Congo-Kinshasa: Tourmente à Transco - Quel était le rôle de l'actuel PCA de la SCTP ?

L'analyse de la situation financière de l'ODEP (l'Observatoire des Dépenses Publiques) est de plus pertinente. La Société Transco est dans la tourmente, comme toutes les sociétés de Transport en commun qui se sont succédé avant elle à Kinshasa ont eu à vivre.OTCZ, SOTRAZ, City Train, pour ne citer que celles-là, avaient un début fracassant juste comme Transco.

Seulement, elles ont eu aussi une fin piteuse. Un chauffeur d'un bus Transco, à ses débuts, qui a dépassé un taxi-bus de marque Mercedes avaient eu, en son temps, des mots pleins de moquerie à l'endroit de son collègue du taxi-bus, qui retentissent jusqu'aujourd'hui dans les oreilles de ses passagers de cette époque-là : « vous irez transporter des braises en brousse». Il serait intéressant de savoir si ce n'est pas ce chauffeur lui-même qui serait aujourd'hui allé à Mbakana faire des braises pour faire vivre sa famille.

«Les mêmes causes produisent les mêmes effets», dit-on. Si on analyse la trajectoire de ces sociétés de Transport, on découvrirait que les causes de la débâcle des premières sont les causes de la débâcle de Transco. Le Contraire étonnerait.

La première des causes porte sur les subventions que l'Etat accorde à ces sociétés étatiques de transport en commun, qui l'aident à réguler le Transport en commun dans la ville. Notons que dans de grandes métropoles dans le monde, ce ne sont pas les sociétés de transport en commun qui joue le rôle de régulation, mais c'est le métro, le train urbain etc. Sans ces instruments de régulation, le petit peuple est totalement à la merci des transporteurs privés dont le but est de faire des bénéfices. Les Kinois qui sont souvent victimes des pratiques frauduleuses de ces transporteurs en savent quelque chose. Ils sont victimes du phénomène appelé "demi-terrain". L'ancien gouverneur de la ville traquait ces pratiques avec fermeté, informé on ne sait comment de leur existence, mais le nouveau ne s'en est pas encore occupé. Le "demi terrain" consiste à mettre un véhicule sur un trajet sectionné en deux parties payés au prix du trajet entier, lorsque les véhicules sont rares à cause, soit des embouteillages, soit de la pluie ou d'une autre circonstance imprévue. Les usagers paient le double pour une distance habituellement payé à un tarif connu. Les transporteurs privés évitent aussi les distances longues et visent un gain rapide sur des distances qu'ils trouvent à leur convenance.

L'Etat a l'habitude de subventionner les sociétés de transport en commun pour couvrir des distances qui sont parfois peu rentables mais qui rendent un service à la population. Les subventions consistent souvent en l'approvisionnement en carburant, en lubrifiant, en pièces détachées et en d'autres exonérations. Or, c'est par les subventions que les plus grandes malversations proviennent.

Comme l'ODEP l'a si bien signalé dans le cas de Transco, l'Etat avait pris l'engagement de fournir un nombre bien déterminé de litres de carburant par mois à Transco. L'Etat a-t-il diminué le nombre de litres suppléés à Transco au fur et à mesure que ses bus tombaient en panne et que ceux qui restaient en service ne pouvaient consommer tout le carburant pourvu ? Alors, qu'est-ce que les dirigeants de Transco faisaient de cette différence puisqu'après une année, on pouvait déjà compter une cinquantaine de bus non opérationnels ? Pour le cas d'espèce, l'ODEP parle de 960 000 litres par an que l'Etat a fourni à Transco. Avec le charroi actuel, la société consommerait presque 450 000 litres seulement, l'équivalent de 400 000 dollars US à peu près et le reste de ces subventions est non utilisé. Il en sera de même de lubrifiant et d'autres consommables fournis par l'Etat. Qu'est-ce que Transco a fait de cela ?

La deuxième cause des débâcles de ces sociétés étatiques de transport en commun tient du fait que ces sociétés ne sont pas astreintes au devoir des résultats. L'Etat ne demande pas à ces sociétés d'être rentables, de faire des bénéfices. Il leur demande de rendre service. Avec une ouverture aussi béante, le manager congolais, dont le point fort n'est pas la rigueur dans la gestion, trouve une occasion de se donner à cœur joie à son sport préféré qui est la mauvaise gestion.

La troisième cause est la complaisance de l'autorité de tutelle. Si l'autorité de tutelle de ces sociétés ne se montre pas intransigeante avec celles-ci, il est évident que la débâcle survient trop rapidement. C'est ici peut-être que l'ODEP a jugé opportun de citer le PCA de la société SCTP, M. José Makila qu'il accuse d'avoir opéré des ponctions de l'ordre de 960 000 dollars US sur la société Transco. Il circule même sur la toile une lettre de l'Ancienne autorité de tutelle de Transco (José Makila) qui l'autorisait à demander à Raw Bank un découvert de 960 000 dollars US dont l'utilisation n'est pas connue. L'authenticité des documents circulant sur la toile étant douteuse, la réserve est de rigueur. Ce qui ne diminue pas la responsabilité des autorités de tutelle des sociétés de transport dans la faillite répétée des sociétés de transport en commun au Congo.

On pourrait toujours continuer à creuser et trouver d'autres raisons qui amènent la faillite des sociétés de Transport en commun, mais juste les trois mentionnées sont suffisantes pour expliquer la tourmente actuelle de Transco. Tout en comprenant le souci de José Makila de voir son honneur bafoué restauré, les congolais auraient voulu le voir jouer un rôle plus constructif et moins subjectif dans la recherche de voies et moyens de restaurer la splendeur de Transco, qui pensaient à ses débuts renvoyer les taxi-bus au transport des braises. Son expérience serait plus que nécessaire pour circonscrire les problèmes de Transco et comment les résoudre. Les dirigeants ont toujours été l'objet de sarcasmes et des quolibets de la part de leurs sujets depuis Jules César dont les caricatures du nez sont parvenues au public du 21ème siècle. Mais, ce public se souvient beaucoup plus de ses réalisations que d'éventuelles insultes lui adressées probablement par jalousie.

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