Afrique de l'Ouest: Maintien des sanctions de la CEDEAO contre le Mali - Quand la junte travaille à donner raison à l'institution communautaire

53e sommet de la CEDEAO à Lomé.
29 Septembre 2020

Sur les rives du Djoliba, la situation a beaucoup évolué depuis le sommet d'Accra où la délégation de la junte militaire conduite par Assimi Goïta hilmself, avait été enjointe par les chefs d'Etat de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), d'aller revoir sa copie sur la transition au Mali.

L'organisation communautaire, en effet, n'avait pas succombé aux charmes du treillis malien et avait fait de la remise du pouvoir aux civils, un préalable à toute normalisation des relations avec le Mali.

Répondant à cette exigence, les putschistes ont « démocratiquement imposé » et installé à la tête de l'Etat, l'ex-ministre de la Défense et ancien colonel de l'armée à la retraite, Bah N'Daw et chargé depuis quelques jours déjà, le diplomate Moctar Ouane de former le gouvernement de la Transition.

Ils espéraient de la sorte obtenir la levée rapide des sanctions économiques et politiques décrétées par l'organisation communautaire dès le lendemain du coup de force qui a renversé le président Ibrahim Boubacar Kéita (IBK). Mais la CEDEAO, jusque-là, ne montre aucun enthousiasme à aller dans le sens voulu par les autorités maliennes.

La junte militaire a rusé avec les exigences de la CEDEAO

Pourquoi donc, l'institution communautaire freine-t-elle toujours des quatre fers alors que son médiateur désigné, l'ex-président nigérian, Goodluck Jonathan, a salué, il y a peu, les bons pas du Mali dans le bon sens ?

Officiellement, il n'y a pas de réponse à cette question. Mais point n'est besoin d'avoir le troisième œil du sorcier de la savane ouest-africaine pour lire les raisons de la réticence de la CEDEAO à mettre fin à l'embargo qu'elle a imposé au Mali.

La première de ces raisons est que la junte militaire a rusé avec les exigences de la CEDEAO pour reprendre de la main droite, ce qu'elle avait cédé de la main gauche.

En effet, pour répondre à l'exigence d'un président civil à la tête de la Transition, les putschistes n'ont pas trouvé mieux à faire que de faire appel à un ancien frère d'armes, l'ex-colonel Bah N'Daw.

Pire, ils ont flanqué ce civil en demi-teinte du chef de la junte qui s'est attribué le poste de vice-président avec des super pouvoirs. La deuxième raison du maintien des sanctions par la CEDEAO, est que la junte militaire traîne à dissoudre le Comité national pour le salut du peuple (CNSP) conformément aux exigences des chefs d'Etat de l'organisation sous-régionale.

Il en est de même pour cette autre exigence qu'est la remise en liberté des prisonniers politiques à défaut de leur présentation devant un juge, qui, jusque-là, semble se buter aux fins de non-recevoir de Assimi Goïta.

Enfin, la dernière raison du maintien de l'embargo sur le Mali, est que, jusque-là, les autorités tiennent encore secrète la Charte de la Transition que l'on soupçonne, à juste titre, de comporter beaucoup de zones d'ombre.

Ce jeu de clair-obscur des autorités maliennes, fait croire à la communauté sous-régionale que le colonel Assimi Goïta et ses compagnons usent de la technique du camouflage qu'ils ont acquise sur les théâtres d'opérations militaires pour avancer masqués sur le terrain politique.

Ce que l'on peut le plus déplorer, c'est la souffrance du petit peuple grillé sur les deux faces comme une galette

Mais la CEDEAO qui n'est certainement pas un poussin du dernier hivernage, n'est pas dupe de tous ces stratagèmes qui servent un seul objectif : le maintien des militaires au pouvoir, contre vents et marées.

Et c'est précisément pour cette vigilance qu'il faut féliciter cette organisation communautaire qui fait preuve de perspicacité et de clairvoyance dans ce dossier malien.

Certes, on peut lui faire le procès d'être le syndicat des chefs d'Etat de la sous-région ou d'utiliser le coup d'Etat militaire pour mener d'autres combats en dehors du Mali, notamment pour dissuader le recours aux coups de force dans les Etats où l'épidémie des 3èmes mandats fait rage.

Mais l'on ne peut pas lui faire le reproche de ne pas défendre la légalité constitutionnelle que chaque peuple a librement définie pour prendre en charge sa destinée.

De ce fait, on ne peut que souhaiter qu'elle continue de faire preuve de fermeté face à la junte militaire malienne jusqu'à ce que cette dernière comprenne que le seul combat qui vaille pour une armée véritablement républicaine, c'est celui de la défense du territoire national et de la protection des institutions de la République.

Mais autant on peut se féliciter de la constance et de la cohérence de la CEDEAO, autant on peut blâmer les partis politiques et la société civile malienne dont les leaders, pour des intérêts individuels et partisans, font preuve de complaisance et même de collusion d'intérêts avec la junte.

Cette attitude qui n'est autre chose qu'une incurie vis-à-vis de l'intérêt général, est nettement perceptible dans le fait que la préoccupation des acteurs politiques, aujourd'hui, n'est pas le contenu de la Charte de la Transition qui doit constituer la feuille de route pour aboutir au « Mali nouveau » qui est sur toutes les lèvres, mais plutôt la répartition des portefeuilles ministériels.

Mais il est fort à parier que cette erreur politique volontaire sera payée cash et très chèrement par la classe politique malienne dans son entièreté car, comme le dit l'adage, « on ne dîne pas avec le diable, même avec de longues fourchettes ».

A moins de se ressaisir, le Mali est condamné à revivre de façon cyclique les mêmes tragédies des coups d'Etat.

Mais ce que l'on peut le plus déplorer dans cette situation, c'est la souffrance du petit peuple qui est grillé sur les deux faces comme une galette de mil, et par la coupable insouciante de ses élites politiques et par les sanctions de la CEDEAO.

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