Maroc: La rentrée sociale perturbée par l'incertitude engendrée par le Covid-19

25 Septembre 2020

La pandémie de Covid-19, qui touche de plein fouet la planète, plane toujours sur des secteurs interconnectés, dont le secteur social qui a été lourdement impacté par les mesures préventives prises par les autorités pour limiter les répercussions socioéconomiques de la maladie.

La rentrée sociale, qui devait être porteuse de "bonnes" surprises du fait d'indicateurs basés sur le recul de la pandémie après deux mois de son apparition dans le Royaume grâce aux initiatives gouvernementales,se fait désormais sous des auspices moins prometteurs, notamment depuis la fin du mois de juillet dernier, qui a été marqué par une importante hausse du nombre des contaminations et des décès.

Le Haut-commissariat au plan (HCP) avait rendu public un rapport contenant des chiffres "choquants" sur l'économie nationale qui a perdu en un an à partir du 2ème semestre de 2019, près de 600.000 opportunités d'emploi, soit une perte estimée à près de 265 millions d'heures de travail chaque semaine au cours de cette même période.

En vue de maintenir la stabilité sociale en cette conjoncture exceptionnelle, l'Exécutif a pris, depuis le début de la pandémie, en collaboration avec ses partenaires économiques et sociaux, une série de mesures pour soutenir la reprise progressive des différentes activités économiques mises à l'arrêt, partiel ou complet, durant la période du confinement, outre la mise en œuvre de mécanismes adéquats qui seront à même de favoriser la création et la préservation de l'emploi, notamment chez les jeunes.

Dans ce sens, il a été procédé à la mise en place d'un Pacte pour la relance économique et l'emploi engageant l'Exécutif, le patronat et les banques et d'un contrat-programme visant à soutenir les entreprises et préserver les emplois, au vu d'une persistance des tensions récessives dans certains secteurs fortement sensibles, dont le tourisme.

Ainsi, la question reste en suspenssurles moyens de mise en œuvre de ces mécanismes vu la crise sanitaire quis'est aggravée avec le début de la rentrée sociale, et dont les grandes lignes ont été évoquées lors des célébrations du 1er mai 2020. Dans ce sillage, les centrales syndicales ont appelé le gouvernement à respecter l'accord tripartite du 25 avril 2019, notamment pour ce qui est de la hausse de 5 % du salaire minimum dans le secteur privé et le déclenchement des opérations de promotion dans la fonction publique. Les rounds du dialogue social ayant débuté depuis 1994 entre le gouvernement, la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) et les centrales syndicales les plus représentatives, ont été couronnés par la conclusion d'un accord tripartite qui prévoit un certain nombre d'engagements et de mesures visant à institutionnaliser le dialogue social, à améliorer lesrevenus et à promouvoir les libertés syndicales.

S'étalant sur trois ans (2019-2021), cet accord prévoit l'augmentation générale des salaires des fonctionnaires des administrations publiques, des collectivitésterritoriales et des employés des institutions publiques à caractère administratif et l'amélioration des conditions de promotion de plusieurs catégories de l'Education nationale. Pourle secteur privé, l'accord prévoit une hausse du salaireminimuminterprofessionnel garanti(SMIG) danslessecteurs de l'industrie, du commerce et des services dans le secteur privé ainsi que dans le secteur agricole.

En outre, il vise l'augmentation des allocationsfamiliales et la poursuite du dialogue sur différents autres sujets et dossiers. Dansle sillage de la crise actuelle engendrée par la pandémie, un nouveau round du dialogue social a été tenu le 10 juillet dernier, consacré à la redynamisation et la relance de l'économie nationale. Plusieurs parties ont mis en avant l'importance de cette réunion qui intervient après la reprise des activités économiques suite à l'allègement progressif du confinement sanitaire imposé par la pandémie de Covid-19.

Le président de la CGEM, Chakib Alj, a ainsi appelé à un dialogue positif, en vue de mettre en place une plateforme à même d'aboutir à un accord avec le gouvernement et l'ensemble des partenaires socioéconomiques, soulignant la nécessité d'examiner les moyens pour préserver près de 600.000 emplois provisoirement suspendus dans presque 100.000 entreprises dans le secteur formel, outre 3,4 millions de postes d'emploi suspendus dans une situation de précarité.

Dans ce cadre, le chef du gouvernement a fait savoir qu'il a reçu environ 23 mémorandums de la part des partis, des syndicats et de la CGEM, comprenant nombre de propositions que le gouvernement a pris en considération dans le projet de loi de finances rectificative pour l'année 2020 alors que les autres seront pris en compte dans le cadre de textes juridiques et de prochaines mesures. Il a en outre relevé que l'enjeu de la conjoncture actuelle est de prendre des mesures sociales et économiques pour préserver les emplois, mettant en avant les efforts consentis en soutien à l'investissement public dans le projet de loi de finances rectificative, ainsi que l'importance de poursuivre la mise enœuvre de l'accord tripartite conclu le 25 avril 2019.

De même, le discours adressé par S.M le Roi Mohammed VI à la nation à l'occasion de la Fête du Trône le 29 juillet dernier a toutefois relevé un certain nombre d'insuffisances qui touchent plus particulièrement le domaine social comme la dépendance de certainssecteurs aux aléas extérieurs, la taille du secteur informel et la faiblesse des réseaux de protection sociale, notamment à l'égard desfranges de la population en situation de grande précarité.

"Ces constats ainsi mis en exergue, il nous appartient de saisir l'opportunité de redéfinir l'ordre des priorités, d'asseoir les bases d'une économie forte et compétitive et de construire un modèle social plusinclusif", a fait observer le Souverain. "Dans ce cadre, nous engageons le gouvernement et les différents acteurs à concentrer leur attention et leur action sur les défis et les priorités que dicte cette nouvelle donne. Au premier chef, il importe d'initier un plan ambitieux de relance économique pour permettre aux secteurs de production de se remettre d'aplomb, d'accroître leur capacité à créer des emplois et à préserver les sources de revenu", a poursuivi le Souverain.

"Pour cela, il faut mobiliser tous les moyens disponibles en termes de financements, de dispositifs d'incitation et de mesures de solidarité, en vue d'accompagnerles entreprises, essentiellement les petites et les moyennes qui constituent le maillon central du tissu économique national", a noté Sa Majesté le Roi. Le discours Royal a aussi relevé que "tous les projets et toutes les initiatives que nous engageons ont une double finalité complémentaire : la promotion du développement et l'instauration de la justice sociale et spatiale. Notre aspiration prioritaire est d'assurer la protection sociale à tousles Marocains(... ). Aussi, nous considérons que le moment est venu de lancer, au cours des cinq prochaines années, le processus de généralisation de la couverture sociale au profit de tous les Marocains".

Ainsi, le chantier de généralisation de la couverture sociale, annoncé parle Souverain vient concrétiser les aspirations d'un large pan de la population à un avenir sûr et meilleur et vient matérialiser l'effectivité d'un droit humain fondamental, à même de contribuer à la cohésion sociale et, in fine, au développement économique du Maroc. Dans cette lignée, des experts ont relevé qu'après le discours Royal, les choses vont sûrement s'accélérer pour concrétiser le principe de la couverture sociale universelle, faisant observer que le calendrier est désormais bien ficelé.

Il s'agit notamment, selon eux, de généraliser la couverture sociale à l'horizon 2025, en deux étapes: au cours de la première phase (2021-2023), il sera procédé à la généralisation de l'Assurance maladie obligatoire et des allocations familiales, tandis que la deuxième phase (2024-2025),sera consacrée à la généralisation de la retraite à toutes les personnes et l'indemnité pour perte d'emploi à l'ensemble de la population active. La pandémie de Covid-19 a imposé à la rentrée sociale des agendas spécifiques, en l'occurrence le projet de loi organique n° 97.15 définissant les conditions et les modalités d'exercice du droit de grève, dont son examen à la Chambre des représentants a été reporté, à la demande de groupes parlementaires appartenant à la majorité et à l'opposition, alors que des centrales syndicales ont estimé que la conjoncture actuelle ne permet pas d'examiner le projet.

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