Ile Maurice: Parlement / Démission de l'opposition - Ce qu'elle en pense...

28 Septembre 2020

«Que les députés de l'opposition démissionnent !» a exhorté Roshi Bhadain vendredi, lors de son congrès à Triolet. Cela, afin de provoquer des élections. Les concernés réagissent.

Boolell : « Démissionner c'est donner carte blanche au GM »

Le leader de l'Opposition se félicite de la prise de position des parlementaires du Ptr, du MMM et du PMSD qui ont exprimé leur désaccord avec Roshi Bhadain sur une éventuelle démission.

«Je me souviens quand Roshi Bhadain avait pris la décision de démissionner en 2017, je lui avais conseillé de ne pas aller de l'avant. Il ne m'a pas écouté on sait comment il perdu son siège. Et maintenant il vient de nous demander de démissionner. Faire une telle action équivaut à donner carte blanche au gouvernement».

Selon Arvin Boolell, avec une majorité des trois-quarts au Parlement, le gouvernement ferait ce qu'il voudrait et amender la Constitution à sa guise. Il dit que déjà il y a un genre de tyrannie au Parlement, mais quand-même l'opposition essaie de par ses moyens de l'empêcher d'agir selon ses bons vouloirs.

«Il y a eu des questions qui ont soulevé beaucoup de scandales et l'Opposition est là pour jouer son rôle. En tant que leader de l'Opposition j'ai pu écrire à Pravind Jugnauth pour le rappel du Parlement ou encore sur certains sujets. Mais en dehors du Parlement, on ne pourrait rien faire»

Arvin Boolell dit qu'il avait parlé à Roshi Bhadain sur certaines questions, notamment sur l'affaire d'Angus Road. «Il mène un combat, c'est tant mieux, mais sur cette demande démission, je ne suis pas sur la même longueur d'onde que lui ».

Arvin Boolell ajoute que puisque tous les députés du Ptr ont été unanimes à dire non à une éventuelle démission, la question ne sera pas abordée au cours d'une réunion parlementaire, encore moins, pendant une réunion du bureau politique.

Mahend Gungapersad : «Ce n'est pas une décision individuelle mais collective»

«Il faut d'abord discuter de cette décision au sein de mon parti. Le PTr opère de manière collective, ainsi, cette décision doit aussi être prise de manière collective. Nou bizin réflési ansam é pran désizion ansam car ce n'est pas une décision individuelle mais collective. Il y a plusieurs aspects légaux à examiner par rapport à cette suggestion.»

Osman Mahomed : «Si les instances du PTR décident de discuter de la question, j'y participerai avec beaucoup d'intérêt»

«La question principale est très technique puisqu'elle est d'ordre légale et constitutionnelle.Il faudrait réfléchir à ce qui se passera concrètement dans l'éventualité où tous les membres de l'opposition démissionnent en bloc. De toute façon, si les instances du PTr décident de discuter de la question, j'y participerai avec beaucoup d'attention dans l'intérêt national du pays.»

Patrick Assirvaden : «Et si l'opposition perd un siège lors des partielles... »

«Cela ne changera rien. Pravind Jugnauth peut bien faire organiser 12 partielles et imaginez un instant s'il arrive que l'opposition perde un siège car on connaît le pouvoir de l'argent du MSM.»

Ritish Ramful : «Le gouvernement aura encore une grande majorité et pourra même amender la constitution»

«Cela n'apportera aucune solution. Le gouvernement aura encore une grande majorité et pourra même amender la Constitution. Même si je ne doute pas de l'intention de Roshi Bhadain, je dois lui rappeler de ce qui s'est passé quand il a démissionné en 2017.»

Rajiv Woochit : «Pas dans l'intérêt de la population»

«Ce ne sera pas dans l'intérêt de la population. Pendant la transition, entre la démission et l'organisation des partielles ou des générales, il y aura abus de pouvoir et on sait que ce gouvernement peut faire n'importe quoi pour rester au pouvoir.»

Michaël Sik Yuen : «Si les 22 élus démissionnent (... ) sommes-nous sûrs que les élections partielles auront lieu ?»

«Je n'ai pas écouté les propos de Roshi Bhadain. Mais si les 22 élus démissionnent, que va-t-il se passer ? Sommes-nous sûrs que les élections partielles auront lieu ? Roshi Bhadain a démissionné et linn alé enn sel alé. C'est une décision qu'il faut voir avec tous les 22 élus. Seule mon opinion ne compte pas. Avant tout, c'est le gouvernement qui doit être mis dehors.»

Farhad Aumeer : «Je suis redevable envers Navin Ramgoolam seulement, pas Bhadain

«Roshi Bhadain a son opinion et son agenda. Je rappelle que j'étais élu sous la bannière du PTr et je dois mon élection à Navin Ramgoolam qui a eu confiance en moi. Donc, je suis redevable envers lui seul, surtout pas Bhadain.»

Paul Bérenger : «Li lib pou dir saki li anvi, i konpri bann konnri»

Contacté à ce propos, le leader du MMM a souhaité qu'on se réfère à ce qu'il a dit lors de sa conférence de presse de ce samedi. En effet, à une question de la presse, Paul Bérenger n'a pas caché son désaccord concernant la suggestion de Roshi Bhadain. Il a fait comprendre qu'il préfère commenter les agissements du gouvernement que ceux du leader du Reform Party. «Li lib pou dir saki li anvi, i konpri bann konnri.» Paul Bérenger a ajouté que le PTr, le PMSD et le MMM ont discuté plusieurs fois d'une alliance avec Roshi Bhadain et qu'il y a toujours eu un blocage. «É mo pa krwar so bann déklarasion ki li fek fer pou édé a débloké», a déclaré le leader des Mauves.

Reza Uteem : «Si l'opposition démissionne en bloc, le gouvernement aura le champ libre pour faire n'importe quoi»

«Roshi Bhadain est avocat. Il doit savoir que si l'opposition démissionne en bloc, le gouverne- ment aura le champ libre pour faire n'importe quoi. Ce même gouvernement a un track record d'atteinte à la liberté d'expression. Nous ne pouvons pas laisser le gouvernement faire ce qu'il veut en attendant les élections générales. Soyons sérieux.»

Joanna Bérenger : «Les pétitions électorales peuvent changer la donne !»

«Il me semble que le MSM n'est pas obligé d'organiser des élections générales et peut donner des partielles dans chaque circonscription. Ils auront aussi toute la liberté de passer les lois qu'ils voudront en l'absence de l'opposition. Donc, nous n'avons pas de garantie que cette action amènera un change- ment. Par contre, les pétitions électorales peuvent changer la donne !»

Karen Foo Kune : «Aucune garantie d'obtenir des élections générales»

«Il n'y a aucune garantie que le Premier ministre accepte des élections générales. Du fait qu'ils ont toujours la majorité, l'on peut aller vers des élections partielles. Par ailleurs, c'est un gros risque que de laisser le gouvernement seul en cas de démission des députés de l'opposition. Il pourra passer des lois comme bon lui semble.»

Franco Quirin : «Je ne suis pas d'accord»

«C'est du n'importe quoi ce que réclame Roshi Bhadain. Vous savez, on a lutté pour être élus. Que veut Bhadain ? Une nouvelle lutte lors des partielles. Mais non, je ne suis pas d'accord.»

Rajesh Bhagwan : «Je ne veux pas laisser le champ libre à Pravind Jugnauth... »

«Je ne partage pas l'opinion de Roshi Bhadain. Je ne suis pas d'accord. Parlementaire vétéran que je suis, je ne veux pas laisser le champ libre à Pravind Jugnauth de faire ce qu'il veut.»

Aadil Ameer Meea : «... Le gouvernement pourra amender la loi, il aura une majorité absolue»

«Il faut poser la question à Roshi Bhadain. Que s'est-il passé quand il a démissionné pour stopper les travaux de Metro Express Ltd ? Si les élus démissionnent, le gouvernement pourra amender la loi. Le gouvernement aura une majorité absolue. L'opposition doit être présente au Parlement pour poser des questions. Le MMM est un parti responsable. Il faut réfléchir profondément avant de prendre ce genre de décision.»

Deven Nagalingum : «Sans l'opposition au parlement, le gouvernement pourra toucher à notre démocratie et à la liberté d'expression»

«Selon moi, un pays doit avoir un gouvernement et son opposition. Dans notre cas, si tous les députés de l'opposition démissionnent, il n'y a aucune loi qui dit que le gouvernement dissoudra le Parlement. Sans l'opposition au Parlement, le gouvernement pourra toucher à notre démocratie et à la liberté d'expression. C'est un gros risque à prendre. Nous n'aurons pas la garantie que les élections générales auront bien lieu sans notre présence au Parlement.»

Xavier-Luc Duval : «Bhadain aurait dû apprendre de sa propre expérience»

«Cette suggestion de Roshi Bhadain n'est pas sérieuse. Quel effet cela aura si une vingtaine de députés démissionnent du Parlement ? Cela ne va pas causer la dissolution du Parlement. Cette démarche ne fera que faire qu'il n'y ait pas d'opposition au Parlement pendant un bon bout de temps jusqu'à ce que des élections partielles soient organisées. Comme ils ont fait lors de la démission de Roshi Bhadain. Ce dernier aurait dû apprendre de sa propre expérience. Je suis surpris qu'il ait fait de telles suggestions sans en discuter avec les membres de l'opposition d'abord.»

Kushal Lobine : «Bhadain et moi ne sommes pas sur la même longueur d'onde politiquement... »

«Je respecte l'opinion de Bhadain mais nous ne sommes pas sur la même longueur d'onde politiquement. Même si un député ou tous les 22 élus de l'opposition démissionnent, cela ne va rien changer. Le gouvernement pourra agir comme bon lui semble. Sans l'opposition, il n'y aura personne pour poser des questions au Parlement. Venir dire que les élus de l'opposition doivent démissionner est politiquement irréaliste. Il y a 12 pétitions en Cour suprême concernant les dernières élections. Il faut laisser la justice faire son travail. D'autant plus que j'ai un devoir envers les gens de ma circonscription. Je vais continuer de jouer mon rôle en tant que parlementaire et chien de garde.»

Salim Abbas Mamode : «Une bataille entre l'opposition en cas d'élection partielle»

«Regardez ce qui est arrivé à Bhadain quand il a démissionné à Quatre-Bornes. Pourtant, je lui avais conseillé de ne pas le faire. Et si l'on nous accorde des élections partielles, alors, nous allons nous bagarrer entre les camps de l'opposition même. Dans son cas personnel, il a eu tort de démissionner, alors... »

La majorité des élus rejettent l'idée

Démissionner en bloc pour faire partir Pravind Jugnauth serait dangereux pour la démocratie, déplorent de nombreux élus de l'opposition. Car le gouvernement disposerait de la majorité absolue et pourrait même renvoyer les élections générales...

«Comment faire partir Pravind Jugnauth ? Premièrement, c'est en saisissant la cour. Mais regardez combien de temps prennent les affaires des pétitions électorales à avancer. Que les députés de l'opposition démissionnent ! Pourquoi est-ce que 12 députés ne démissionnent pas ? Car l'on ne pourra pas faire de partielles pour les 26 députés démissionnaires.» Propos du leader du Reform Party lors d'un congrès à Triolet, vendredi 25 septembre.

Mais cette suggestion de Roshi Bhadain n'enchante pas les élus de l'opposition. Après un sondage d'opinion de l'express effectué auprès de ces parlementaires, la majorité d'entre eux soutiennent qu'ils ne vont pas donner une suite favorable à l'appel du leader du Reform Party.

Pour rappel, ils sont 22 parlementaires de l'opposition qui ont été élus. Les quatre autres, à savoir Arianne Navarre-Marie, Stéphanie Anquetil, Richard Duval et Ehsan Juman, sont des «best losers». Donc, si ces derniers nommés démissionnent, ils seront automatiquement remplacés par quatre autres députés qui ont été bien classés.

En outre, les 22 parlementaires de l'opposition ont été élus dans 12 circonscriptions, notamment dans les trois premières circonscriptions de la capitale. Donc, s'il y a partielles, celles-ci se dérouleront dans 12 circonscriptions (sur les 20 de Maurice). Ce qui ressemblera à des mini-élections générales.

En tout cas, à écouter les élus de l'opposition, il n'y aura aucune partielle, car une bonne majorité d'entre eux estime que cela pourrait être dangereux pour la démocratie. L'un d'eux, Ritish Ramful, qui est avocat, soutient qu'avec 48 députés au Parlement, ce sera plus que la majorité absolue pour le gouvernement. Citant l'article 47 de la Constitution (voir encadré), il estime que le gouvernement pourrait même renvoyer les élections générales.

Avec la déclaration faite par Roshi Bhadain vendredi, on arrive à la conclusion que le fossé se creuse davantage entre l'opposition parlementaire et le leader du Reform Party. D'ailleurs, avant même que le leader du Reform Party ne lance cet appel à Triolet, le bureau politique du PTr en avait discuté avec lui. Un cou- rant majoritaire a exprimé le vœu qu'il était encore trop tôt pour que Roshi Bhadain fasse partie du regroupement de l'opposition parlementaire.

Que dit l'article 47 de la constitution

Pour Ritish Ramful, si les 22 élus et les quatre «best losers» démissionnent, l'Assemblée nationale sera composée de 48 parlementaires jusqu'à ce qu'il y ait des élections partielles ou générales. Il souligne que sous l'article 47 (1) de la Constitution (Alteration of Constitution), «subject to this section, Parliament may alter this Constitution : Mauritius shall be a sovereign democratic State which shall be known as the Republic of Mauritius.»

Sous l'article (2), il est écrit qu'un «Bill for an Act of Parliament to alter any of the following provisions of this Constitution», dont section (a). Cette section (a) se lit comme suit : «The proposed Bill has before its introduction in the Assembly been submitted, by referendum, to the electorate of Mauritius and has been approved by the votes of not less than three quarters of the electorate.» Or, selon l'avocat-parlementaire du PTr, cette même section qui parle de référendum peut être amendée par une majorité de trois-quarts pour renvoyer les élections.

Le coût des partielles pourrait s'élever à plus de Rs 150 m

Aux dernières élections générales, la Commission électorale disposait d'un budget d'environ Rs 300 millions, selon des indications obtenues auprès de l'organisme. Si les partielles devaient se tenir dans les 12 circonscriptions, le coût serait entre Rs 150 et Rs 200 millions.

Paul Bérenger : «L'opposition réfléchit à des alternatives crédibles... pour un nouveau gouvernement»

Lors de sa conférence de presse de ce samedi 26 septembre, le leader mauve, Paul Bérenger, a beaucoup parlé de son rapprochement avec les deux autres partis de l'opposition. Il a fait ressortir que le PTr, le PMSD et le MMM réfléchissent ensemble à des alternatives crédibles pour mener au départ de Pravind Jugnauth et du MSM du pouvoir. Pour un pays, a-t-il soutenu, sans un gouvernement trempé dans le népotisme, l'incompétence et l'arrogance.

«Ler inn arivé pou ki lopozision propoz o péi enn gouvernma alternatif. Okenn diskision pankor koumansé dan sa direksion-la, mé nou bizin prézant enn alternatif solid é krédib», a indiqué Paul Bérenger. Il a ajouté que, toutefois, avant qu'il y ait toute alliance électorale, tous les membres de l'opposition doivent tomber d'accord sur qui sera le Premier ministre, le vice-Premier ministre ou encore le président de la République, entre autres.

Par ailleurs, Paul Bérenger a commenté les scandales à relent communal qui ont récemment frappé le pays. Il a affirmé que son parti et lui-même espèrent que la police enquêtera et punira comme il se doit les personnes qui ont tenté de soulever «le feu du communalisme». Félicitant les Mauriciens qui ont positivement réagi face à ce genre de situation.

Selon le leader mauve, la population a fait preuve de sagesse lorsqu'elle a traité avec mépris «les tentatives du réveil du communalisme ki nou tou koné par ki parti politik». En outre, Paul Bérenger a commenté l'arrestation du travailleur social Bruneau Laurette. «Mo pa pou pas komanter lor lézot aspé bann aksion Bruneau Laurette ces jours-ci, mé an tou lé ka, éna enn vilin rol dan so arestasion é piblisité ki linn gagné pou enn déli kinn komet lontan.»

«La Commission électorale va agir selon la constitution», dit un ancien cadre

Interrogé, un ancien «Electoral Officer» indique que lorsqu'un ou plusieurs parlementaires démissionnent, il y a des procédures à respecter selon la Constitution. Généralement, entre une démission et la tenue d'une élection, il y a un délai, «entre 30 et 240 jours», précise notre interlocuteur. Toutefois, la Commission électorale agit selon les directives de la présidence, qui décide quand il faut émettre un «writ» pour le dépôt des candidatures. La présidence, quant à elle, agit en fonction des instructions du Premier ministre. Autant qu'il s'en souvienne jusqu'ici, il n'y a jamais eu plus de deux démissions à la fois.

Plus de: L'Express

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