Congo-Brazzaville: Prison militaire de Ndolo - L'Asadho exige la libération de dix-sept ressortissants du Kasaï Central

L'ONG déplore que ces civils sont détenus illégalement dans cette institution pénitenciaire, depuis mai 2019 ; certains, sans dossier et d'autres n'ont même pas été informés des infractions mises à leur charge.

L'Association africaine de défense des droits de l'homme (Asadho) s'est dit préoccupée par la détention illégale d'une année et trois mois de dix-sept civils, ressortissants de la province du Kassaï central, sous prétexte qu'ils font partie de la milice « Kamuina Nsapu ».

L'ONG note que certaines de ces personnes sont détenues illégalement et sans dossier. « Elles ne sont même pas informées des infractions qui sont mises à leur charge », fustige-t-elle, dans un communiqué signé le 28 septembre par son président, Mè Jean-Claude Katende.

Tout en stigmatisant ces comportements, des agents publics qui foulent aux pieds la Constitution, ainsi que les différents instruments juridiques internationaux et régionaux des droits de l'homme, ratifiés par la République, l'Asadho pense que ces actes sont constitutifs de déni de justice à l'égard de ces victimes et appellent des sanctions à l'égard de leurs auteurs.

Elle dit attendre du président de la RDC d'ordonner des poursuites contre toutes les personnes auteurs ou complices des violations des droits de l'homme décriées; et d'ordonner la libération pure et simple de toutes ces personnes détenues irrégulièrement.

Cette association des droits de l'homme recommande, par ailleurs, à l'auditeur général des Forces armées de la République démocratique du Congo de procéder à la libération pure et simple de toutes ces personnes. Alors qu'elle exhorte la communauté internationale à prendre des sanctions ciblées contre tous les responsables impliqués dans la violation des droits fondamentaux décriée et de rappeler aux autorités de la RDC leur engagement pour la promotion et le respect des droits fondamentaux.

Un conflit coutumier qui tourna au drame

L'ONG rappelle, en effet, qu'en 2016, le chef coutumier, Kamuina Nsapu, fut assassiné lors des affrontements causés par le conflit de succession qui l'opposait à son frère Ntenda. Et de noter que pour mettre fin à ce conflit coutumier, le ministre de l'Intérieur de l'époque, Evariste Bosahab, avait envoyé en intervention une milice constituée des Rwandais, des policiers ainsi que des éléments de la garde présidentielle, afin d'imposer l'arrêté, pris par lui, instituant M. Ntenda, comme chef coutumier, à la place de Kamuina Nsapu.

« Il s'en suivra l'exposition du corps de ce dernier au stadium de l'Espoir, à Kananga, où le ministre de l'Intérieur précité va confirmer publiquement le décès du chef », explique l'Asadho.

Indignés, poursuit l'organisation, les ressortissants de son clan vont demander son corps pour un enterrement, conformément aux rites coutumiers.

« Cette demande sera rejetée, ce qui va déclencher un soulèvement populaire des ressortissants du village Kamuina Nsapu, se trouvant dans tous les coins du Kassaï central », soutient l'ONG.

Aussi fait-elle également savoir que le remplaçant d'Evariste Boshab, au ministère de l'Intérieur, Emmanuel Shadary, ayant appris le soulèvement des adeptes du chef Kamuina Nsapu, « va envoyer les forces de l'ordre, qui vont opérer un massacre sans précédent ».

Elles vont, indique l'Asadho, violer les femmes et les jeunes filles puis piller des villages entiers. Et de souligner qu'en 2017, le Premier ministre Bruno Tshibala et Emmanuel Shadary, ainsi que d'autres membres du gouvernement vont effectuer une descente dans le Kassaï central, afin de négocier la paix.

« Ils vont promettre de rendre le corps du chef et demander à sa famille biologique d'appeler à l'apaisement tous ceux qui s'étaient soulevés contre l'autorité de l'Etat, avec la promesse de ne pas initier les poursuites contre eux », a indiqué l'association. Et de regretter que contrairement à cette promesse, une vague d'arrestations et détentions illégales de plus de deux cents personnes soient effectuées dans plusieurs coins du Kasaï central. « Certaines de ces personnes arrêtées seront transférées au cachot de la sécurité militaire, à Kinshasa, où elles ont été torturées, afin de les forcer à déclarer que leur soulèvement était financé par Felix-Antoine Tshisekedi Tshilombo et Moïse Katumbi". Ils vont passer plus de trois mois de détention à la Démiap et plus de six mois à l'Agence nationale des renseignements. Alors qu'en septembre 2018, elles vont être envoyées à la prison de Kananga, où elles vont passer près de huit mois.

A en croire l'Asadho, le 14 mai 2019, un groupe de cinquante personnes serait conduit de la prison de Kananga à l'Inspection provinciale de la police, sous prétexte qu'elles vont être identifiées par les agents du service Désarmement, démobilisation et réinsertion, sur ordre du commandant de zone opérationnelle.

Curieusement, a-t-elle affirmé, six d'entre elles seulement ont été identifiées. Une somme de cinq mille Francs congolais sera remise à chacune de ces personnes, avec promesse d'aller continuer le paiement à Kinshasa.

Le 17 mai 2019, poursuit l'ONG, elles prendront un avion à destination de Kinshasa via Lisala où trente-trois personnes seront débarquées pour une destination inconnue. Les dix-sept autres seront conduites à Kinshasa, à la prison militaire de Ndolo où elles sont détenues illégalement jusqu'à ce jour.

L'Asadho explique que le 5 septembre 2020, aux environs de dix heures, une personne, nommée Albert Kambulu Kumande Mpampa, chef du groupement de Bena Mbiyi Mpampa, serait extraite de la prison pour une destination inconnue, jusqu'aujourd'hui.

Parmi les détenus illégaux sans dossier et qui ne sont pas informés des infractions mises à leur charge, l'ONG cite: Marcel Tshilumba Mputu; Albert Kambulu Kumande Mpampa; André Muenyapale Kapo; Pierre Kayembe Tshibondo ainsi qu'Emmanuel Mande Mande.

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