Madagascar: Insalubrité - Le coût de l'irresponsabilité cumule

La saleté règne en maître dans les quartiers bas d'Antananarivo ville. A l'exemple de Manarintsoa Anatihazo et Ankasina, le retard du développement s'accélère dans l'insalubrité profonde.

Les belles maisons installées aux abords de la route principale d'Andavamamba ne sont que des façades. Mais derrière les constructions en dur se trouvent des cités ornés d'ordures dans ce fokontany du 1er arrondissement. A Manarintsoa Anatihazo, les habitants vivent dans un environnement insalubre.

La première vue se jette dans une esthétique en désordre. Le plein cœur du quartier de Manarintsoa Anatihazo fait sentir qu'on atterrit dans un monde perdu, alors que c'est un quartier situé dans la capitale, de même au centre ville. Des ordures s'entassent dans un canal qui traverse le village où il y a une femme qui fait la lessive à côté.

Les déchets alimentaires, le reste de nourriture, les épluchures de légumes, les bouteilles en plastiques, les boites de yaourt et des objets non dégradables sont jetés dans le canal. Pire encore c'est quand il fait nuit, « les gens n'hésitent pas à y verser les matières fécales. La plupart de ceux qui habitent une maison de bois commettent cette mauvaise habitude », témoigne une propriété installée à quelques mètres du bord.

Méconnaissance des règles

La pureté de l'air est une histoire ancienne à Manarintsoa Anatihazo, notent des propriétaires. La pollution gagne du terrain. Les ordures sont visibles partout. Ce fokontany très populeux du 1er arrondissement concentre de nombreux ménages défavorisés. La prolifération de la construction illicite avec des infrastructures précaires et hors normes favorise la dégradation de l'environnement dans les coins. Ce qui pourrait également déclencher un incendie à tout moment. Ce fut le cas le jeudi 13 août dans ce quartier. Construit en bois, un grand atelier de confection de chaussures et de sacs, comprenant six toits a été réduit en cendres. Étienne et sa famille en étaient victimes. « Les maisons ont pris feu vers 4 heures du matin où tout le monde était encore dans le sommeil. Les dégâts étaient énormes puis qu'aucun objet n'a été sauvé. Des voitures, des motos, des meubles, des habits et autres ont été consumés», déplorent-ils avant d'indiquer que « les conditions de construction sans permis de construire méritent d'être révisées pour éviter l'anarchie ».

Le coût de l'irresponsabilité s'achète cher, selon le témoignage des riverains à Manarintsoa Anatihazo. Certaines règles qui régissent la vie dans la grande ville restent ignorées. Les gens vivent à leur guise tout en méconnaissant les moindres notions élémentaires sur le Code municipal d'hygiène.

Manque de participation citoyenne

L'insalubrité est commune à Ankasina, un autre quartier dans le 1er arrondissement. Le fokontany mobilise la structure d'hygiène et d'assainissement appelée RF2. Des agents de nettoyage occupent la collecte d'ordures tous les matins. Ils commencent par débarrasser la montagne de déchets déposés par les riverains sur le canal. Ces agents s'habituent à entrer tôt au boulot pour pouvoir achever les activités jusqu'à midi. Au bout d'une heure, Voahangy Ravaoarilisy arrache presque la moitié des ordures éparpillées en dehors des poubelles. « La RF2 nettoie et les gens ne cessent de polluer. Ici, aucune évolution n'est constatée. Les lieux sont nettoyés aujourd'hui et demain, les tas d'ordures reviennent », se plaint-elle.

Des gens circulent et n'hésitent pas de faire leurs besoins dans les eaux usées. La situation n'inquiète point les habitants. Chacun poursuit sa vie sans se soucier des effets de la pollution de l'air ni même de l'odeur nauséabonde des déchets séchés au soleil. Face à la situation, les agents de la RF2 ne baissent pas les bras. Quelques brouettes, des pelles, des fourches et des poubelles sont utilisées pour transporter les déchets jusqu'aux bacs métalliques implantés sur la route principale.

Malgré les forces et la motivation que les agents de la RF2 déploient, le comportement des habitants pèse dans la restauration d'une véritable hygiène dans le quartier. Le manque d'infrastructure en matière de toilettes publiques rend difficile les tâches. En effet, le canal est devenu un nouveau bac à ordure. Ce qui est triste pour Voahangy Ravaoarilisy c'est que « les habitants oublient totalement leur participation de 500 ariary par mois alors qu'ils continuent de polluer le lieu ».

Dans le quartier d'Ankasina, notamment dans les zones inondées durant la saison des pluies, la plupart des habitants ne disposent pas de W.C. Une superficie de 20 m2 suffit pour une famille pour bâtir une maison d'habitation en bois sans prendre en considération la construction d'un W.C. En outre, le surpeuplement dans les coins favorise l'insuffisance des infrastructures requises pour les besoins des habitants. « Je me souviens de mon enfance où nous avions capturé des petits poissons dans ce canal. Les eaux étaient propres et transparentes. Nous avons vécu dans la salubrité et le calme. Le monde a changé et voilà ce que ça donne l'irresponsabilité de tous. Des gens osent jeter leur déchets humains dans le canal », regrette Marie Olga Ravaoalisoa, une femme qui a grandi à Ankasina.

Le nettoyage de l'espace urbain d'Antananarivo est une question de choix politique et nécessite en priorité un engagement des responsables et de ses habitants. Cependant, la garantie de la salubrité publique est une mission confiée à la commune, selon les propos d'un administrateur civil. La municipalité dispose d'un pouvoir plus large pour faire respecter les normes en matière d'hygiène et d'assainissement.

Plus de: L'Express de Madagascar

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