Rwanda: Validation de la remise d'un présume génocidaire rwandais à la justice internationale - Félicien Kabuga peut-il encore échapper à la justice ?

30 Septembre 2020
analyse

La Cour de cassation de Paris a validé, le 30 septembre dernier, la remise du présumé génocidaire rwandais, Félicien Kabuga, à la Justice internationale.

A travers ce verdict, les espoirs de Félicien Kabuga de finir ses vieux jours en France, se sont évanouis, pourrait-on dire. En tout cas, sauf cataclysme, la France a un mois pour le remettre au Mécanisme pour les tribunaux pénaux internationaux (MTPI), créé aux fins de poursuivre les affaires qui n'avaient pas été jugées par le Tribunal spécial sur le Rwanda.

Et c'est peu dire que cette décision de la Cour de cassation de Paris, est un ouf de soulagement pour les autorités rwandaises qui n'ont jamais fait mystère de leur volonté de faire payer les criminels du génocide rwandais qui aura fait plus de 800 mille morts en 1994.

C'est aussi une nouvelle qui doit réjouir, à juste titre, les parents des victimes dont l'espoir de voir ce génocidaire répondre de ses actes, s'effritait d'année en année.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que la France aura fait d'une pierre deux coups. Non seulement elle exauce le vœu des parents des victimes, mais aussi elle contribue ainsi à améliorer la qualité de ses relations diplomatiques avec l'homme mince de Kigali, Paul Kagamé. Cela dit, tous les obstacles ne sont pas pour autant levés.

On le sait, les avocats de ce présumé génocidaire ont bataillé dur pour empêcher son transfèrement vers Arusha, allant même jusqu'à invoquer la fragilité de sa santé puisque l'homme souffre, dit-on, de diabète et d'hypertension.

C'est dire si ce n'est pas chose gagnée d'avance d'autant qu'en plus de la question de la santé, le mandat d'arrêt qui aura permis de mettre le grappin sur l'octogénaire fuyard, date de 23 ans.

Ce qui implique un travail de mise à jour. A cela, il faut ajouter un travail de fourmi, celui de l'identification des témoins à charges contre cet homme qui aura échappé à la Justice pendant plus d'un quart de siècle.

La décision de la Cour de cassation est une victoire d'étape

Une chose est certaine: les avocats feront feu de tout bois pour retarder autant que possible, la remise de ce présumé génocidaire au Mécanisme pour les tribunaux pénaux internationaux.

Et au regard de son âge avancé, 87 ans, le risque que cet homme qu'on accuse d'avoir fourni des machettes à des Hutus pour commettre l'un des pogroms qui aura marqué l'histoire de l'Afrique et du monde entier, meure avant son jugement, est bien grand.

En tout état de cause, le simple fait qu'il soit aujourd'hui dans les filets de la Justice internationale, est déjà un motif de consolation pour tous ceux qui militent pour la justice.

En attendant donc qu'il paie pour ses crimes, on pourrait dire que l'heure de la reddition des comptes a sonné pour un ex-génocidaire. Et tout porte à croire qu'il risque de boire le calice de l'humiliation jusqu'à la lie.

Et ce ne serait que justice. Car, ce serait une honte pour l'humanité, qu'un homme dont le rôle aurait été déterminant dans la commission de l'une des pires tragédies de l'humanité, puisse échapper aux fourches caudines de la Justice.

Mais, cette décision de la Cour de cassation est une victoire d'étape. Et il convient de féliciter l'appareil judiciaire français qui ne s'est pas laissé manipuler outre mesure.

En restant droit dans ses bottes, il aura, et c'est peu de le dire, fait preuve d'indépendance. Et il faut souhaiter qu'il en soit ainsi lorsque ce vieillard qui a toujours joué de ruse, sera transféré au Mécanisme pour les tribunaux pénaux internationaux. Cela est d'autant plus important que l'on doit travailler à prouver à tous les criminels que tout crime se paie tôt ou tard.

Plus de: Le Pays

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