Congo-Kinshasa: Félix Tshisekedi, Goma et la Brigade internationale

Pour avoir lié le rétablissement de la paix dans son pays et dans la sous-région des Grands Lacs à une coalition internationale en vue de la neutralisation des groupes armés congolais et étrangers qui écument l'Est, et pour avoir évoqué à cet effet le renforcement des capacités de la Brigade d'intervention (BI), Félix Tshisekedi est pris à partie par les va-t-en-guerre prêts à engager le Congo dans un conflit généralisé, mais lents à y mettre le paquet notamment, celui du sang. Leur sang.

La nuit du 22 au 23 septembre dernier, dans sa prestation par visioconférence dans le cadre de la 75ème session ordinaire de l'assemblée générale de l'Onu, le Chef de l'État s'est prononcé sur plusieurs sujets. Dont, évidemment, la Brigade d'intervention (BI).

Voici sa déclaration : «Ma détermination est de redonner le plus tôt possible le sourire aux populations de l'Est de mon pays qui vivent dans l'insécurité depuis plus de deux décennies. Pour ce faire, la République Démocratique du Congo s'inscrit en faveur du principe d'accroître la capacité opérationnelle de la Brigade d'Intervention, notamment en la dotant des unités spéciales adaptées à la guerre asymétrique que nous imposent les groupes armés à l'Est du pays ».

Créée par le Conseil de sécurité de l'Onu sur base de la Résolution 2098 du 28 mars 2013, la BI (Brigade d'Intervention) constituée de 3.069 militaires fournis par l'Afrique du Sud, la Tanzanie et le Malawi a été conçue en force militaire offensive montée au lendemain de l'apparition du M.23 en mai 2012.

Au sous-point b relatif à la « Neutralisation des groupes armés par la brigade d'intervention », la Résolution relève qu'« En appui aux autorités de la République démocratique du Congo, sur la base des informations recueillies et analysées et compte dûment tenu de la nécessité de protéger les civils et de réduire les risques avant, pendant et après toute opération militaire, mener, par la brigade d'intervention mentionnée aux paragraphes 9 et 10 ci-dessus, seule ou avec les FARDC, des offensives ciblées et robustes... », l'objectif étant, entre autres, « d'empêcher l'expansion de tous les groupes armés, de les neutraliser et de les désarmer de façon à contribuer à réduire la menace que constituent les groupes armés pour l'autorité de l'État et la sécurité des civils dans l'est de la République démocratique du Congo et à préparer le terrain pour les activités de stabilisation ».

Au début, il n'était pas question de Brigade d'Intervention. Au sommet extraordinaire des chefs d'Etat et de Gouvernement des pays membres de la Cirgl tenu à Kampala les 7 et 8 août 2012, l'option levée avait été celle de la Force Internationale Neutre (FIN) dont l'opérationnalisation était confiée à un sous-comité. C'était sept mois avant la récupération de la FIN et son intégration dans la Monusco sous la dénomination Brigade d'Intervention.

Le premier exploit de la BI avait été l'assistance apportée aux Fardc dans la neutralisation du M.23 en octobre 2013.

Seulement voilà : depuis cet exploit réel, la BI s'est, comme qui dirait, choisie de se « neutraliser » elle-même.

En effet, au cours de ces 7 dernières années, on ne lui reconnaît pas d'offensives réussies contre les groupes armés nationaux ni contre les groupes armés ougandais, rwandais et burundais.

C'est juste une impression, mais l'évidence qu'elle est devenue plutôt amorphe. Elle voit ses éléments les uns assassinés, les autres blessés grièvement sans qu'elle ne développe la capacité de réaction qui lui était propre.

L'insolite est cette propension à voir les forces onusiennes déployées en RD Congo ne pas jouir de la facilité d'opérer conséquemment lorsqu'il s'agit d'enrayer la menace principale : les groupes armés.

Constat malheureux : en 1999, l'Accord de Lusaka, dans ses chapitres 8 et 9, confie à la force internationale (devenue Monuc) la charge de traquer et de désarmer les groupes armés ougandais, rwandais, burundais et angolais.

Résultat : 20 ans après son déploiement sur le territoire congolais, même rebaptisée Monusco, cette force ne réussit toujours pas à atteindre cet objectif. Comme relevé d'ailleurs dans plusieurs chroniques, sa priorité est désormais la logistique électorale et le monitoring sur les droits de l'homme, opérations moins éprouvantes que la chasse aux rebelles dont certains se livrent au terrorisme. De un.

De deux, en 2013, la BI se substitue à la FIN. Mission : traquer et désarmer les groupes armés congolais, ougandais, rwandais et burundais.

Résultat : 7 ans après son intégration dans la Monusco, la Brigade d'intervention s'enlise.

Comme pour dire que jamais deux sans trois, la 3ème force qu'on (nous) proposera sera performante le temps d'une rose.

C'est à croire que quelque part sur ce plancher des vaches, un esprit se croyant supérieur a résolu de prolonger l'état de guerre au Congo.

Aussi, à défaut de New York (75ème assemblée générale de l'Onu), Goma devrait être l'occasion de poser le problème par une formule simple : « pourquoi ? ».

Oui : pourquoi après toutes les interventions internationales (Onic) en 1960-61 pour contrer les sécessions katangaise et sud-kasaienne ainsi que occidentales (Maroc, France et Belgique) en 1977 et 1978 pour contrer les deux guerres du Shaba, ni la Monuc (Monusco), ni la Brigade d'Intervention ne se battent réellement pour neutraliser les groupes armés.

C'est à croire qu'on est fatigué des "guerres du Congo" !

Voilà le sens de l'exhortation « Goma ne doit pas tomber ! ».

Donc, de la conviction « Goma ne tombera pas ! », les Congolais ayant le devoir de s'impliquer aux côtés du Président de la République et de la communauté internationale dans la solution définitive : la paix pérenne.

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