Cote d'Ivoire: Intégration exigée de la candidature de Gbagbo par la CADHP - Jusqu'à quand ADO raidira-t-il la nuque ?

27 Septembre 2020

La Cour africaine des droits de l'homme et des peuples (CADHP) a ordonné à la Côte d'Ivoire, de réintégrer Laurent Gbagbo sur la liste électorale. Sera-t-elle entendue ? Tout porte à croire que non. On est d'autant plus fondé à le croire que la réponse du président Alassane Ouattara ne souffre d'aucune ambigüité.

« Ce sont des décisions qui sont nulles et de nul effet, nous ne les appliquerons pas et nous n'avons pas l'intention de les appliquer ». C'est dire si la CADHP prêche dans le désert. Et cela n'est pas étonnant, d'autant que ce n'est pas la première fois que le régime Ouattara balaie du revers de la main, les injonctions à lui faites par cette Cour.

On se rappelle, que la CADHP avait enjoint à l'Etat ivoirien, de réintégrer dans la course à la présidentielle, l'ex-président de l'Assemblée nationale, Guillaume Soro, qui a aussi vu sa candidature être rejetée par le Conseil constitutionnel.

Cela dit, en rejetant de manière systématique les décisions de la CADHP alors que celles-ci restent opposables à l'Etat de Côte d'Ivoire, puisque sa décision de ne plus reconnaitre la compétence de cette Cour n'entre en vigueur qu'en avril 2021, ADO va-t-il se mettre à dos l'Union africaine? Jusqu'à quand raidira-t-il la nuque ?

En tout cas, l'on peut dire que cette posture du numéro 1 Ivoirien, est politiquement incorrecte et risquée. C'est d'autant plus vrai que ce n'est un secret pour personne que ce sont les mêmes institutions supranationales qui lui avaient permis d'être candidat à l'élection présidentielle de 2010.

Mieux, d'être investi comme président de la République de Côte d'Ivoire au sortir d'une élection dont les résultats avaient été fortement contestés par les partisans de Laurent Gbagbo.

Le traumatisme de la crise post-électorale de 2011 est toujours dans les esprits

Maintenant que leurs décisions ne lui sont pas favorables, ADO trouve qu'elles ne sont pas crédibles. Il confirme ainsi l'assertion selon laquelle « c'est quand on ne veut plus de son épouse qu'on découvre sa laideur ». Cela dit, on se demande vers qui ADO se tournera, si la crise pré ou postélectorale qui se profile à l'horizon, venait à prendre des proportions inattendues.

Cela dit, même si les autorités ivoiriennes ont opté pour la sourde oreille, la CADHP aura eu le mérite d'avoir fait dans la prévention.

Et comme le dit l'adage, « mieux vaut prévenir que guérir ». En choisissant de faire l'autruche, le locataire du palais de Cocody contribue à assombrir davantage les gros nuages qui s'amoncellent dans le ciel ivoirien.

En tout cas, son attitude est loin de contribuer à l'apaisement. Autant dire qu'ADO risque de donner des alibis solides à ses plus farouches adversaires pour chauffer à blanc la Côte d'Ivoire.

C'est vrai que les meetings tenus le week-end dernier à Abidjan, par l'opposition qui est vent debout contre son troisième mandat, et qui n'ont pas drainé grand monde, pourraient être considérés comme un non-événement par le RHDP.

Mais de là à croire que l'opposition est devenue inopérante, c'est aller vite en besogne. Car, il y a des raisons objectives qui pourraient expliquer ce flop de l'opposition, si c'en est vraiment un. D'abord, la méfiance entre opposants qui reste d'actualité, ne facilite pas les choses.

Ensuite, quoi que l'on dise, force est de reconnaître qu'on n'est plus dans la même configuration qu'en 2010 où un jeune et fougueux ministre de la Jeunesse, Charles Blé Goudé, pour ne pas le nommer, haranguait à tout va la foule.

Outre cela, un autre facteur et non des moindres expliquant cette faible mobilisation, c'est le traumatisme de la crise poste électorale de 2011 qui est toujours dans les esprits de nombreux Ivoiriens.

Et comme on le dit, chat échaudé craint l'eau froide, surtout que les autorités ivoiriennes ont interdit les manifestations, sauf dans les enceintes closes et arrêté de nombreux citoyens qui s'opposent au troisième mandat d'ADO. En tout cas, le RHDP aurait tort de minimiser la faible mobilisation de l'opposition.

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