Afrique de l'Ouest: La tension en Guinée déborde sur les pays voisins

La Guinée a fermé ses frontières avec la Sierra Leone, le Sénégal et la Guinée-Bissau. Conakry invoque un soutien à des manoeuvres de déstabilisation.

La tension est montée ces derniers jours alors que la date de l'élection présidentielle du 18 octobre se rapproche en Guinée. Les autorités ont dénoncé mercredi une tentative de saboter le scrutin après que le convoi du Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana, par ailleurs directeur de campagne du président Alpha Condé, a été attaqué dans le centre du pays.

Cela s'ajoute à la fermeture des frontières de la Guinée avec ses voisins. Aucune justification officielle mais un proche du président a affirmé sur un média local que la Sierra Leone soutiendrait des manœuvres de déstabilisation de la Guinée.

Surprise en Sierra Leone

La fermeture des frontières de la Guinée a l'air d'avoir pris de court le voisin sierra-léonais. Contacté, le ministre de l'Information, Mohamed Rahmane Swaray ne voulait pas s'exprimer et confiait à la DW qu'une réunion devait avoir lieu, après quoi la Sierra Leone prendrait officiellement position.

Une autre source proche du ministère sierra-léonais des Affaires étrangères affirme que s'il est de la responsabilité des autorités guinéennes de redoubler de vigilance dans le contexte électoral, cette fermeture des frontières "n'est pas dans l'intérêt des bonnes relations entre les deux pays".

Mais des propos tenus mardi (29.09.2020) par le porte-parole de la présidence, Naby Youssouf Kiridi Bangoura, attisent les commentaires. Celui-ci accuse en effet le vice-président sierra-léonais de collaborer à des actions de nature à troubler l'ordre et la sécurité publique en Guinée.

Outre la Sierra Leone, les autorités guinéennes ont aussi fermé leurs frontières avec le Sénégal et la Guinée-Bissau.

La campagne électorale perturbée

Du côté de l'Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) du leader de l'opposition Cellou Dalein Diallo, on dénonce une manœuvre politicienne. Ousmane Gaoual Diallo, porte-parole de ce parti ne reconnaît pas sa formation politique dans les allégations de tentative de déstabilisation.

"Si on s'est inscrit dans la démarche démocratique, en passant par les urnes c'est bien parce qu'on est persuadé que c'est le seul moyen que nous avons à disposition pour transformer notre pays", assure le porte-parole de l'UFDG.

Mais Ousmane Gaoual Diallo ne s'arrête pas là. Il soupçonne le pouvoir de chercher des prétextes pour voiler des insuffisances. "Aujourd'hui, le gouvernement n'a rien à proposer, ni en terme de bilan ni en terme de perspective. Voilà la réalité qui se pose à notre pays. Donc toutes ces allégations sont mensongères et elles ne reposent sur aucun fondement", affirme-t-il.

La fermeture des frontières n'est néanmoins pas sans conséquences. "Ce qui nous emmerde, c'est que la fermeture des frontières, notamment du côté du Sénégal, empêche nos camions qui sont chargés de fournitures de campagne électorale, les T-shirts, les casquettes, les gadgets de campagne, n'ont pas pu passer la frontière. Donc cela constitue pour nous un préjudice mais c'est tout ! Cela n'empêche pas l'électeur de voter ! De toutes les façons, les électeurs guinéens savent ce qu'il faut faire", déclare Ousmane Gaoual Diallo dans une interview à la DW.

D'après certaines informations, des citoyens guinéens vivant en Guinée-Bissau et qui seraient potentiellement favorables à l'UFDG, tenteraient de rejoindre leur pays pour voter, en raison de difficultés qu'ils rencontreraient auprès de la représentation de leur pays.

À Conakry, aucun des ministres concernés par ce dossier n'était disponible pour expliquer cette fermeture des frontières.

Incident dans le centre de la Guinée

À moins de trois semaines de la présidentielle, le climat est tendu en Guinée. Ce mercredi (30.09.2020), le pouvoir a dénoncé une tentative de saboter le scrutin. La veille, dans le centre du pays, le convoi du Premier ministre et directeur de campagne du président Alpha Condé a été attaqué.

Pour le porte-parole de l'UFDG, il s'agit d'un coup monté pour faire diversion. Selon lui, des jeunes mobilisés pour un meeting du camp au pouvoir se seraient révoltés après n'avoir pas perçu les récompenses financières promises.

Plus de: DW

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