Madagascar: Moumini Ouedraogo - « Le Sud a du mal à repartir du bon pied »

interview

Moumini Ouedraogo représentant du Programme alimentaire mondial (PAM) à Madagascar parle de l'insécurité alimentaire à Amboasary Atsimo. Selon lui, avec les conditions climatiques, les habitants ont du mal à se reconstituer.

Qu'est-ce qui est en train de s'opérer dans le Sud, depuis l'annonce des personnes victimes de la faim?

Nous avons été saisis par les autorités locales de l'Anosy, sur une situation dans la commune à Ifotaka, Amboasary Sud. C'est une communauté sérieusement affectée par l'insécurité alimentaire. L'information n'est pas remontée assez tôt. Une équipe s'est rendue sur place, comprenant l'autorité locale, le bureau national de la gestion des risques et catastrophes, le Programme alimentaire mondial, la branche régionale de l'Office national de nutrition, avant hier pour constater les faits. Immédiatement, hier, ils sont passés à l'action en amenant de la nourriture, pour les adultes et pour les enfants. À l'heure où je vous parle (ndlr : hier matin), il y a une réunion à Amboasary, sous la présidence du gouverneur, avec tous les acteurs, pour d'abord, échanger sur la situation. Après cela, on aura beaucoup plus d'informations.

À l'heure actuelle, combien de sinistrés avez vous recensé à Amboasary Atsimo?

Pour le moment, les chiffres qui nous sont parvenus est de cent cinquante familles touchées par les effets de la sécheresse. On estime qu'une famille est composée de cinq à six personnes. Il s'agit d'un recensement réalisé dans un fokontany. Il y a d'autres fokontany qui se trouvent dans les mêmes conditions climatiques.

En quelle phase peut-on classifier le Sud, avec la situation actuelle?

Certains districts sont en phase de crise (phase 3) et d'autres en phase d'urgence (phase 4), selon le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), sorti au mois d'avril. En phase un, il n'y a pas de problème. En phase deux, il y a quand même un stress, car on ne sait pas si les provisions au niveau des ménages vont durer toute la saison. Phase trois, c'est vraiment, la crise. Phase quatre, il y a beaucoup de cas. La phase cinq, c'est vraiment la famine. La famine, c'est le cas où il y a des morts tous les jours. On n'en est pas encore arrivé là. Depuis qu'on a commencé ce rapport IPC, en 2017, le chiffre le plus élevé qu'on a eu, c'est en 2017, avec pratiquement plus de cinq cent mille personnes qui sont en phase quatre. Il faut, intervenir en urgence dans ce cas là. Et il faut également prendre en charge ceux qui sont en phase trois, car s'ils n'ont pas d'assistance, ils basculent facilement en phase quatre.

Quelle sera la situation dans le Sud, d'ici quelques mois, si la sécheresse perdure?

Il y aura une évaluation complexe à effectuer dès la première semaine du mois d'octobre par le gouvernement. Cette évaluation s'appelle la Phase intégrée de la Classification de la sécurité alimentaire. Cela prend en compte des informations sur la pluviométrie, sur la production agricole disponible, sur les marchés, sur la nutrition. Donc tous ces éléments là sont indispensables pour faire un rapport, et nous donneront une situation de la sécurité alimentaire et nutritionnelle dans la région. Ce sont des informations de différentes sources qui seront combinées pour déterminer le niveau de sécurité alimentaire ou nutritionnelle dans une telle zone.

La situation dans les autres districts et régions du Sud est-elle la même que ce l le à Amboasary Atsimo?

On a des échos qu'il n'y a pas eu de pluie dans tel ou tel endroit. Mais cette étude va permettre de couvrir une zone géographique assez importante, pour pouvoir tirer des conclusions sur la situation.

Pourquoi la faim est-elle sans fin dans le Sud?

C'est un phénomène mondial qui frappe pas mal de pays. Et bien sûr, au Sud de Madagascar, c'est récurrent, avec le changement climatique. La population subit la sécheresse, depuis plusieurs années. Difficile pour ces habitants de se reconstituer, de répartir du bon pied. Car chaque année, la sécheresse frappe.

Les habitants du Sud sont, pourtant, des gens qui travaillent beaucoup. Moi j'ai vécu dans cette zone, et j'ai pu constater qu'à chaque moindre pluie, tout le monde sort, et plante. Quelques semaines plus tard, ils constatent que c'est sec et ils recommencent le processus. E t cela dure depuis des années.

Vu que la sécheresse est un phénomène récurrent, quelles solutions préconisez-vous, pour que la population ne retombe dans l'insécurité alimentaire, chaque année?

Il y a le projet intégré pour le développement dans le Sud, initié par le gouvernement l'année dernière. Je crois qu'on a un draft assez avancé. Alors, il était question de le lancer, au début de cette année. Malheureuse- ment, avec l'épidémie de coronavirus, ce projet a été mis en veilleuse. Mais je pense que c'est un début de solution.

Il y a plusieurs projets qui ont été mis en œuvre dans le Sud, mais pourquoi aucun n'a abouti?

Il y a des projets qui aboutissent. On a beaucoup d'exemple de projets réussis. Je peux parler d'un exemple de petits producteurs. Ils ont des surplus, que ce qu'ils vendent. Ces bénéficiaires vont vous dire qu'ils peuvent scolariser leurs enfants dans des écoles privées, qu'ils ont amélioré leur habitat, qu'ils ont un poste téléviseur.

Plus de: L'Express de Madagascar

à lire

AllAfrica publie environ 900 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.