Maroc: Innovation frugale ou quand l'adversité se transforme en opportunité de croissance

24 Septembre 2020

"Faire mieux avec moins", une solution qui peut paraître peu concevable pour nos esprits cartésiens, mais constitue l'essence même de l'innovation frugale.

Ce type d'innovation, qui crée de la valeur économique et sociale partant de très peu de ressources, se répand d'autant plus avec la crise actuelle, où l'ingéniosité humaine associée à l'esprit d'innovation seraient en passe de devenir le credo de la relance économique.

L'innovation frugale trouve son origine en Inde et s'inspire largement de la notion du "Jugaad" qui désigne en hindi, la capacité ingénieuse à improviser des solutions dans des conditions difficiles. Consistant à concevoir des produits accessibles à tous, d'une manière simple, efficace et peu onéreuse, tout en mobilisant le moins de ressources possibles, cet esprit de débrouillardise a séduit en premier lieu les pays émergents, avant de conquérir les pays développés.

Plusieurs mécanismes de l'innovation Jugaad ou frugale ont ainsi vu le jour, notamment la lowtech et l'économie circulaire, donnant lieu à des idées d'innovation peu complexes et créatrices de valeur, à l'image de frigos en argile, des respirateurs open-source, des incubateurs pour bébés prématurés et des kits de tests anti-Covid-19 à moindre coûts.

"Face aux enjeux environnementaux mondiaux et à la prise de conscience des citoyens et consommateurs, l'innovation frugale est devenue un enjeu vital et majeur pour les pays développés dont l'économie a été fortement impactée par la crise sanitaire", a indiqué dans une déclaration à la MAP la présidente de Maroc Impact, Ghizlaine Maghnouj El Manjra. Dans ce contexte de crise, des initiatives individuelles et territoriales de lutte contre la Covid-19 ont émergé, permettant à des talents entrepreneuriaux de s'exprimer d'emblée, dessinant de facto une nouvelle société circulaire, ingénieuse et régénérative, ouvrant le champ des possibles à une économie des communs et apportant des solutions innovantes et frugales, at-elle fait observer.

Pour cette entrepreneuse sociale et fondatrice de plusieurs marques responsables, l'innovation frugale serait la voie nécessaire et accélérée à adopter un modèle de développement endogène qui célèbre et valorise les talents anonymes, les savoir-faire, et les ressources sociales, culturelles et écologiques uniques de notre pays. Malheureusement, l'essaimage de la culture de cette innovation et son adoption par le secteur public et privé peinent à se mettre en place, a déploré cette fervente défenseure de l'innovation frugale, qui appelle à leur renforcement en urgence pour devenir l'un des piliers de la croissance économique et l'un des éléments de réponse pour contribuer à un choc économique régénératif.

En cette période d'incertitude où l'expérimentation et l'opérationnalisation de solutions concrètes disruptives s'imposent, Mme El Manjra a souligné l'impératif de créer des alliances coordonnées d'idées et de valeurs communes centrées sur l'innovation frugale pour déployer des actions à massification socioéconomiques, rappelant que la réponse ne peut être que collective, public-privé-société civile. "Nous devons accepter de désapprendre pour mieux réapprendre collectivement, dans une démarche volontaire, humble et collective", at-elle plaidé, ajoutant que l'innovation frugale apporte d'énormes opportunités économiques et permet d'identifier de nouveaux relais de croissance, en coconstruisant avec des entrepreneurs sociaux, des corps intermédiaires de la société civile, des collectifs de chercheurs-ingénieurs.

Mme El Manjra a, dans ce sens, mis en avant le programme marocain "Muhub", qui met l'innovation frugale au cœur de l'entrepreneuriat scientifique en permettant de démocratiser et de faciliter l'accès au faire et à l'expérimentation, à travers la mise à disposition de "Fab Lab" en conteneurs recyclés aux entrepreneurs étudiants, doctorants, tremplins essentiels pour une économie de la recherche et développement. S'agissant de projets d'innovation frugale an Maroc, elle a constaté que des entrepreneurs ingénieux et patriotes, des faiseurs ont mis au cœur de leur modèle économique l'innovation frugale, depuis des décennies, citant à titre d'exemple le projet Azalai, un concept pionnier en Afrique centré sur l'expérience, l'écotourisme et la frugalité, régénérant des écosystèmes dans des territoires précaires, et qui est porté avec résilience et passion par son fondateur.

Egalement le Collectif Frigal, une communauté de makers qui, avec très peu de moyens, ont produit des solutions barrières avec frugalité durant la période de confinement et soutenu le personnel soignant et les autorités locales du Maroc, a ajouté Mme El Manjra. En réalité, ces héros modernes, ces vrais acteurs du changement agissant dans l'ombre, sont très nombreux dans le Royaume. "En les agrégeant et en les valorisant, nous pourrions nous positionner comme un pays pionnier en matière d'innovation frugale, d'inclusion sociale et de massification d'impact", a-t-elle conclu.

L' employabilité des jeunes au cœur d' une convention TIBU/Lydec

TIBU Maroc, une ONG œuvrant pour l'intégration des jeunes par le sport, et Lydec, opérateur d'eau et d'électricité dans le Grand Casablanca, ont signé, récemment, une convention de partenariat en vue de promouvoir l'employabilité des jeunes issus des quartiers défavorisés de la métropole. La convention portera sur la mise en œuvre d'un programme de développement de l'employabilité par le sport à travers le mentoring, le coaching et la présence aux évènements organisés par TIBU Maroc, indique un communiqué conjoint. Baptisé "Initiative Intilaqa", le programme 2021-2022 vise l'insertion professionnelle, par le sport, des jeunes en situation de NEET (Neither in Education, Employment nor Training/ni étudiant, ni employé, ni stagiaire) et cible la catégorie d'âge entre 18 et 25 ans, ajoute la même source.

Ce programme s'appuie notamment sur la formation en alternance et l'acquisition de compétences techniques dans des structures d'éducation par le sport, outre l'accompagnement à l'accès à l'emploi à travers des stages et des ateliers. "Notre ONG est fière d'associer Lydec et ses collaborateurs aux bénéficiaires du programme Initiative Intilaqa, premier du genre au Maroc et en Afrique qui favorise l'employabilité des jeunes par le sport", a déclaré le président Fondateur de TIBU Maroc, Mohamed Amine Zariat, mettant l'accent sur "la force du sport pour apporter des solutions innovantes aux défis que connaît le monde et notre pays particulièrement". Grâce à l'implication des collaborateurs de Lydec, des jeunes sans qualification seront accompagnés et auront l'occasion de s'ouvrir sur le monde professionnel, en les dotant des outils et des compétences nécessaires", a-t-il dit.

De son côté, le directeur général de Lydec, Jean-Pascal Darriet, a souligné que sa société, via la démarche d'Open Innovation, "veut développer davantage l'innovation sociale avec les parties prenantes et contribuer ainsi au développement inclusif de notre territoire d'ancrage à travers des actions concrètes". Le partenariat consiste à soutenir l'initiative Intilaqa axée sur "l'innovation sociale par le sport, vecteur d'inclusion sociale et d'insertion socioéconomique", a-t-il relevé. Un total de 60 jeunes en situation de NEET bénéficieront d'un accompagnement qui leur permettra d'avoir les compétences nécessaires à leur intégration au marché du travail via le sport.

Le délégataire casablancais fera également profiter ces jeunes des compétences et du savoir-faire de ses collaborateurs et ils pourront échanger avec des cadres de l'entreprise, vivre l'expérience de challenge, de collaboration et de dépassement de soi. A travers ce partenariat, Lydec sera aussi partenaire de la course sociale "Run4Neet" prévue le 6 décembre prochain qui promeut le sport comme facteur de bien-être au sein de l'entreprise et devrait connaître la participation de 1.500 personnes.

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