Congo-Brazzaville: Musique - L'art de vivre et d'en mourir

Pas un seul mot, pas la moindre pensée dans les dernières mesures d'assouplissement pour les artistes du Congo Brazzaville. Faut-il dans l'indifférence laisser mourir le spectacle vivant ?

Si la population congolaise se réjouit à juste titre d'un couvre-feu n'ayant désormais plus cours dans le pays et, à un degré moindre, d'un couvre-feu aujourd'hui assoupli et ramené de 23 heures à 5 heures du matin à Brazzaville et Pointe-Noire, le monde du spectacle vivant reste le grand oublié des mesures gouvernementales.

Au cœur de ces nouvelles mesures, les bars et restaurants, chauffeurs de bus et taxi, entre autres, pourront trouver en soirée un nouveau souffle de vie pour traverser la crise sanitaire qui frappe de plein fouet leurs activités et les sports collectifs pourront également de nouveau faire vibrer les stades. Si les discothèques, à leur grande désolation, ne pourront toujours pas faire vrombir les décibels pour la vie « By Night » des clubers congolais, qu'a-t-on dit alors à propos des artistes ? Rien, absolument rien. Ils sont oubliés, existent-ils seulement ?

Déjà forgés à la précarisation de leur profession, les artistes ne semblent à vrai dire n'attendre aucune aide substantielle des institutions quant à l'inactivité à laquelle ils sont obligés depuis plus de six mois. Mieux encore, nombreux sont ces artistes à avoir emboîté le pas des instances dirigeantes pour participer de façon solidaire, en chanson et à destination de la population congolaise, à la sensibilisation et information nécessaire liées à la pandémie. Que ces artistes ne soient pas soutenus en retour est une chose, qu'ils ne puissent pas exercer leur activité en est une autre et chacun semble d'ailleurs enclin à faire contre mauvaise fortune bon cœur, conscient de la priorité « santé » qu'imposent depuis mars dernier les mesures sanitaires.

Cependant, la stupeur des artistes est à la hauteur du silence parfait à leur égard dans les dernières déclarations d'assouplissement des mesures sanitaires. Ce silence sidéral n'est en soit sans doute pas un mépris, quoique, et il se peut qu'il doive être interprété comme un simple oubli. Il s'avère que cet oubli affligeant est le triste symbole d'une culture abandonnée à elle-même et qui ne mériterait donc pas, au regard du pays, ne serait-ce qu'un seul mot de réconfort, ne serait-ce que la moindre pensée de compassion pour ses artistes qui se donnent pourtant corps et âme afin que l'art ne soit pas lettre morte au Congo Brazzaville.

Etre interdits de représentations publiques, pourquoi pas ? Mais être totalement ignorés à ce point relève d'un mal qu'il faudrait au plus vite corriger en se remémorant cette citation de Brecht : « Tous les arts contribuent au plus grand de tous les arts : L'art de vivre ». A s'enliser dans l'ignorance coupable face à laquelle il est confronté, il se pourrait que l'art de vivre congolais se meurt à petit feu en République du Congo dans l'indifférence générale.

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