Cameroun: Manifestation contre Paul Biya - Que peut encore Maurice Kamto ?

23 Septembre 2020

Des Camerounais sont descendus dans les rues de Yaoundé, la capitale et dans celles d'autres villes du pays comme Bafoussam, le 22 septembre dernier, à l'appel de l'opposant Maurice Kamto, pour réclamer un cessez-le-feu et des négociations dans l'Ouest anglophone où la guerre entre les groupes séparatistes et l'armée régulière, aura fait de nombreuses victimes.

Les manifestants exigeaient également une réforme du système électoral national et le départ du président Paul Biya qui dirige le pays d'une main de fer depuis près de quarante ans.

Mais comme il fallait s'y attendre, la machine répressive du régime autocratique de l'octogénaire, a empêché bien des manifestants de marcher pacifiquement, car en plus du gaz lacrymogène et des canons à eau qui ont été utilisés, certains ont été brièvement interpellés.

Et comme si cela ne suffisait pas, des journalistes qui ne faisaient que leur travail, ont été molestés sans autre forme de procès. Et c'est peu dire que c'est la marque de fabrique des satrapes du continent.

Au lieu de prendre sérieusement en compte les problèmes posés par leurs adversaires et qui, le plus souvent, ne sont en réalité que le condensé des préoccupations de leur peuple, ils préfèrent plutôt utiliser la force publique pour casser de l'opposant.

Le cas du Cameroun est d'autant plus désespérant que de nombreux Camerounais semblent avoir opté pour la résignation, laissant ainsi le soin à Dame nature de décider du sort du dictateur.

Même l'élite camerounaise est aujourd'hui atone et aphone si elle n'a pas carrément la bouche enfarinée. Et cela ne saurait étonner outre mesure.

En effet, dans un pays où la corruption le dispute aux passe-droits, l'on ne peut s'attendre à autre chose. On en vient donc à se demander que peut encore Maurice Kamto ?

On le sait, le régime Biya a poussé tellement de racines qu'il serait naïf de croire qu'une poignée d'opposants puissent le déraciner au seul moyen de marches pacifiques.

Malgré son triste bilan, le satrape croit dur comme fer qu'il est toujours l'homme de la situation

C'est dire s'il en faut plus pour faire vaciller la forteresse Biya. Cela dit, il faut encourager l'opposant Kamto qui aura mis le président Biya en difficulté, lors de la présidentielle d'octobre 2018.

On ne saurait fermer les yeux sur les tares du régime kleptocratique de Paul Biya, ce vieillard de 87 ans, qui se croit immortel. En tout cas, l'homme est hostile à toute idée d'alternance.

La seule alternance qui vaille pour lui, serait sans doute celle qui consisterait à céder son fauteuil à son fils, Franck Biya. Et si le peuple ne se réveille pas, il continuera à subir la férule de la dynastie Biya. En tout cas, c'est peu dire que le long règne de Paul Biya est un vrai gâchis.

Cela est d'autant plus vrai que les Camerounais qui l'ont accueilli comme une source d'espoir, n'ont aujourd'hui, ni la démocratie, ni la prospérité, encore moins la paix. Bien au contraire, c'est un pays profondément divisé au sens propre comme au figuré que Paul Biya risque de léguer aux générations futures.

Et malgré ce triste bilan, le satrape croit dur comme fer qu'il est toujours l'homme de la situation. C'est pourquoi toute contestation est vite mâtée dans le sang. Quelle image Paul Biya veut-il que la postérité retienne de lui ? La question vraiment mérite d'être posée.

Plus de: Le Pays

à lire

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.