Cameroun: « La demande est pressante »

interview

Dr Christophe Ampoam, vice-président de l'Ordre des pharmaciens du Cameroun.

Le 25 septembre dernier, se célébrait la journée mondiale du pharmacien, dans un contexte de Covid-19. Quel a été le rôle concret de cet acteur de la santé dans cette bataille contre la pandémie au Cameroun ?

Dès que la Covid-19 est apparue, les pharmaciens ont joué pleinement leur rôle, qu'ils exercent dans la production, la distribution, la dispensation du médicament à l'hôpital et en officine, la conception des algorithmes de traitement, entre autres. En officine, nous avons dû répondre à une demande pressante d'un certain nombre de produits barrières. Nous nous sommes remis à la fabrication du célèbre gel hydro-alcoolique. C'est une solution que nous avons abondamment fabriquée, que ce soit dans les structures hospitalières publiques comme privées, ou dans certaines officines. Nous avons beaucoup conseillé la population sur la conduite à tenir face à cette pandémie, et surtout nous avons rassuré, car quand nous nous trouvions dans les mois de mars et d'avril, il y a tellement de choses qui se disaient sur cette pandémie.

Il fallait apporter la bonne information aux populations. Nous avons également fait des prises en charge soit dans les structures spécialisées, soit en référant les malades vers ces structures. Au niveau de notre organisation même, nous avons pris des dispositions pour stopper la chaîne de propagation. Dans mon officine particulièrement, nous avons installé un système de plexiglas, de sorte qu'il est possible d'y rentrer sans porter de masque. La distanciation physique est assurée, les plexiglas sont là pour ce blocage. Il y a également les flux des uns et des autres que nous avons pu contrôler.

Au plus fort de la pandémie, de nombreuses plaintes des populations ont été enregistrées contre les pharmaciens, auxquels il était reproché une augmentation flagrante des prix de certains produits. Comment avez-vous géré cette situation ?

Nous étions stigmatisés, parce que quand cette pandémie est arrivée, il y a des produits qui étaient tellement recherchés, que des problèmes de prix ont été observés dans certains cas. Nous avons dû sensibiliser les pharmaciens afin que le juste prix soit pratiqué. Le ministère du Commerce qui est compétent pour fixer les prix, dans une mission conjointe avec le ministère de la Santé publique, a mené une action tendant à surveiller cette augmentation des prix. Il y a eu quelques pharmaciens qui ont été interpellés dans ce contexte. Et nous, le conseil de l'Ordre des pharmaciens avec les syndicats des pharmaciens, avons rencontré ces autorités pour qu'on s'entende sur la réglementation en termes de prix.

Certes cette réglementation revient au ministère du Commerce, mais il faut souligner un fait. Des produits qu'on peut qualifier de « produits Covid-19 » ont des prix à la marge libre, pratiqués en fonction du fournisseur. Le prix de revient étant fonction du prix d'achat, si les prix pratiqués par les fournisseurs sont élevés dans ce contexte de marge libre, les pharmaciens seront contraints d'avoir des prix de revient tout aussi élevés. La règle de l'offre et de la demande s'applique alors. Dans leur extrême majorité, avec le sens des responsabilités qu'ils ont, les pharmaciens se sont arrêtés à des marges ayant rapport avec des produits parapharmaceutiques ; des marges, faut-il le préciser qui avaient été établies en accord avec le ministère du Commerce. C'est ainsi qu'on a pu juguler cette inflation de prix. De manière générale, en dehors de quatre pharmaciens sanctionnés, les professionnels pharmaceutiques ont respecté ces mesures.

Comment l'Ordre des pharmaciens a-t-il géré les cas positifs enregistrés chez les professionnels ?

Comme le reste de la population, nous avons eu des confrères pharmaciens qui ont contracté la maladie, mais il n'y a pas eu mort d'homme, heureusement. Pour les cas de professionnels qui ont été contaminés, le ministère de la Santé publique a mis en place des centres spécialisés. Les professionnels qui se sont dirigés vers ces centres là ont été testés, ont suivi un traitement et ont suivi la procédure. Mais à titre personnel, quand une officine enregistrait un cas positif, la première chose était la mise en quatorzaine, et le reste des membres de l'équipe étaient systématiquement testés, et si le résultat était positif, ils étaient également mis en quarantaine. Je dois dire que ce n'est pas très souvent arrivé. Il y a eu quelques professionnels qui ont été atteints, mais les structures pharmaceutiques ont tellement bien suivi les mesures barrières, que de manière générale, les cas de contamination étaient dus à des contacts extérieurs.

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