Sénégal: Tour du Sénégal des stades - Saint-Louis dans un réel dénuement

27 Septembre 2020

Le département de Saint-Louis joue un rôle stratégique dans le développement du sport à travers ses représentants dans les compétitions nationales et internationales, et dans différentes disciplines, surtout dans le football et le basket. Mais, côté infrastructures, pour permettre à ces jeunes de pratiquer convenablement le sport, on semble loin de voir le bout du tunnel.

La pluie qui s'est abattue sur Saint-Louis au petit matin a rendu la température plus douillette. Mais elle a également plongé beaucoup de quartiers de la ville sous les eaux. Ce temps orageux a aussi accentué l'état de crasse du stadium Joseph Gaye, ce temple sans âme du basket saint-lousien transformé en piscine.

Des badauds se prélassent à côté ou pataugent dans ces eaux qui empêcheront les entraînements pendant un bout de temps.

Faisant office de tribunes, une superposition de bancs en béton incommodes accueille d'habitude les supporters qui vibrent quand les deux équipes fanion de la ville (Saint-Louis basket club et Université Gaston Berger) sont sur le parquet.

Pourvu que ces semblants de tribunes ne s'affaissent pas ! Plus cocasse encore, il n'y a ni toilettes pour les supporters ni vestiaires dignes de ce nom pour les équipes.

Seul terrain de basket digne de ce nom à Saint-Louis, longtemps réputé pour sa vétusté, le stadium Joseph Gaye ne fait pas aujourd'hui la fierté de cette grande ville de basket.

Par le passé, il avait été rénové et doté de couverture et de projecteurs. Mais, du fait d'un manque d'entretien criant, l'infrastructure est retombée dans sa vétusté.

«Une situation désolante pour ce temple où ont performé des joueurs de la trempe de Joseph Gaye ou encore Mbaye Guèye, ancien entraîneur de l'équipe nationale féminine et ancien pensionnaire de Martigues en France», se désole Bator Fall journaliste à la Rts et ancienne basketteuse.

Elle ne comprend pas par quel miracle, dans un tel environnement, les équipes de Saint-Louis parviennent à briller. Rien n'a changé, affirme-t-elle, hormis la parenthèse de la peinture appliquée sur les lieux, en son temps, par le Comité de normalisation du basket.

Aujourd'hui, poursuit-elle, seul le football tire son épingle du jeu avec le stade Mawade Wade qui lui offre de meilleures possibilités, même s'il est surexploité par toutes les disciplines qui s'y replient.

Joseph Gaye, lieu de hauts faits

Pourtant, le stadium Joseph Gaye qui ne reflète pas le niveau actuel du basket saint-lousien a été le lieu de hauts faits d'athlètes de renom. Mborika Fall, la Guet-ndarienne, qui a fait les beaux jours de l'équipe nationale et du Duc, a eu son premier contact avec la balle orange en ces lieux.

C'est ici aussi que Ndeye Sène, quadruple reine du basket national (2008, 2010, 2013, 2017), a travaillé sa légendaire dextérité sur les shoots primés.

Kouna Ndao, une autre impératrice et meilleure joueuse de la saison 2019, a également ébloui Joseph Gaye par sa lecture du jeu et son calme olympien, ses deux marques de fabrique.

En somme, les deux équipes de la ville ont offert 7 titres de rois au basket régional. À cela s'ajoute leur diktat sur le championnat national principalement imposé à partir d'un stadium Joseph Gaye forteresse souvent imprenable.

En effet, Slbc chez les filles a obtenu 7 coupes du Sénégal (2008, 2011, 2012, 2013, 2014, 2015 et 2016), 6 titres de champion national (2008, 2010, 2011, 2015, 2017 et 2018) et une coupe du Sénégal pour les garçons en 2019.

Du côté des étudiants de l'Ugb, le pédigrée force le respect, avec chez les garçons quatre coupes du Sénégal (2010, 2013, 2014, 2015).

Pour le président de la Ligue régionale de football, le Dr Ahmadou Dia, il est difficile d'imaginer une ville comme Saint-Louis, avec ses quatre équipes dans l'élite, qui jouent le haut du tableau et qui ont dans leurs rangs les meilleurs internationaux, rester sans infrastructure de basket digne de ce nom. «Saint-Louis joue les premiers rôles dans le basket national, malheureusement, l'état du stadium Joseph Gaye n'honore pas notre chère ville.

Et cela pourrait se répercuter sur l'organisation de compétitions d'envergure parce que Saint-Louis ne pourra pas postuler.

C'est aussi valable pour l'athlétisme, le handball et les arts martiaux», analyse-t-il. Comme nombre de Saint-Louisiens, il souhaite voir cette infrastructure réhabilitée pour offrir à la vieille ville une aire de jeu digne de ce nom.

Mansour Diop, Secrétaire général du Slbc, déplore aussi l'état de dégradation très avancé de l'infrastructure. «Il a été une fois fermée par la Protection civile parce qu'il ne répondait plus aux normes de sécurité», rappelle-t-il. «Avec les résultats des équipes de Saint-Louis, nous ne méritons pas ça.

Il faut que les autorités parviennent à trouver les moyens de faire du stadium Joseph Gaye une infrastructure moderne répondant aux standards internationaux, mais aussi construire une salle couverte au stade Mawade Wade. Saint-Louis le mérite bien», plaide-t-il.

Le palais de sports toujours attendu

Seule infrastructure fonctionnelle à Saint-Louis, le stade Mawade Wade est très sollicité avec plus d'un millier de matchs du championnat national populaire qui s'y jouent, sans compter les rencontres de la ligue professionnelle.

Aujourd'hui, sur les 12 zones (130 Asc) que compte l'Odcav de Saint-Louis, seule celle de Mpal ne joue pas au stade Mawade Wade, soutient Mamadou Ba.

Selon le président de l'Odcav, «on est obligé d'organiser 5 rencontres par jour, 3 en diurne et 2 en nocturne. Cela nous prend parfois du mois d'août à janvier». Il précise d'ailleurs que le manque d'infrastructures sportives se pose dans les autres collectivités locales.

«Nous estimons qu'il faut plus d'infrastructures sportives à Saint-Louis pour que l'outil déjà existant, le stade Mawade Wade, puisse être préservé.

Parce qu'au-delà du navétane, il y a aussi d'autres compétitions qui y sont organisées. Finalement, le stade est utilisé 12 mois sur 12, ce qui pose un problème de sa préservation et de son entretien», relève Mamadou Ba.

De nombreuses fois, les autorités sportives ont annoncé de nouvelles infrastructures pour accompagner les jeunes et les équipes dans leur pratique sportive, surtout pour le basket. Mais, depuis, «nous attendons toujours la matérialisation de ces projets», s'impatiente la journaliste mordue de la balle orange Bator Fall.

Lors d'une rencontre avec les sportifs nordistes, le Maire de Saint-Louis, Mansour Faye, avait noté que le stadium Joseph Gaye de Ndar Toute serait repris par Eiffage Sénégal dans le cadre de sa responsabilité sociale d'entreprise (Rse).

Plus tard, lors d'une visite dans la vieille cité, Matar Ba, Ministre des Sports, avait aussi annoncé le démarrage des travaux de rénovation du stade Me Babacar Sèye au mois de mars 2020.

Il avait avancé «un investissement de plus d'une dizaine de milliards de francs au bénéfice des acteurs sportifs». Mais depuis lors, se désole Seydina Aboubacar Bitèye, 2èmevice-président de Slbc, rien n'a été fait.

Au-delà, poursuit M. Bitèye, «le stadium Joseph Gaye est notre antre, où des milliers de Saint-Louisiens ont titillé la balle orange pour la première fois. Nous tenons donc à sa rénovation. Mais, nous voulons d'autres repaires car notre projet, c'est de gagner tous les trophées nationaux et d'aller en Afrique.

Et il nous faut ce palais omnisports annoncé au sein du stade Mawade Wade, avec une capacité de 11.000 à 13.000 places et une priorité accordée au basket». Mais pour que ces infrastructures voient le jour, selon le 2ème vice-président de Slbc, «le ministère doit faire preuve de beaucoup plus de dynamisme».

Le sport est un levier de développement socioéconomique et contribue à la valorisation du potentiel de la région de Saint-Louis. Cependant, pense M. Bitèye, des efforts doivent être consentis, notamment en ce qui concerne l'augmentation et la bonne gouvernance des infrastructures sportives.

Babacar Sèye, Ex-Stade Wiltord : Là où battait le cœur du foot saint-lousien

Difficile d'imaginer qu'en ces lieux, glauques, délabrés, battait le cœur du football de la capitale du Nord. Le stade Me Babacar Sèye n'est plus que l'ombre de lui-même.

Les marchands ont fini par coloniser sa devanture, où des maillots, des habits et d'autres bric-à-brac sont proposés aux passants. À l'intérieur, des tribunes délabrées et une pelouse impraticable.

Heureusement que cette infrastructure n'abrite plus de compétitions. La faute, pense un ancien haut fonctionnaire du ministère des Sports ayant requis l'anonymat, «aux différentes rénovations opérées durant le régime précédent, avec un stade refermé trois ans seulement après son ouverture.

Le travail était mal fait, surtout pour la pose du gazon synthétique». Il rappelle l'importance d'associer, dans les marchés de rénovation, les spécialistes du ministère qui connaissent mieux le secteur.

Le président de la Ligue régionale de football, Dr Ahmadou Dia, juge la situation du mythique stade alarmante. «Le stade Me Babacar Sèye qui a fait la fierté de Saint-Louis par le passé est dans un état lamentable.

Des efforts ont été faits, mais Saint-Louis mérite mieux. L'infrastructure est complètement délabrée et ne répond à aucune norme», indique l'ancien président de La Linguère.

Selon lui, Saint-Louis ne peut prétendre aujourd'hui organiser aucune compétition de haut niveau. C'est pourquoi, dit-il, que «les autorités doivent penser à doter Saint-Louis d'un stade aux normes internationales».

Et pourtant, Babacar Sèye a accueilli tant de belles compétitions, comme le rappelle Ibrahima Diop Pelé, ancien coach de la Linguère. Des souvenirs, il en a à la pelle et évoque l'histoire de ce stade qui s'appelait Wiltord, quand il était fait de sable et plus tard en coquillers, «des matières qui ne favorisaient pas le beau jeu».

Il se souvient de la frénésie des supporters les soirs de matchs de championnat, et même de compétitions africaines, en coupe Caf, face à Bingerville de Côte d'ivoire en 2008, avec une victoire 3-0 des hommes d'Amara Traoré.

Aujourd'hui, du point de vue infrastructures, «Saint Louis est à la traîne, et cela se reflète sur le niveau de notre football», se désole Ibrahima Diop Pelé.

Pour lui, il faut réhabiliter Babacar Sèye, rénover Abdoulaye Diagne, un stade à l'aire de jeu accidentée et ensablée qui se trouve à la pointe nord, souvent utilisé par les militaires, revaloriser le stade Guélewar, faire jouer à «Wembley» (dans le faubourg de Sor) un plus grand rôle et aussi «travailler à avoir des aires de jeu à Bango, une grande réserve foncière».

Dans les villes, le plus difficile, c'est l'espace ; or «nous en sommes bien pourvus, et la réhabilitation de ces différentes infrastructures permettra de diminuer la pression sur Mawade Wade, avec comme corollaire le développement de tous les sports», souligne Ibrahima Diop Pelé.

Dans cette même logique, souligne Papa Samba Ly, Inspecteur départemental des Sports de Saint-Louis, la rénovation du stade Me Babacar Sèye, mythique endroit qui faisait battre le cœur de Saint-Louis, mérite d'être inscrite au nombre des actions prioritaires à mener. Car, selon lui, ce terrain est le premier stade gazonné de l'Afrique occidentale française (Aof).

Et «nous avons connu trois coupes de l'Aof, presque l'équivalent de la Can actuelle, avec cette ville de Saint-Louis. C'est pourquoi, les autorités doivent faire de sorte que les infrastructures soient en place au bénéfice des pratiquants», plaide-t-il.

Papa Samba Ly, Inspecteur des sports de Saint-Louis : «Il ne faut pas oublier les autres disciplines»

L'Inspecteur départemental des sports de Saint-Louis se désole du manque d'infrastructures dédiées à Saint-Louis. Selon Pape Samba Ly, si le basket mérite une attention particulière, «les autorités ne doivent pas pour autant oublier les autres disciplines».

Car, à son avis, la surexploitation du stade Mawade Wade qui accueille toutes les disciplines commence à poser de réels soucis.

Papa Samba Ly soutient en effet qu'il y a un problème manifeste autour des stades, qui impactent négativement sur le développement de certains disciplines comme le volley-ball (Ugb est détenteur de la coupe du Sénégal), le handball (Ugb finaliste en coupe), l'athlétisme et les sports de combats, «où l'on note de bons résultats au plan national grâce à des techniciens et encadreurs qui consentent de gros sacrifices pour organiser des compétitions».

Mais pour le développement du sport et l'éclosion des autres disciplines et éviter le diktat du football et du basket, il pense qu'il faut aller vers des infrastructures de proximité.

«Nous avons de l'espace et la mairie pourrait transformer les dépôts sauvages d'ordures le long des berges en terrains de sports et, du coup, permettre le développement des activités physiques, tout en en luttant contre les agressions contre l'environnement», note-t-il.

Aujourd'hui, le projet majeur, c'est le Palais des sports, une salle polyvalente. «Pour ce programme, il faut louer l'entregent du Maire Mansour Faye, qui a fait le plaidoyer à la Présidence de la République pour que cette infrastructure voie le jour», souligne M. Ly.

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