Congo-Kinshasa: Mama Yemo - Faut-il tirer sur Karmapa ?

30 Septembre 2020

Considérée comme un ramassis d'injures et d'imputations dommageables, la chanson "Mama Yemo" de l'artiste musicien Karmapa est aujourd'hui au cœur d'une grande controverse. Placée sous les feux des juges sur plainte de la direction de l'hôpital, elle a été jugée impropre à la consommation.

Cette sanction de la justice n'est cependant pas du goût de tout le monde car pour beaucoup d'observateurs, le message de Karmapa n'a été ni saisi, ni compris, la chanson n'ayant pas été analysée sous l'angle qui justifie son existence.

Quand on écoute attentivement "Mama Yemo", on se rend compte que l'auteur vit un véritable drame. Conscient des réactions que sa chanson va susciter au niveau des dirigeants et membres du personnel médical de l'hôpital nommément cité, il lance une sorte d'avertissement en contextualisant rapidement sa chanson.

"Honorable(s), tobongisa ba hôpitaux na biso", dit-il d'entrée de jeu (traduisez : «Honorable(s), améliorons l'état de nos hôpitaux». Le chanteur pose un problème global parce qu'il considère que la situation qu'il dénonce se présente avec la même gravité à travers tout le pays. Il parle donc en faveur de tous les malades effectifs et potentiels de nos vingt-six provinces. Et pour être sûr que le message va passer, il cite l'hôpital Mama Yemo, un exemple parmi tant d'autres. L'objectif n'est pas de couvrir ledit hôpital d'opprobre mais plutôt d'expliquer, de manière visible, le mal qui gangrène l'ensemble de notre système sanitaire. Et pour éviter tout malentendu, il déclare à très haute et intelligible voix que sa chanson ne vise en aucun cas le but d'insulter. Il veut pousser tout le monde à mettre le curseur sur une réelle prise de conscience en vue d'aboutir à l'amélioration de la situation des hôpitaux congolais.

Karmapa est donc conscient des enjeux. Il connaît le contexte difficile dans lequel on travaille dans nos hôpitaux, surtout ceux qui reçoivent les sans-grades et autres déshérités.

Pour que les choses changent, il faut exposer la nudité du système, cracher les vérités telles qu'elles se présentent et espérer, à partir du choc suscité par le tableau présenté, une réaction vigoureuse de ceux qui nous gouvernent dans le sens de l'amélioration de l'appui matériel et financier apporté à l'ensemble de notre système sanitaire avec, en filigrane, l'amélioration de la qualité des soins.

Vu sous cet angle, le tube de Karmapa ne peut être condamné. Malheureusement, on l'a analysé sous les seules œillères des égos et de l'amour propre. Le problème a ainsi été faussé et le vrai message s'en est trouvé éludé.

En croyant préserver la crédibilité d'un hôpital, la justice a empêché nos responsables de regarder la réalité dans les yeux. Ils vont continuer à se contenter de faux-semblants alors que le moment est venu d'agir pour changer fondamentalement les choses.

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