Sénégal: Abou Ahmed Seck, maire de Bargny - « Il nous faut repenser notre stratégie de cohabitation avec les grandes industries »

24 Septembre 2020
interview

La ville de Bargny cohabite avec de grandes industries. Une donne qui est prise en compte par la mairie de cette ville du département de Rufisque. Le Maire Abou Ahmed Seck invite à repenser le modèle de cohabitation avec les grandes industries souvent polluantes.

Les questions environnementales sont au cœur de la vie de Bargny avec la présence de grandes industries polluantes comme la centrale électrique. Où en êtes-vous avec ce dossier ?

Pour la centrale électrique, tout le monde a suivi les évolutions. Ces péripéties avaient conduit à la signature d'un protocole entre la mairie, la Senelec et les autorités de la centrale.

Nous avons demandé et continuons à demander à ce que cette centrale soit reconvertie avec des sources propres, moins polluantes que le charbon.

Cela reste notre objectif, une transformation de la centrale pour que l'électricité produite soit moins polluante et que la ville puisse s'y retrouver avec des emplois pour les jeunes.

Y a-t-il un protocole d'accord de même nature avec la Sococim ?

Nous n'avons pas de protocole d'accord avec la Sococim. Ces grandes entreprises qui sont installées dans notre département posent un souci de pollution de manière globale. Ce n'est pas une histoire des populations de Bargny, il y a également celles de Rufisque, de Diamniandio et toutes celles qui commencent à habiter le pôle.

La pollution n'est pas seulement le nuage de Tchernobyl. Elle ne s'arrête pas au nuage, mais les vents sont un peu partout. C'est une question centrale et il nous faut repenser nos modèles de développement, notre manière de cohabiter avec ces grandes industries.

Oui, nous avons un réel problème environnemental. Mais nous travaillons et discutons avec la Direction de l'environnement ou ces industries, pour que des techniques nouvelles soient utilisées.

À la Sococim par exemple, nous avons des mines qui sont exploitées pour extraire le calcaire. Il y a des technologies nouvelles.

Je sais qu'ils y travaillent. Nous souhaitons que le processus soit accéléré pour qu'on puisse extraire sans qu'il ait des nuisances. Nous souhaitons et exigeons constamment que ces industries s'adaptent pour qu'il y ait moins de pollution pour les populations.

C'est notre action au quotidien. C'est ce qui nous pousse à vouloir créer une « Maison de l'environnement » pour se saisir de ces questions, les technologies nouvelles, les filtres, un système moderne d'extraction du calcaire, un changement de combustible et ne pas utiliser du charbon.

La présence de ces industries a-t-elle un impact sur les finances de la commune ?

La centrale n'est pas fonctionnelle, donc ne peut pas voir d'impact sur les finances de la mairie. Nous travaillons sur la question de la Sococim, qui est assise sur deux communes, Bargny et Rufisque, pour que les taxes puissent profiter à ces deux collectivités.

Ce qui n'est pas encore le cas. Toutefois, nous travaillons tous les jours afin que justice soit faite pour les populations de Bargny en poussant ces industries à verser ces taxes aux deux communes.

Bargny est aussi connu comme étant une ville de pêche. Y a-t-il un soutien particulier qu'apporte la mairie à ce secteur ?

Avec la Covid-19, nous avons eu à aider les pêcheurs avec des bons d'essence. Nous avons aussi un quai de pêche.

Pour la première fois, Bargny se dote d'un quai de pêche et nous remercions le Président de la République pour cette action. Nous attendons incessamment la signature de la convention de concession entre le ministère et la mairie.

Après nous allons signer une sous-cession avec les acteurs pour les activités puissent démarrer. Dans le secteur de la pêche, nous avons des atouts et des faiblesses.

Les atouts, c'est l'existence d'un parc piroguier important. Les chiffres du département, c'est 1000 pirogues et la moitié est à Bargny. Nous avons un savoir-faire réel, des chefs d'entreprise qui ont de la volonté.

Mais il nous manquait un certain nombre de choses, notamment des équipements et un quai. Aujourd'hui, c'est derrière nous.

Il nous manque un complexe frigorifique. Il y a un projet de 19 complexes en cours de construction au ministère de la Pêche et Bargny en fait partie. Il y a deux outils majeurs pour l'émergence d'un secteur que nous n'avions pas.

Le quai est là et nous attendons aussi un marché au poisson. Les conditions sont réunies pour que cette filière puisse émerger et Bargny devienne réellement le premier pôle de pêche du département de Rufisque et au-delà même de la région de Dakar. Nous avons même créé un dispositif pour accompagner cette filière.

Nous avons créé une maison de l'entreprise et de l'innovation et une mutuelle de crédit et d'épargne. Ce sont deux bras armés pour financer, formaliser, structurer et accompagner tous les projets.

Les femmes qui s'activent dans la transformation des produits de pêche sont-elles aussi concernées par ce soutien ?

Aujourd'hui, au crédit municipal, il y a 100 millions de FCfa d'encours pour les différents entrepreneurs et bien évidement pour les femmes transformatrices. Elles ont bénéficié de crédit de la municipalité et nous travaillons avec le ministère pour la modernisation de leurs installations.

C'est une question qui est au cœur de nos priorités parce que cela permet de faire vivre beaucoup de familles qui vivent de la transformation de produits halieutiques depuis très longtemps. Il y a d'autres actions qui sont faites comme la structuration complète de cette filière.

Il y a les techniques de production et de commercialisation. La Maison de l'innovation et de l'entreprise est en train d'accompagner ces femmes pour bien vendre leurs produits au Sénégal et au-delà de nos frontières.

Plus de: Le Soleil

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