Ile Maurice: Achat du terrain d'Angus Road - Pourquoi c'est grave ?

24 Septembre 2020

Entre les termes techniques «jouissance, acquéreur, vendeur, acte notarié», le scandale du terrain d'Angus Road est une affaire toute simple à comprendre mais ô combien potentiellement dramatique pour Pravind Jugnauth.

L'affaire peut se résumer en une phrase : Pravind et Kobita Jugnauth signent devant un notaire pour jurer qu'ils ont payé Rs 20 millions, tandis qu'un témoin affirme dans une déposition écrite et signée à l'Independent Commission against Corroption (ICAC) et publiée par l'express, que c'est Alan Govinden, un riche businessman mauricien établi en Angleterre, qui a payé. Si les allégations de cet homme, un employé de Bel Air Sugar Estate (BASE), la société qui a vendu le terrain de 7 000 mètres carrés s'avèrent, il y a d'abord la question de «faux et usage de faux».

À partir de là, les détails sont potentiellement de plus en plus embarrassants, voire incriminants pour Pravind Jugnauth. Pourquoi ce businessman paierait-il Rs 20 millions pour que finalement le titre de propriété soit rédigé au nom de Pravind Jugnauth (NdLR : techniquement au nom des filles du Premier ministre représenté par leurs parents devant le notaire) ?

Au-delà de la légalité qu'une tierce personne paie pour une transaction dans laquelle il n'est nullement concerné, la question potentielle serait : qu'obtient-il en retour ? Encore plus simplement, pourquoi Pravind Jugnauth ne dit pas devant le notaire que c'est Govinden qui paie ? Ce mensonge allégué rend l'affaire encore plus suspecte. Ajoutez-y le silence de l'ICAC depuis 9 ans et l'on obtient le cocktail parfait pour une saga politicofinancière avec le Premier ministre (qui nomme lui-même le DG de l'ICAC) au centre.

Vient ensuite l'aspect de l'enquête britannique. Il est établi que les autorités britanniques et mauriciennes ont échangé des informations au sujet de cette enquête puisque selon le témoin le paiement a été effectué en Angleterre vers un compte bancaire d'une banque du pays de sa majesté. Les dernières correspondances entre l'Attorney General de Maurice et celui de la Grande-Bretagne remontent à fin 2014, début 2015. Y a-t-il eu tentative (avec succès) de l'Attorney General d'alors d'arrêter cette collaboration ?

Dans l'express du 28 août, Alan Goviden a tenté de trouver une parade mais qui s'est avérée encore plus incriminante. Il déclare avoir effectivement acquis le terrain mais il l'a revendu. Cela ne peut pas tenir la route puisque l'acte notarié stipule que les Jugnauth achètent de BASE, et de nul autre.

Par-dessus tout cela, il y a un autre scénario qui se chuchote. Et si les Rs 20 millions n'avaient jamais été payées et que le témoin a menti devant l'ICAC ? Pravind Jugnauth ne serait pas sorti d'affaire, loin de là. Certains documents démontrent l'intérêt de Pravind Jugnauth pour ce terrain depuis les années 2000. Il était ministre de l'Agro-industrie, concepteur de la réforme sucrière, et BASE était une des premières sociétés à obtenir le droit d'accorder des VRS grâce à la signature de... Pravind Jugnauth. Un scénario loufoque, qui est cependant nourri par le silence du Premier ministre. Aussi longtemps qu'il ne répondra pas aux questions sur ce sujet, il ne pourra pas empêcher que de tels scénarios émergent chez les esprits sains ou malsains.

Plus de: L'Express

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