Nigeria: Indépendance du pays - Soixante ans plus tard, entre désillusions et espoirs

Photo d'illustration

Les célébrations des 60 ans de l'indépendance du Nigéria resteront très limitées, mesures anti Covid-19 obligent. Plusieurs gouvernements locaux, dont l'Etat de Lagos, ont d'ores et déjà annoncé qu'ils annulaient leur défilé militaire. Les cérémonies seront donc concentrées à Abuja où une parade est prévue. Le Président Muhammadu Buhari s'exprimera tôt ce matin à la radio et à la télévision, mais pas en public comme initialement prévu. Mais l'intérêt des Nigérians pour cette date anniversaire est limité.

Ce 60ème anniversaire de l'indépendance, en pleine crise économique, n'a donc rien de flamboyant pour le pays le plus peuplé d'Afrique. Et l'intérêt pour ces célébrations reste limité dans le pays parcouru de fractures et confronté à des défis complexes, avec ses plus de 90 millions d'habitants vivant dans l'extrême pauvreté.

Des ballons verts et blancs on été suspendus dans les magasins, et les panneaux lumineux de Lagos se sont parés des couleurs du drapeau national. C'est à Lagos, que le 1er octobre 1960, l'indépendance du Nigeria était proclamée, dans l'hippodrome de la ville.

Rachel Awopejo est née trois jours plus tard. Comme beaucoup de gens de son âge, elle dit avoir a assisté depuis au lent déclin de son pays, dont l'histoire a été marquée par la guerre civile et une succession de coups d'Etat militaires. « A cette époque, le pays allait bien, raconte t-elle à notre correspondante, Liza Fabbian, tout était bon marché, il était possible de gagner de l'argent, de faire des économies. Il n'y avait pas toute cette insécurité, c'était possible d'aller n'importe où, comme vous le souhaitiez. Mais aujourd'hui, tout est très difficile. Nos dirigeants, ils ont tout englouti. Et si vous ne connaissez pas des gens haut placés, vous n'arriverez à rien. Ils ont gâché le Nigeria. »

Même son de cloche chez Dayo. Notre correspondant Moïse Gomis a poussé la porte des studios de Nigeria Info, une radio privée qui émet depuis Port Harcourt et Lagos. Il a suivi un programme satirique animée par le journaliste Dayo Elusakin.

En soixante ans le discours politique n'a pas changé

Seul derrière la console, celui-ci anime 4 heures quotidiennes. Ce journaliste trentenaire au look soigné s'appuie sur son réseaux d'enquêteurs pour commenter l'actualité locale et nationale. Pour Dayo, la classe politique actuelle est loin d'être à la hauteur des 60 ans d'indépendance du Nigeria. « Les politiciens ne prennent pas la peine de traiter des problèmes, ils parlent toujours de routes, parlent d'éclairage public, d'électricité pour tous, d'accès à l'eau... Si vous regardez ou écoutez des archives d'il y a 10, 20 ans, ... 50 ans, les politiciens de l'époque promettaient déjà des routes, l'éclairage publique, de l'électricité et de l'eau courante. Sommes-nous où nous en étions il y a 60 ans? Définitivement pas. Nous avons fait des progrès. Mais en sommes-nous là où nous devrions être? Évidemment pas. »

Sur le ton de la satire, Dayo prend des risques à l'antenne, n'hésitant pas à dénoncer sans filtre les travers de la société nigériane. Il estime que malgré les imperfections du système démocratique, l'opinion publique nigériane est de plus en plus consciente et exigente. « Beaucoup plus de Nigérians en ont assez du système à l'ancienne à base de corruption, donc dans une certaine mesure, nous faisons des progrès, poursuit Dayo... Je crois que ce n'est qu'une question de temps avant que quelque chose de radical ne se produise, une révolution si vous voulez... Je ne parle pas d'une révolution sanglante. Mais plutôt d'une révolution des mentalités, je pense que c'est ce dont les Nigérians ont le plus besoin. »

Première puissance économique du continent africain grâce à son pétrole, le Nigeria est un géant démographique rongé par l'extrême pauvreté et gangrené par la corruption. Mais le pays est aussi miné par une insécurité généralisée. Au Nord est particulièrement les attaques des groupes jihadistes ont fait plus de 36 000 personnes et près de deux millions et demi de déplacés depuis 2009.

Plus de: RFI

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