Cote d'Ivoire: Election présidentielle - Mamadou Koulibaly parle à Ouattara et KKB

Pr Mamadou Koulibaly, candidat indépendant à l'élection présidentielle du 31 octobre, est loin de digérer son exclusion par le Conseil constitutionnel. Dans sa tribune d'expression « Jeudi, c'est Koulibaly », il a décortiqué la pirouette politique d'Alassane Ouattara, tapi dans l'ombre pour manipuler les Institutions en charge des élections.

Il appelle Kouadio Konan Bertin dit KKB à se retirer de la course comme l'ont fait Henri Konan Bédié et Affi N'guessan et il appelle le peuple à la mobilisation pour faire barrage au 3ème mandat du président sortant.

« Depuis quelque temps, on a un candidat, le président sortant, pour la présidentielle d'octobre 2020, qui est en campagne.

Il court les régions du Moronou, la Marahoué, l'Indénié-Djuablin. Il est en campagne partout avec les moyens de l'Etat : « Votez pour moi pour mon 3ème mandat ». A côté, il y a un peuple qui dit non : « Monsieur le président, vous n'avez pas le droit d'être candidat pour un 3ème mandat.

La Constitution le dit et l'impose. Vous ne pouvez pas violer continuellement notre Constitution. Ce n'est pas possible ». Vous violez les textes. Vous violez les droits du Conseil constitutionnel. Vous violez les droits de la Commission électorale.

Vous torpillez vos adversaires et vous allez jusqu'à désigner ceux que vous voulez voir être en compétition avec vous et ceux que vous ne voulez pas voir.

Monsieur le président, « Boribana, c'est fini ! » Depuis 30 ans, vous avez voulu être président de la République de Côte d'Ivoire, vous l'avez été, pendant 10 ans officiellement et pendant plusieurs années officieusement.

C'est terminé ! Le chrono s'arrête. Vous avez fini vos mandats, c'est terminé. Nous n'accepterons pas ce 3ème mandat. C'est vrai que depuis que vous êtes en Côte d'Ivoire, vous avez vu un peuple vous dire « non » au début et « oui » après.

C'est comme cela que ça s'est passé, depuis toujours avec vous. Mais, cette fois-ci, monsieur, nous disons « non » et ce sera « non » en permanence.

La course est terminée. Vous ne voyez pas que ceux que vous avez sélectionnés comme étant dignes d'entrer en compétition avec vous, vous disent qu'ils ne veulent pas aller en compétition avec vous.

Ils disent qu'ils ne veulent pas aller avec vous. Vous allez vous retrouver seul candidat. Vous n'avez pas besoin de faire campagne.

Vous êtes le seul candidat. En Côte d'Ivoire, il n'y a plus personne au sein de votre parti. A part vous, il n'y a plus personne pour être président de la République. Vous êtes exceptionnel. C'est votre destin.

Vous allez être candidat et puis, nous allons en tirer les leçons mais notre « non » restera un « non ». La désobéissance est un phénomène qui a fait que Bédié a dit qu'il n'est plus candidat contre vous, Affi N'guessan également. Il reste KKB.

KKB, vraiment, il faut comprendre. Le monsieur avec qui vous allez partir en compétition pour la présidentielle, il vous connaît. Il a enregistré tous les discours que vous avez pu lui dire, pendant ces dix dernières années. Chaque fois que vous avez un meeting où vous avez parlé de lui, il a enregistré votre discours.

Depuis longtemps, il cherche le moment de se venger de vous. Il vous attire. C'est un chant de sirène. Plus vous vous approchez, au dernier moment, il vous écrase.

Beaucoup en ont fait les frais. Vous êtes jeune, vous avez l'avenir devant vous. C'est vrai qu'on peut faire la politique pour soi-même, pour sa génération, c'est vrai aussi qu'on peut faire la politique pour l'histoire.

La croisée des chemins à laquelle se trouve notre pays a besoin de vous, KKB. Si vous n'êtes plus candidat, si vous refusez l'offre de Ouattara de vous avoir comme compétiteur, si vous voulez que Ouattara traine le drapeau dans la boue, dans la saleté à ses pieds depuis longtemps, ce drapeau qu'il a utilisé, ce drapeau qu'il a utilisé comme l'insulte de notre liberté, comme l'insulte de nos droits, comme l'insulte de notre dignité, ce drapeau qu'il utilise pour nous insulter et pour se moquer de nous, pour nous humilier, ce drapeau, vous allez nous aider à le reprendre, à le laver, à le rapiécer, à le parfumer et à le monter au firmament de notre histoire pour le montrer aux générations à venir qu'il y a des gens qui aiment la Côte d'Ivoire.

KKB, on vous regarde. Je vous en parle parce que j'aimerais bien que votre carrière politique continue. J'aimerais bien que dans les 20-30 prochaines années, vous soyez une figure de proue de la politique ivoirienne. Je ne veux pas un jour regretter de vous n'avoir pas tendu la main pour sortir du piège dans lequel le monsieur est en train de vous attirer.

J'aimerais pouvoir me dire un jour, ouf il m'a écouté, le voilà où il est. KKB, c'est parce que j'ai un profond respect pour vous.

Je sais le rêve que vous nourrissez pour la Côte d'Ivoire. Je sais le désir que vous avez pour ce pays, l'ambition que vous avez pour ce pays mais en allant aux élections avec M. Ouattara, il risque de tuer cette ambition-là dans l'œuf.

Ne lui donnez pas cette occasion. Il y a des gens charmants, des gens efficaces et déterminés autour de vous, qui travaillent avec vous. Je les connais. Ne regardez pas toutes les frustrations, toutes les méchancetés, toutes les blessures, toutes les moqueries dont vous avez été l'objet.

Ce sont ces moqueries, ces injures, ces frustrations qui font la carapace de l'homme politique. Quand on dit celui-là est un homme politique expérimenté, ça voudrait dire qu'on a beaucoup craché sur lui, on l'a beaucoup sali, on l'insulte, on le moque.

C'est ça, quand on est au service du public. Si vous regardez tout ce que chacun dit pour vous, ce qu'on vous a fait, vous risquez de perdre l'essentiel. S'il vous plaît, KKB, restons concentrés sur l'essentiel.

Aujourd'hui, l'essentiel, c'est le groupe que nous formons, le rassemblement que nous formons non pas contre un homme mais pour doter notre pays d'Institutions solides, transparentes, démocratiques pour remettre à plat la Commission électorale, la liste électorale. Vous voyez cette liste.

La liste électorale n'est pas bonne. Il y a une liste parallèle, une liste cachée. Il faut en faire l'audit. La Commission électorale ne peut pas être une Commission partisane.

Ce sont les hommes, les militants de Ouattara, ses conseillers qui sont là-bas. Au Conseil constitutionnel, c'est pareil. Ce sont ses hommes, ses militants qui ne peuvent pas juger régulièrement.

Vous avez vu des éléments déjà en prémisse. Les Institutions sont mauvaises, il en a pris le contrôle. La Constitution est violée, il en a pris le contrôle. Il est en campagne, depuis longtemps. Il faut le laisser seul. Si après Bédié, Affi, que je félicite d'ailleurs...

Je vois aujourd'hui les Ivoiriens dire que Bédié est un grand homme politique, c'est vrai. On dit qu'Affi est bien, il y a quelque temps, ce n'était pas ce qu'on disait d'eux. L'opinion est ainsi faite. Il faut oublier. C'est vrai qu'on dit de vilaines choses sur vous, il faut qu'on raconte d'autres choses. Votre avenir est dans votre main.

Les amis autour de KKB, faites le bon geste. Il faut que nous soyons autour des Institutions avec un programme clair : pas d'élections tant que la Commission électorale n'est pas corrigée, tant que le Conseil constitutionnel n'est pas corrigé, la liste électorale n'est pas corrigée, les exilés ne sont pas revenus, les prisonniers politiques ne sont pas libérés.

Et puis, dans ces conditions, on va aux élections. C'est une fête, celui qui gagne, il a gagné, l'histoire de la Côte d'Ivoire continue avec ceux qui gouvernent et ceux qui sont opposés avec des critiques et des propositions.

Comme ça, nous laisserons aux générations à venir des possibilités de construire cette nation qui va être une nation de paix, d'amour, de fraternité, de respect des uns des autres.

Vous, peuple, c'est votre complainte qui fera le coup de tonnerre pour arrêter monsieur Ouattara. Le président sortant, c'est fini. Octobre 2020, c'est fini, dites-vous bien ça.

On veut de nouvelles Institutions, la paix, la réconciliation, la démocratie, la liberté. Un peuple uni n'est jamais vaincu ».

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