Sénégal: Lansana Gagny Sakho - « La crédibilité du pays a convaincu les bailleurs à financer la dépollution de la baie de Hann »

24 Septembre 2020
interview

Après des décennies d'attente et d'incertitudes, les travaux de dépollution de la Baie de Hann seront lancés le 25 septembre 2020. Dans cet entretien, le Directeur général de l'Office national de l'assainissement du Sénégal (Onas), Lansana Gagny Sakho, revient sur les étapes clés qui ont permis d'arriver au démarrage des travaux.

Depuis plusieurs années, on parle de la dépollution de la Baie de Hann, où en êtes-vous exactement ?

La Baie de Hann était la troisième baie la belle du monde. Il y avait un port naturel aux eaux calmes, claires et poissonneuses avec du sable fin et blanc.

Une plage bordée de cocotiers. Malheureusement, elle est devenue, aujourd'hui, impropre à la pêche et à la baignade. La pollution de la baie de Hann est devenue une menace sur la santé des populations.

On ne doit pas hésiter de parler d'une bombe écologique parce qu'il y a une double pollution : une pollution humaine et une pollution industrielle.

Nous avons 80% des industries du Sénégal qui sont concentrées sur la baie de Hann, ce sont aussi des aspects à tenir en compte.

Je pense, c'est en juillet 1988 que la problématique de la Baie de Hann s'était posée. Ces problèmes existaient avant la création de l'Office national de l'assainissement du Sénégal (Onas), en 1996. On parle donc du projet de la dépollution de la baie de Hann depuis plus de 20 ans.

Mais, c'est avec l'arrivée au pouvoir du Président de la République Macky Sall, que le problème a été pris à bras-le-corps avec deux conseils interministériels qui ont été convoqués. En juillet 2016, le Président de la République est encore revenu sur le problème de la Baie de Hann.

Le processus a été long. Mais avec le lancement des travaux de la baie de Hann, ce 25 septembre, nous pouvons dire qu'il y a des pas qui ont été franchis.

Cela a nécessité un travail très important, de la collaboration et des échanges avec les parties prenantes.

Je rappelle que les travaux seront lancés par le ministre de l'Eau et de l'Assainissement, Serigne Mbaye Thiam, avec la participation de toutes les parties prenantes, en particulier le secteur privé, les collectivités locales, entre autres partenaires. C'est une lueur d'espoir qui pointe à l'horizon.

Quelle sera la durée des travaux du projet ?

Les travaux de la Baie de Hann vont durer entre 3 et 4 ans. Mais, je crois qu'il est important de revenir sur les étapes qui ont permis que nous arrivions à réaliser ce projet.

Je pense qu'il y a eu une forte concertation avec la population. Le lundi seulement, je recevais des gens de Mbao qui avaient encore certaines incompréhensions. Ils ont été édifiés.

Tous les doutes qui pouvaient exister ont été levés. La Baie de Hann est un projet de 70 milliards FCfa. Le montant peut évoluer. Mais nous sommes partis de 30 à 70 milliards de FCfa, ce qui montre l'ampleur de la tâche pour dépolluer cet écosystème dégradé.

Comment avez-vous fait pour convaincre les partenaires pour un projet qui a pris autant de temps et qui, à la limite, ne devait intéresser personne ?

Pour convaincre les bailleurs, nous nous sommes appuyés sur la crédibilité du Sénégal. Je profite de l'occasion pour remercier l'Agence française de développement qui a initié ce projet depuis 10 ans. Il n'y a pas un bailleur qui va travailler sur un projet pendant 10 ans.

En général, il laisse tomber. Les bailleurs font confiance à l'Office national de l'assainissement du Sénégal (Onas).

Parmi eux, il y a des Hollandais, l'Union européenne et la coopération chinoise. C'est la première fois, à ma connaissance, qu'il y a un co-financement de la Chine et des pays européens pour un projet.

C'est une innovation majeure. Cela s'explique par la crédibilité du Sénégal à travers son excellence, le Président Macky Sall qui a permis d'avoir la confiance des partenaires techniques et financiers.

Je crois que c'est un volet important à souligner. Ce projet par sa complexité est l'un des plus innovants parce que non seulement vous avez la sécurisation, l'amélioration des conditions de vie de 500.000 personnes, vous avez un système pollueur-payeur qui sera mis en place. Cela n'existe nulle part en Afrique.

En plus, vous avez la dépollution du Port de Dakar. C'est tout cela qui donne une dimension exceptionnelle à ce projet. Je dois rappeler que nous attendons le lancement des travaux depuis plus de 20 ans.

Je ne dis pas que c'est une consécration avec l'Onas. Mais si nous avons une bonne intelligence avec les partenaires techniques et financiers, les établissements nous pouvons arriver à faire des résultats importants.

Qu'est-ce qui est prévu pour ne pas tomber dans les travers du projet de dépollution de la Baie de Hann?

Nous avons commencé le travail depuis longtemps pour éviter de tomber dans les travers du projet de dépollution de la Baie de Hann.

D'abord, il y a eu des discussions très avancées. Nous avons tout partagé avec les populations. Maintenant, il y a les volets de la responsabilité sociétale d'entreprise et socioéconomique financés par l'Agence française de développement.

Ils ne seront pas déroulés par l'Onas, mais plutôt dans le projet avec les populations. J'ai souvent dit aux populations que ce projet n'appartient pas à l'Onas à cause de sa dimension sociale.

Comment comptez-vous suivre les travaux et veiller en même temps à la qualité des ouvrages ?

L'Onas va suivre. Nous avons des bureaux de contrôle avec lesquels nous travaillons. À mon avis, la question devrait porter sur qu'est-ce que nous devrons faire après ? Cette question appelle des réformes qui doivent être menées.

Les textes de l'Onas datent de 1996. Elles ne correspondent plus à ce que nous devons faire pour être efficient. Il faut réfléchir très rapidement sur qui va gérer les ouvrages après.

C'est de la gestion industrielle. Et c'est très complexe. Cela appelle la réflexion sur les délégations de services publics des métiers de l'assainissement et des opérateurs privés.

Depuis trois ans, nous avons commencé à réfléchir sur comment impliquer le secteur privé dans la gestion des ouvrages de l'assainissement.

Est-ce que les industriels sont d'accord avec le système pollueur-payeur ?

La perception que j'ai sur le système pollueur-payeur, d'ailleurs, il faut changer de vocable. Nous sommes dans un processus d'accompagnement. L'objectif n'est pas de sanctionner.

C'est d'arriver à accompagner les industriels pour qu'ils se mettent aux normes. On n'oublie souvent que le moteur de croissance de nos pays, c'est le secteur privé. Nous devons être dans une logique d'accompagnement.

L'Agence française de développement est en train de travailler avec nous pour voir dans quelle mesure nous pouvons faciliter aux industriels la possibilité d'acquérir des énergies de pré-traitement parce que sans pré-traitement, la dépollution risque d'être problématique.

Je pense qu'il faut jouer le jeu. Nous n'avons pas seulement échangé avec les populations, nous avons aussi noué le fil du dialogue avec le secteur privé.

Je suis optimiste parce que nous avons les bonnes approches pour que le secteur privé puisse jouer pleinement son rôle et qu'il reste compétitif.

Est-ce qu'avec ce projet de dépollution de la Baie de Hann, vous n'êtes pas en train de faire rêver les Sénégalais ? Pensez-vous que la Baie de Hann va redevenir ce qu'elle était auparavant.

Je pense qu'on fait déjà rêver les Sénégalais. Nous sommes en train d'avancer sur le projet et rien que poser la première pierre est déjà une bonne nouvelle.

Tout le monde disait que ce projet n'aboutira pas. Mais avec le lancement des travaux vendredi, beaucoup vont accepter que tout est possible si l'on se met au travail.

C'est plus de 500.000 personnes qui auront un cadre de vie transformé et amélioré. C'est une étape importante parce que l'Onas a d'autres projets. Vous avez les images de Keur-Massar où plus de 500.000 personnes pataugent dans les eaux à cause des inondations.

Nous allons lancer ce projet de dépollution de la Baie de Hann et passé aux étapes suivantes qui sont les projets d'assainissement de Keur Massar, celui d'augmentation de la capacité d'épuration de Cambérène, le projet des 10 villes, entre autres.

Pour Keur-Massar, le Président de la République avait insisté sur l'assainissement pour éviter des inondations. Comment comptez-vous traduire en acte la volonté du chef de l'État ?

Nous avons déjà commencé à travailler sur Keur-Massar, puisque des études avant-projet ont été faites. Je pense que nous allons lancer l'appel d'offres avant le 15 octobre 2020.

En plus de Keur-Massar, nous sommes en train de travailler sur le projet des 10 villes et celui de dépollution nord de Dakar qui va permettre de faire passer la capacité de la station de Cambérène de 20.000 à 90.00 mètres cubes branchements.

Pourquoi au Sénégal, quand l'État ou les prometteurs donnent des terrains, ils font la viabilisation en réglant les questions d'eau et d'électricité, laissant de côté l'assainissement ?

Tous les promoteurs le font malheureusement. Il faut un changement de fond. Un promoteur public ou privé n'a pas vocation de faire le drainage des eaux pluviales et des routes.

Quand un promoteur fait des routes ou des ouvrages d'assainissement, ces ouvrages tombent dans le patrimoine de l'Ageroute et de l'assainissement.

Si ces ouvrages ne sont pas bien faits, ils ne durent pas longtemps. Il y a ceux qui ne font pas d'ouvrages.

Il y a des réformes majeures à introduire dans ce domaine pour que les intérêts des populations soient pris en charge très rapidement. Les promoteurs font des lotissements, ils vendent des terrains et disparaissent.

C'est pour cela que nous avons beaucoup de problèmes dans certaines cités. Je crois que les inondations de cette année doivent nous servir de leçons pour que tout soit remis à plat pour que l'on évite certaines erreurs.

Plus de: Le Soleil

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