Ile Maurice: Période de fin d'année - Les petits commerçants partagés entre inquiétude et espoir

25 Septembre 2020

La période faste des fêtes de fin d'année approche. Pourtant, les commerçants appréhendent les ventes à venir. Le coût du fret qui augmentera le 1er octobre et la dépréciation de la roupie les poussent à douter.

Hier, jeudi 24 septembre à Curepipe. Si plusieurs magasins ferment à la mi-journée, d'autres commerçants au Bruce Square attendre les clients. «Les temps sont très durs», affirme Shezad Dilmohamed, assis sur sa chaise en plastique. Ce dernier, vendeur de pantalons, de jeans et de T-shirts, ne voit pas l'avenir positivement. Il faut dire que depuis la fin du confinement, les clients ne se bousculent pas aux abords de la foire. «On ne sait pas comment les Mauriciens vont effectuer les achats pour le mois de décembre. Mais déjà, à notre niveau, nous rencontrons quelques soucis pour les commandes.» Il explique qu'il va devoir tenir jusqu'à la fin de l'année avec les articles qu'il a déjà en stock. «Les grossistes avec lesquels je travaille ne comptent pas importer. Du coup, nous allons devoir faire nos articles durer.»

Si le commerçant jouit d'une bonne clientèle auprès des jeunes, il ne sait pas si leurs parents auront suffisamment de fonds pour acheter de nouveaux vêtements à leurs enfants. «Si je prends mon cas personnel, l'argent que je récolte de mes ventes ne suffit pas pour rembourser mes dettes. Surtout qu'avec le confinement, les économies ont beaucoup souffert.»

«On est tous à la peine»

Selon lui, l'autre facteur à ne pas négliger est la tenue des courses hippiques. «Les courses se dérouleront au-delà du 20 décembre. Les 'zougader' vont préférer y aller dépenser leur argent. Éna pé ésay tras enn lavi dan zwé.» Sa clientèle, hormis mauricienne, a souvent été composée de voyageurs étrangers comme les Malgaches ou encore les Réunionnais, qui logeaient non loin de la foire. «Maintenant avec l'ouverture prochaine des frontières, l'on ne sait pas si l'on doit s'en réjouir ou pas. On est content d'avoir des gens qui apporteront des revenus mais est-ce que la maladie ne va pas rentrer de nouveau dans le pays ?» s'interroge Shezad Dilmohamed.

Un peu plus loin, l'on rencontre Nizam Mohit. Il vend uniquement les vête- ments produits localement. Mais comme ces confrères, il fait face à des problèmes d'approvisionnement. «Mon fournisseur ne peut me donner les toiles dont j'ai besoin pour fabriquer les vêtements. Il n'arrive pas non plus à exporter ces produits.»

Du coup, Nizam Mohit ne sait pas comment il va donner satisfaction à sa clientèle en cette fin d'année. «On est tous à la peine. Mes collègues ne savent toujours pas s'ils pourront s'approvisionner à l'étranger. Les frais des billets d'avion et surtout la quarantaine au retour font tiquer.»

Ainsi, les commerçants devront se fournir autrement. C'est un peu l'idée qu'a eu Sandeep Purtaub, gérant de Ludotech Deco. Ce magasin puise une bonne partie de ses articles du côté de la Chine. «Heureusement, nous avons déjà des articles achetés en stock. Mais je comptais acheter mes produits pour la fin de l'année en ligne. Nos agents nous envoient des photos et à partir de là, nous réservons nos produits. Par contre, nous pouvons faire face à des surprises car nous ne pouvons voir le produit outre que sur la photo.»

Un risque à prendre, soutient-il. «Nous avons déjà commencé à réserver les articles. Mieux vaut s'y prendre tôt.» Par contre, il promet que les produits ne connaîtront pas une hausse colossale au niveau du prix. «Nous savons que tout le monde traverse une période difficile. Donc, nous travaillons de sorte à ce que tous sortent gagnant, le client et nous aussi.»

Hausse du coût du fret et délai d'importation plus long

Importer coûtera plus cher à partir du 1er octobre. En effet, le coût du fret connaîtra une augmentation de 20 %. Une information confirmée par Afzal Delbar, Managing Director de Silver Line Services Ltd. «Du coup, tous les produits vont augmenter. La ligne maritime nous a informés que l'on paiera Rs 300 sur chaque conteneur de 20 pieds. Et comme les transporteurs ont revu leur emploi du temps, il faut désormais compter 50 jours pour qu'un colis arrive au pays au lieu de 24.»

Raj Appadu: «une année catastrophique»

Le président du Front commun des commerçants de l'île Maurice, Raj Appadu, ne mâche pas ses mots. Cette année sera catastrophique. «Les commerçants qui projettent d'aller à l'étranger pour chercher leurs produits devront réfléchir à deux fois avant de prendre cette décision. Il ne faut pas oublier la quarantaine à payer.»

Il souligne qu'il faudra faire avec le stock déjà en main. «Beaucoup de personnes ne vont pas dépenser leur argent car cette année est difficile pour tous. Ceux qui ont des enfants qui vont à l'école devront économiser pour acheter les fournitures en début d'année.» Il suggère qu'une étude soit faite pour voir s'il est conseillé d'apporter des marchandises qui coûtent cher. «Il ne faut pas oublier que les produits seront achetés avec la valeur de l'euro, du dollar et de la livre actuellement. Plus payer les 15 % de taxe, dédouaner les produits et payer le fret. Automatiquement, le produit sera plus cher.»

Plus de: L'Express

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