Ile Maurice: Hôtellerie - Un endettement qui dépassera Rs 70 milliards

25 Septembre 2020

Le secteur touristique se retrouve plus qu'acculé suivant les effets de la pandémie du Covid-19 et la fermeture des frontières. Il revient désormais à la MIC de porter secours aux groupes hôteliers qui croulent sous les dettes.

Le chiffre donne froid dans le dos. L'hôtellerie croule aujourd'hui sous un endettement massif de Rs 70 milliards. Ce chiffre inclut les crédits auprès des banques et les levées de capitaux sur le marché. L'effet économique de la pandémie et la fermeture des frontières depuis le 19 mars ont mis à genoux ce secteur porteur de croissance, employant quelque 130 000 personnes et contribuant jusqu'à 24 % du PIB. Du coup, les grosses pointures du tourisme ont dû frapper la porte de la Mauritius Investment Corporation (MIC) pour éviter la faillite financière. Ce qui va augmenter leurs dettes, à raison de Rs 10 milliards pour trois gros groupes hôteliers seulement pour l'instant.

Ainsi, après LUX* Island Resorts qui a pris avantage du financement de la MIC en émettant des obligations sécurisées, convertibles et remboursables d'une période de maturité de neuf ans et auxquelles la filiale de la Banque de Maurice (BoM) a décidé de souscrire à hauteur de Rs 1 milliard, d'autres groupes hôteliers se bousculent au portillon de l'ancien immeuble de la BoM.

Le groupe New Mauritius Hotels, de loin le plus endetté, aurait fait une demande de Rs 6 milliards, alors que le groupe Sun rechercherait environ Rs 3 milliards pour sortir la tête hors de l'eau et poursuivre ses opérations. Deux autres établissements, Attitude Property Ltd et Hilton Mauritius Resort, figurent aussi dans cette liste. «Chaque demande de financement est analysée selon la spécificité de l'hôtel avec un term sheet qui prend en considération sa posture financière. Mais une chose est sûre, ce sera des financements à long terme d'une période maximale de neuf ans», souligne-t-on dans les milieux proches de la MIC. Et d'ajouter que l'outil de financement utilisé et privilégié est l'émission d'obligations, assortie d'un taux d'intérêt allant de 3 % à 3,5 % payable deux fois par an.

«Qu'adviendra-t-il au bout de neuf ans, quand les obligations atteindront leur période de maturité si, entretemps, la société se retrouve en situation d'insolvabilité ?» interrogent les spécialistes. À cette question, on nous fait comprendre à la MIC que les sociétés ont proposé en contrepartie pour ces financements, une garantie d'entreprise (corporate guarantor). Ce qui place la filiale de la BoM en deuxième position, après les banques en cas de réclamation. Et ce, dans l'éventualité où la société soit financièrement incapable de satisfaire les conditions de remboursement après la période des neuf ans.

L'endettement de Rs 70 milliards est une source d'inquiétude pour les opérateurs hôteliers. Arnaud Lagesse, le groupe CEO d'IBL, au sein du- quel opère la filiale hôtelière LUX* Island Resorts, explique que ce secteur était déjà confronté à un endettement élevé avant la crise du Covid-19. «Cet endettement s'accroît de jour en jour depuis la fermeture des frontières avec les charges salariales supportées par les opérateurs, le manque chronique de revenus et des perspectives sombres sur ce secteur à l'échelle mondiale.» Il maintient qu'une réouverture contrôlée des frontières est nécessaire, urgente et primordiale pour sauver l'île Maurice d'une faillite entraînant dans son sillage une dépréciation de la roupie, un retour de l'inflation, le chômage de masse et son lot d'insécurité, entre autres.

Si le secteur touristique plaide en faveur de cette réouverture, il en est de même pour d'autres activités qui en dépendent. «Le Covid-19 a évolué et il faut prendre la mesure d'une analyse risque/bénéfice d'une réouverture trop lointaine. Car, entre-temps, l'endettement du secteur atteindra des niveaux pouvant le mettre en péril dans son ensemble.» Cela, d'autant plus que le CEO du groupe hôtelier Beachcomber, Gilbert Espitalier-Noël, confiait à l'express au terme du confinement que le meilleur scénario serait de «retrouver les recettes d'avant crise qu'en octobre 2021».

L'économiste Rajeev Hasnah est plus nuancé dans son analyse. Il estime que les Rs 70 milliards d'endettement, tirés principalement par quatre gros groupes hôteliers, nommément NMH, SUN, LUX* et Constance, n'est pas en soi inquiétant si on prend en considération que ces derniers brassent aujourd'hui des actifs totalisant plus de Rs 80 milliards. «L'inquiétude des opérateurs tient de l'absence de revenus pour assurer un minimum de coûts opérationnels, alors qu'il n'existe pas de visibilité sur ce secteur à court et moyen terme», fait-il ressortir.

Il soutient que le business model du secteur hôtelier est basé sur la «capital intensive», soit la vente de chambres et de services, avec probablement un exercice de rénovation tous les cinq ans. «Or, pour qu'un établissement puisse générer des revenus, il faudrait qu'il dispose d'un horizon de placement de sept ans sur ses investissements. Déjà, il a perdu presque une année et ce n'est pas avant trois ans qu'il re- trouvera sa phase de croissance et de profitabilité qu'il a connue avant la pandémie», analyse Rajeev Hasnah.

Entre-temps, la MIC sera sous forte pression pour sauver une industrie endettée à coups des milliards de roupies. À ce jour, les demandes en fi- nancements s'élèvent à plus de Rs 25 milliards.

L'avenir de leur travail inquiète les employés d'hôtels

«Les employés d'hôtels sont en train de vivre un moment très difficile. Ils craignent pour leur avenir. Ils se demandent s'ils vont toujours avoir un emploi à l'avenir. Le gouvernement a un rôle très important à jouer et il doit assumer ses responsabilités.» C'est ce qu'a affirmé le syndicaliste Atma Shanto face à la presse, à Port-Louis, hier. Il dit connaître toute une série de secteurs dans le privé ayant bénéficié du «Government Wage Assistance Scheme», mais qui ont tout de même eu recours au licenciement. «En ce qui concerne les employés d'hôtels, une grande majorité est au chômage technique. Par ailleurs, on est au courant que plusieurs Mauriciens à l'étranger.

Plus de: L'Express

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