Sénégal: Cimetière des naufragés du bateau « Le Joola » de Mbao, un espace de mémoire et de thérapie

28 Septembre 2020

Le cimetière des naufragés du bateau « Le Joola » de Mbao constitue pour beaucoup de rescapés et de proches de victimes à la fois un espace de mémoire et de thérapie.

La hantise, le dégoût, la tristesse ! Ils sont habités par autant de sentiments. 1863 morts, ce n'est pas pour eux une simple comptabilité macabre.

Le 26 septembre 2002 n'est pas non plus une banale date. C'est ce jour que beaucoup d'entre eux ont perdu des êtres chers avec le naufrage du bateau « Le Joola ».

Dans une ambiance des plus moroses, des hommes et des femmes aux visages meurtris sont venus se recueillir au cimetière des naufragés du « Joola » de Mbao en cette matinée du 26 septembre 2020 ; les uns pleurant silencieusement leurs morts, les autres prenant des photos.

Dans une atmosphère lourde, un homme est resté seul, l'esprit en errance. Il s'appelle Léouré Diémé et est un rescapé du naufrage du bateau « Le Joola ».

« Quand l'eau a commencé à envahir le navire, la peur s'est installée. Nous pensions que le bateau allait retrouver son équilibre mais c'était sans compter avec le destin tragique qui attendait beaucoup d'entre nous.

Les cris fusaient », confie celui qui est habitué à venir se recueillir, comme s'il voulait communier avec ceux-là qui y ont péri.

C'est comme une thérapie pour lui : « Ce cimetière, en plus du devoir de mémoire auquel il me soumet, me permet de mesurer l'insignifiance de mon existence ». Il a vécu ce traumatisme pendant longtemps. Je faisais des cauchemars.

Mais, heureusement que le psychosociologue Ousmane Ndiaye suivait gratuitement des rescapés. Le film « Titanic » m'a aussi été d'un grand secours », dit-il, partagé entre le bonheur d'avoir des nuits moins agitées et un sentiment de colère et d'injustic

. « Il était primordial de venir en aide aux rescapés et aux familles des victimes. Nous avons voulu, dès le début, nous assurer que les rescapés n'étaient pas délirants. Nous les avons pris en charge et avons commencé les thérapies.

Nous avions reçu des centaines de personnes qui étaient sous le choc. Et le résultat du travail était bénéfique », rappelle le psychosociologue Ousmane Ndiaye, qui avait été impliqué dans la prise en charge des rescapés.

« Le cas qui m'avait le plus touché était celui d'un père de famille qui n'en revenait pas d'avoir tenu la main de son fils dans les eaux et qui lui échappait petit à petit.

C'est ainsi qu'il a été emporté par l'océan Atlantique », ajoute-t-il, non sans saluer cette forme de communion, dans la douleur, que leur permet ce cimetière.

Tante Sané est aussi une personne traumatisée qui trouve un semblant d'accalmie au cimetière des naufragés du bateau « Le Joola » de Mbao.

« Ici, confie-t-elle, j'ai le sentiment d'être en communion avec mon défunt mari même si les tombes sont sans identité ». Veuve d'un naufragé, elle en est arrivée à souffrir de la phobie de l'eau.

« Avec les inondations, des souvenirs douloureux ont reflué. Mon fils m'a demandé si l'eau qui a emporté papa veut aussi nous tuer. J'ai eu mal d'entente ses propos. Je sais que mes enfants souffrent dans le silence.

Depuis 2002, je ne mange plus du poisson », consent-elle à dire malgré sa douleur. L'année prochaine, elle viendra, certainement, se recueillir au cimetière pour espérer un « signe » de son défunt époux.

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