humains.

Le coup de grâce a été porté par le Tribunal de commerce de Paris. Qui s'est prononcé en faveur d'Air France sur les litiges d'une fausse-vraie location-vente de deux Airbus, vétustes et gros consommateurs de carburant. Conclues durant la Transition, ces transactions plus que douteuses, ont débouché sur une amende de 100 millions d'euros pour Air Madagascar. Un autre sujet épineux dans les relations diplomatiques cahoteuses entre Antananarivo et Paris. Empoissonnées par le conflit territorial sur le statut des Îles Eparses. Il n'en fallait pas plus pour que Besoa Razafimaharo cède les manettes.

Business plan

Mais qui serait assez courageux et téméraire pour oser le remplacer? D'autant que par la suite, le partenariat stratégique avec Air Austral, déjà décrié dès son décollage, a été résilié. En outre, en étant une société d'État, Air Madagascar n'échappe aux habituelles luttes d'influence entre les groupes de lobbyings gravitant autour de la présidence de la République. La traditionnelle danse des vautours, autour des carcasses vidées laissées par des prédateurs, demeure un rite immuable.

De leur côté, des « requins du ciel » ont manifesté leur intérêt à ne faire d'Air Madagascar qu'une bouchée. Aucune suite n'a été donnée à leur appétit glouton. Sans qu'ils aient lâché « leur proie » pour autant. Le sursis acquis par la crise sanitaire va s'achever, tôt ou tard. Et ils reviendront à la charge. Faire partie d'un « cartel » de dimension internationale n'est pas une honte en elle même. Savoir en profiter est une autre chose.

Dans la foulée de ces tourments à n'en plus finir, l'entrée de la CNaPS dans le capital d'Air Madagascar, devrait changer les donnes. Prévoyante qu'elle est, elle ne va pas placer ses avoirs dans des investissements à perte. La réticence de certains de ses cotisants, plus ou moins compréhensible et justifiée, à cautionner le prêt aux salariés adhérents, doit faire réfléchir les actuels dirigeants de la CNaPS sur les orientations à prendre. Sur l'itinéraire à suivre. Sur le plan de vol à tracer.

La question qui se pose et s'impose est de savoir si Air Madagascar va chercher à nouer d'autres alliances. Le business plan de sauvetage serait bouclé. Conviendrait-il avec le profil et les ambitions du futur directeur général, devenu un oiseau rare, sinon une personnalité aux traits caractéristiques introuvables. Eu égard au gros challenge qui l'attend. Les horizons du transport aérien, bouchés par l'épais nuage du coronavirus, commencent à se dégager peu à peu. Mais Air Madagascar ne semble pas avoir réuni les conditions requises pour redéployer ses ailes.

Pire, des indiscrétions étalent en coulisses le non paiement de redevances aéroportuaires. D'un montant astronomique, selon toujours ces révélations circulant sous le manteau. Des raisons valables pour jeter Air Madagascar dans la liste des entreprises à sanctionner par la direction générale des impôts, insinuent avec insistance des têtes pensantes de l'opposition. En érigeant un parallèle avec le cas de Triple « A » du Groupe Tiko.

En bout de piste, celui ou celle qui accepterait de piloter le business plan d'Air Madagascar devrait aménager dans un coin de sa tête « une aire de dégagement ». Au cas où l'amorce de l'atterrissage tourne au fiasco.

Plus de: L'Express de Madagascar

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