Afrique: Finances illicites - L'Afrique pourrait gagner 89 milliards de dollars par an

Chaque année, 88,6 milliards de dollars, soit 3,7 % du PIB africain, quittent le continent sous forme de fuite illicite de capitaux, selon le rapport 2020 de la Cnuced sur le développement économique en Afrique.

Intitulé " lutter contre les flux financiers illicites pour le développement durable en Afrique", le rapport de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) s'intéresse aux sorties illégales d'avoirs en Afrique. " Les flux financiers illicites (FFI) privent l'Afrique et ses habitants de leurs perspectives, sapant la transparence et la responsabilité, puis érodant la confiance dans les institutions africaines ", a déclaré le secrétaire général de la Cnuced, Mukhisa Kituyi. Les FFI étant des mouvements transfrontaliers d'argent et d'actifs dont la source, le transfert ou l'utilisation sont illégaux.

L'Afrique un " créancier net du monde"

De telles sorties sont aussi importantes que les entrées annuelles totales combinées de l'Aide publique au développement (APD : 48 milliards de dollars), et des investissements étrangers directs annuels (54 milliards de dollars), reçus par les pays africains.

Ces flux comprennent la fuite de capitaux, les pratiques fiscales et commerciales illicites (facturation erronée des envois commerciaux) et les activités criminelles ( marchés illégaux, corruption ou vol).

De 2000 à 2015, le total des capitaux illicites qui ont quitté le continent africain s'élevait à 836 milliards de dollars. Alors que le stock total de la dette extérieure de l'Afrique s'élevait à 770 milliards de dollars en 2018. Cela fait de l'Afrique un " créancier net du monde", souligne le rapport.

Les FFI sapent le potentiel de l'Afrique à réaliser les ODD

Les FFI représentent une ponction majeure sur les capitaux et les revenus en Afrique, sapant la capacité de production et les perspectives du continent pour atteindre les Objectifs de développement durable (ODD), souligne.

Par exemple, dans les pays africains où les FFI sont élevés, les gouvernements dépensent 25% de moins que les pays où les FFI sont faibles pour la santé et 58% de moins pour l'éducation. Les femmes et les filles souffrent le plus des effets négatifs des FFI, à cause d'un accès plus restreint à la santé et l'éducation.

Pour le rapport, l'Afrique ne pourra pas combler le déficit de financement pour réaliser les ODD (200 milliards de dollars par an), avec les recettes publiques existantes et l'APD. La lutte contre la fuite des capitaux et les FFI représente une importante source potentielle de capitaux pour financer des investissements indispensables ( infrastructures, éducation, santé...). Elle pourrait générer suffisamment de capitaux d'ici à 2030 pour financer 50% des 2 400 milliards de dollars, dont les pays d'Afrique subsaharienne ont besoin pour s'adapter au changement climatique et en atténuer les effets.

Promouvoir la coopération

Le document appelle à la promotion de la coopération internationale et régionale dans la lutte contre les FFI, et au renforcement des bonnes pratiques en matière de restitution des actifs, pour favoriser le développement durable et la réalisation du Programme de développement durable à l'horizon 2030. Il appelle également à accroître la transparence dans les industries extractives et le recouvrement des impôts.

En 2014, l'Afrique a perdu 9,6 milliards de dollars au profit des paradis fiscaux, soit 2,5% du total des recettes fiscales. Les FFI ne sont pas seulement une préoccupation nationale en Afrique.

" Les flux financiers illicites ont un caractère multidimensionnel et transnational. Comme le concept de migration, ils ont des pays d'origine et de destination, et il existe plusieurs lieux de transit", a expliqué le président de la République fédérale du Nigeria, Muhammadu Buhari.

" L'ensemble du processus d'atténuation des flux financiers illicites recoupe donc plusieurs juridictions", a-t-il précisé.

Pour conclure, le rapport souligne que les solutions doivent passer par une coopération fiscale internationale et des mesures de lutte contre la corruption. Il invite la communauté internationale à consacrer davantage de ressources à la lutte contre les FFI, notamment en renforçant les capacités des autorités fiscales et douanières des pays en développement.

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