Afrique: À l'occasion du 25e anniversaire de la Conférence mondiale sur les femmes de Beijing, des responsables politiques alertent - Les progrès vers l'égalité des genres sont menacés

NATIONS UNIES, New York - Le 1er octobre dernier, des responsables politiques se sont rassemblé·e·s pour commémorer le 25e anniversaire de la Quatrième Conférence mondiale sur les femmes, un événement historique qui avait réuni en Chine plus de 30 000 militant·e·s et défenseur·e·s des droits en vue d'adopter un programme complet pour la réalisation de l'égalité des genres, connu aujourd'hui sous le nom de Déclaration et plateforme d'action de Beijing.

« Je me souviens de l'excitation ressentie à Huairou lorsque des femmes du monde entier ont déclaré : "les droits des femmes sont des droits humains" », a déclaré la directrice exécutive de l'UNFPA, le Dr Natalia Kanem à l'Assemblée générale des Nations Unies ce 1er octobre.

Un quart de siècle plus tard, les responsables politiques ont fait le bilan des progrès réalisés depuis cette conférence historique : les avancées en faveur des femmes et des filles sont significatives, mais restent insuffisantes.

Pas un seul pays n'a pleinement honoré les engagements pris par la Plateforme, et l'égalité pour les femmes reste hors d'atteinte. Il faut déployer des efforts bien plus conséquents.

« Les droits d'une femme ou d'une fille ne sont pas négociables », a insisté le Dr Kanem.

Des progrès insuffisants

La Plateforme d'action de Beijing a permis des avancées dans de nombreux domaines, notamment en attirant l'attention sur les vulnérabilités spécifiques aux filles et en appelant à inclure les questions de genre dans toutes les politiques et tous les programmes. Elle a également appelé à la ratification de la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW), que l'on appelle souvent « Charte des droits des femmes », et a été à l'origine des efforts pour l'amélioration de la représentation des femmes dans la direction politique.

Cette conférence avait également été l'occasion de mettre en avant le nouvel accord mondial déclarant que les droits et la santé procréative sont centraux dans le développement humain, un consensus atteint à peine un an plus tôt.

Lors de la conférence de 1995, la directrice exécutive de l'UNFPA alors en exercice, Nafis Sadik, avait souligné la relation très claire entre les droits en matière de procréation et la complète autonomie des femmes : « Les droits relatifs à la procréation sont bien plus larges que le seul droit de procréer. Ils supposent de soutenir les femmes dans des activités non procréatives, en les libérant plutôt d'un système de valeurs qui prétend que la seule fonction des femmes est la reproduction. »

Dans les 25 années qui se sont écoulées depuis cette date, l'UNFPA a constaté des améliorations drastiques dans le bien-être des femmes et des filles. La mortalité maternelle mondiale a chuté d'environ 40 % entre 1990 et 2015. L'accès à la planification familiale volontaire a beaucoup augmenté, et la diversité des possibilités de contraception n'a jamais été aussi grande.

Ces progrès sont pourtant loin des objectifs fixés il y a 25 ans.

La pandémie, une menace pour les progrès

« Les données de l'UNFPA montrent que dans le monde, 55 % des femmes seulement peuvent faire leurs propres choix en matière de santé sexuelle et procréative, et en matière de contraception », a rappelé le Dr Kanem aux responsables politiques lors de son discours. « Une femme sur trois fait l'expérience du traumatisme de la violence au cours de sa vie... Malheureusement, plus de 800 femmes meurent encore chaque jour de complications liées à leur grossesse ou à leur accouchement, qui pourraient pourtant être évitées. »

Les progrès accomplis se trouvent maintenant menacés.

« La COVID-19 risque de nous ramener bien plus en arrière encore. La violence basée sur le genre s'est considérablement accrue depuis le début de la pandémie. Le mariage d'enfants, les mutilations génitales féminines et les grossesses précoces sont également en train d'augmenter », a souligné le Dr Kanem.

Les estimations de l'UNFPA indiquent que six mois de confinements liés à la pandémie pourraient avoir pour conséquence 31 millions de cas supplémentaires de violence basée sur le genre, ainsi que le recul des progrès déjà accomplis dans l'élimination de pratiques néfastes.

L'accès des femmes à des soins de santé procréative nécessaires et vitaux a également connu des interruptions. Selon une enquête de l'Organisation mondiale de la santé, la planification familiale et la contraception font partie des services de santé les plus souvent perturbés, avec 7 pays sur 10 concernés depuis le début de la pandémie.

L'UNFPA estime que six mois de perturbations graves liées à la pandémie dans 114 pays à faibles et moyens revenus pourrait empêcher 47 millions de femmes dans le monde d'avoir accès à des contraceptifs, ce qui provoquerait 7 millions de grossesses non planifiées.

Les femmes et les personnels de santé constatent également des obstacles liés à la pandémie dans l'accès aux soins prénatals et à l'accouchement médicalisé.

« Nous avons besoin d'une action d'urgence, d'un soutien politique fort et d'investissements ciblés. Sinon, les progrès durement acquis sur des décennies seront menacés », a averti le Dr Kanem.

Malgré ces difficultés, le soutien aux droits des femmes, y compris à leurs droits en matière de santé sexuelle et procréative, reste fort aux plus hauts niveaux de la société. Plus de 100 pays se sont engagés à faire progresser l'égalité des genres.

Dans une déclaration conjointe ce 1er octobre, 82 pays membres de l'ONU ont appelé « tous les gouvernements du monde à investir d'urgence dans le maintien des services de santé sexuelle et procréative pendant la pandémie ».

Ils se sont de plus engagés à « travailler sans relâche pour combler l'écart entre les genres et à atteindre l'égalité dans tous les domaines de la vie, pour l'autonomisation des femmes et des filles, et plus largement pour celle de l'humanité ».

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