Afrique de l'Ouest: Dr Serigne Bamba Gaye, enseigneur-chercheur - « Le Sahel devient une zone de vulnérabilité sociale et politique »

28 Septembre 2020

« Crises politiques et conflits au Sahel », tel est l'intitulé du thème développé par le docteur Serigne Bamba Gaye lors du webinaire organisé, samedi dernier, par l'Université Cheikh Ahmadou Bamba. Sa conclusion est des plus alarmantes.

À l'occasion de la clôture du webinaire de l'Université Cheikh Ahmadou Bamba (Ucab) organisé en prélude de la commémoration de l'exil du fondateur du mouridisme, Dr Serigne Bamba Gaye a abordé ce thème : « Crises politiques et conflits au Sahel ».

L'enseignant au Centre des hautes études de défense et de sécurité (Cheds) estime que 60 ans après les indépendances, le Sahel et, de manière générale, l'Afrique de l'Ouest traverse des moments difficiles.

À côté du terrorisme, l'universitaire considère que les crises sont aussi aggravées par les conflits communautaires et sociaux dans tous les États et la récurrence des tensions du troisième mandat.

La gestion des ressources naturelles et foncières, qui devait permettre aux communautés de participer ensemble à la construction de la société, laisse également à désirer, de son point de vue.

Avec toutes ces difficultés énumérées, ce spécialiste des relations internationales remarque que le Sahel devient « une zone de vulnérabilité sociale et politique ».

« C'est dans cette région qu'on trouve une mission de maintien de la paix, deux opérations régionales, une mission étrangère, Barkane, des puissances américaines et européennes et des groupes de sécurité privée », a déploré l'enseignant-chercheur.

Poursuivant son argumentation, il a pointé du doigt la fragilité de l'État née des difficultés à créer une communauté malgré les différences et la diversité des aspirations.

« Il y a une barrière entre l'État et la base. C'est un État qui n'épouse pas le corps social. Ainsi, il devient une architecture qui n'a pas de base sociale solide. De ce fait, quand il y a une crise profonde, l'État s'effondre », a-t-il laissé entendre.

Chocs exogènes

À ces limites de l'État, se sont ajoutés, selon lui, le triplement de la population en moins de 50 ans, la dégradation continue de l'environnement, le rôle de la jeunesse actuelle, le développement et l'utilisation des technologies modernes.

Un cocktail qui, indique Serigne Bamba Gaye, a fini de créer des tensions permanentes malgré les efforts de part et d'autre.

« Même si l'État a une bonne volonté en planifiant, on se rend compte que les politiques publiques ne sont pas adossées à une connaissance profonde de ces mutations et tensions sociales. Ainsi, on ne parvient pas à construire un État solide. On est dans des sociétés fragiles », a-t-il ajouté.

L'autre grand problème soulevé par le conférencier est la difficulté à avoir une bonne décentralisation censée propulser les politiques. À l'en croire, plusieurs États africains n'ont pas de politiques d'aménagement du territoire.

« Le Sénégal vient enfin d'en avoir un après 20 ans de travaux. Il faut résoudre ce problème dans le Sahel », a exhorté Dr Serigne Bamba Gaye.

Pour faire face aux difficultés que traverse le Sahel, il prône l'évaluation transparente des politiques publiques, le renforcement de l'autonomie des pays, la mobilisation des ressources humaines et des compétences pour créer une dynamique de développement et ainsi faire face aux chocs exogènes.

Plus de: Le Soleil

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