Congo-Kinshasa: Elections Générales de 2023 - Des nuages sombres s'amoncellent sur leur avenir

Tous les acteurs politiques, de la coalition au pouvoir tout comme ceux de l'opposition ont leurs yeux rivés sur l'année 2023 pour les échéances électorales qui s'y tiendront. Des stratégies de toutes sortes s'ébauchent dans les bureaux d'études des formations politiques en ayant un regard résolument tourné vers cette année importante. Et, ces mêmes acteurs ne semblent pas se rendre compte que leurs actions présentes risquent de ne pas rendre ces élections possibles dans les limites constitutionnelles.

La première difficulté qui risque de peser sur l'organisation des élections dans les limites constitutionnelles est bien sûr l'établissement du fichier électoral. D'après Corneille Nanga, le Président de la CENI dans l'exercice passé, il ne faut pas moins de deux ans et une cagnotte de 400 millions de dollars US rien que pour l'établissement d'un fichier électoral fiable. Les élections générales étant prévues pour 2023, il faut se mettre à l'ouvrage dès maintenant si on veut faire le travail sans hâte ni précipitation préjudiciable. Mais, il y a déjà un grand obstacle que personne ne voit sur la voie de la constitution de ce fichier électoral : il faut avoir de l'argent à la portée de la main pour se mettre à l'ouvrage et bien sûr il faut se choisir un bureau de la CENI pour se charger du travail.

Tout congolais sait ce qui doit-être entrepris pour pourvoir les postes du bureau de la CENI. Les Confessions religieuses doivent choisir le Président de la CENI, Ronsard Malonda étant recalé. C'est la partie la plus difficile parce que le poste de Président de la CENI décide de l'issue des élections en Afrique, généralement. Les Confessions religieuses étant conscientes de cette lourde responsabilité se sont mises à trainer les pieds en se subdivisant en des petits groupes hostiles les uns envers les autres pour les Eglises de Réveil et pour les autres, en mettant en avant une conditionnalité qui risque de retarder davantage les échéances.

Les Confessions religieuses mieux organisées que sont la CENCO, le Comité Islamique, le Comité de l'ECC et des Kimbanguistes demandent des réformes avant de choisir le prochain chef de la CENI. Il faut complètement nettoyer les écuries, disent-ils, avant que le Conducteur de l'Etablissement s'y mette au travail. Or, il est bien de noter que les réformes demandées ne peuvent être mises en exécution que par la majorité au Parlement. Est-ce que la majorité au Parlement qui est le FCC est d'humeur d'accepter l'implémentation des réformes qui mettraient en péril son contrôle de la CENI ? Cette majorité voterait son propre suicide politique. Si le FCC acceptait l'éventualité de placer quelqu'un qu'ils ne contrôlent pas à la CENI, ils se feraient Hara-kiri. Les observateurs avertis ne voient aucun acteur dans ce groupement politique ayant une tendance au suicide au vu de la manière dont ils se battent bec et ongles pour le maintien de leurs privilèges actuels.

Au cas où les confessions religieuses auraient réussi à faire fléchir l'intransigeance du FCC, il reste que des mécanismes du retardement de la désignation du candidat Président de la CENI par la composante Confessions religieuses sont déjà enclenchés. Est-ce qu'on n'entend pas parler ces derniers temps que les Eglises de réveil sont scindées en deux comme par hasard, après confirmation que le candidat Ronsard Malonda a été recalé par le Président de la République. C'est un mécanisme de retardement de cette désignation qui est déjà mis en place.

Supposons que le FCC accepte de faire preuve de bonne foi en acceptant un candidat qui a la confiance de tout le monde, on lui refusera pas le droit de faire valoir aussi ses propres réformes qu'il voudrait voir mises en œuvre avant ces élections de 2023. Les réformes que veulent le FCC n'ont rien à voir avec celles que veulent l'opposition et les confessions religieuses. Le FCC veut des réformes qui dégageraient une niche pour son autorité morale enlacée par les entraves des articles 70 et 220 de la Constitution du pays. "Le Président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois. A la fin de son mandat, le Président de la République reste en fonction jusqu'à l'installation effective du nouveau Président élu". "La forme républicaine de l'Etat, le principe du suffrage universel, la forme représentative du Gouvernement, le nombre et la durée des mandats du Président de la République, l'indépendance du pouvoir judiciaire, le pluralisme politique et syndical, ne peuvent faire l'objet d'aucune révision constitutionnelle. Est formellement interdite toute révision constitutionnelle ayant pour objet ou pour effet de réduire les droits et libertés de la personne, ou de réduire les prérogatives des provinces et des entités territoriales décentralisées".

Il faudra toute l'agilité juridique pour faire avaler cette couleuvre au peuple sans broncher et ce même peuple qui la voit venir n'en voudra peut-être pas. Le temps qu'on parlemente, qu'on discutaille, qu'on se tiraille, les saisons elles ne verront aucune raison de faire halte. Elles continueront leur marche inéluctable et les nuages qui écument les cieux des élections de 2023 ne feront que s'assombrir davantage.

L'impasse électorale pointe dangereusement à l'horizon. Les protagonistes qui vont décider sur cette matière sont bien connus et pointés du doigt. Nous avons les Confessions religieuses et le FCC, mais il y a aussi le CACH qui peut toujours renvoyer aux études toute initiative du FCC majoritaire jugée dangereuse pour le progrès de la démocratie. Alors dans ces conditions, il ne sera pas étonnant que le mot qui est entré dans la langue française par le génie linguistique congolais du moins avec cette dimension sémantique qu'ils lui ont attribué puisse commencer à se susurrer dans certains cercles : "le glissement". Mais comme le peuple congolais ne l'aime pas beaucoup et qu'il faut des échauffourées pour qu'il en convienne, les décideurs peuvent toujours l'éviter en échafaudant dans la précipitation les textes et en les entortillant pour arriver à quelque chose de plus effroyable encore, des élections chaotiques qui créeraient des députés bis, en plus des Président bis. Un dédoublement dont le peuple épris de paix n'en a pas besoin en tout cas.

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