Mali: Libération annoncée de Sophie Petronin et de Soumaila Cissé - A-t-on devancé l'iguane dans l'eau ?

URD
Le candidat à l’élection présidentielle, Soumaïla Cissé, à Bamako devant près de 50 000 personnes

L'on est toujours sans nouvelle de la Française Sophie Pétronin, enlevée à Gao au Mali il y a près de 4 ans, ainsi que du chef de file de l'opposition malienne, Soumaila Cissé, aux mains de ses ravisseurs depuis quelque six mois.

Annoncée en grande pompe, leur libération que d'aucuns pensaient imminente et qui serait la contrepartie de l'élargissement récent de deux centaines de terroristes, ne sera finalement pas ipso facto. Pour les proches des deux otages, c'est donc toujours l'attente et l'angoisse. Quand la délivrance interviendra-t-elle ?

Qu'est-ce qui coince ? Alors que d'aucuns faisaient état d'une machine huilée dans la perspective d'une très prochaine libération de l'opposant malien et de l'humanitaire française, la mécanique a-t-elle fini par être grippée ? Et tout le tintamarre qui a entouré cette annonce, a-t-il tout fait capoter ?

Si de telles questions ne sont pas à prendre à la légère, l'on peut toutefois se demander si l'état actuel de santé physique et morale des deux otages, n'explique pas le retard mis dans la fin de leur calvaire. Qui sait ?

Peut-être leurs ravisseurs travaillent-ils à leur faire reprendre suffisamment de forces, à requinquer ces prisonniers exquis sans aucun doute diminués physiquement, avant de les remettre à leurs familles respectives.

Car, en ce qui la concerne, par exemple, l'on sait qu'à 70 ans révolus, Sophie Petronin fait aujourd'hui partie de la catégorie des séniors, et à cet âge, il est évident qu'on n'a plus les jambes de ses vingt ans. Quid de Soumaila Cissé qui devrait être probablement sonné, fortement éprouvé par ces pénibles mois de captivité ?

Mais il n'est pas non plus exclu que leurs ravisseurs veuillent faire monter les enchères, surtout dans la position de force qui semble être la leur, après avoir obtenu la mise en liberté, par deux vagues successives, de leurs combattants. Bamako a-t-elle bien fait de procéder ainsi ?

N'aurait-il pas fallu obtenir d'abord en contrepartie, la libération de Sophie et Soumaila, juste après la première vague ?

Croisons les doigts pour qu'on ne s'achemine surtout pas vers un marché de dupes

Toujours est-il qu'au cas où les tractations seraient toujours en cours, il est probable qu'il y ait des points sur lesquels Iyad Ag Ghali et sa bande de malfaiteurs, ne voudraient rien céder, toute chose qui pourrait compliquer l'élargissement des deux prisonniers malien et français.

Mais plus grave serait que ceux qui ont fait circuler la rumeur d'une prochaine libération des deux prisonniers, en viennent à réaliser finalement qu'ils ont devancé l'iguane dans l'eau.

Car, après tout, tout le discours entendu jusque-là, s'apparentait plus à des espoirs nourris quant à la libération prochaine des deux otages, en échange de celle des deux centaines de prisonniers terroristes.

On aura du reste remarqué que les autorités maliennes ont été peu disertes sur cette affaire. Il va sans dire que si l'intention des ravisseurs n'a jamais été de s'inscrire dans une logique d'échange de bons procédés, il faudra attendre cette hypothétique libération comme Godot.

Ce serait alors un véritable coup dur pour le nouveau pouvoir qui vient de s'installer à Bamako, et en particulier pour la junte militaire qui se retrouverait ainsi dans ses petits souliers.

Car, celle-ci manquerait alors l'occasion de mettre à son actif un grand coup que qu'aurait représenté à juste titre une libération des deux otages.

Mais pour autant que des gages aient été donnés du côté des ravisseurs des deux personnages malien et français, peut-on se fier à la parole d'un terroriste ?

A présent qu'ils se frottent les mains après avoir obtenu la libération des leurs, se sentent-ils en position de force au point de faire durer le suspense, et de faire ainsi perdurer la souffrance de leurs deux otages ?

Espérons que ce ne soit pas le cas. Cela dit, une page s'est tournée depuis la chute du président Ibrahim Boubacar Keita (IBK).

L'approche du régime déchu sur le règlement de la crise sécuritaire au Mali, ne sera certainement pas la même que celle des tombeurs de Kankélétigui qui ont du reste émis de vives critiques sur sa méthode et sa stratégie en matière de sécurité nationale.

Si donc, se dessine un changement de cap à la faveur de l'installation des nouvelles autorités, ce cap peut-il être propice ou non à des négociations concluantes pour ce qui est du sort des deux otages ? On attend de voir.

Croisons les doigts pour qu'on ne s'achemine pas vers un marché de dupes, après les récentes concessions de Bamako, faites au GSIM (Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans).

En matière de libération d'otages, la diplomatie souterraine engagée par les Etats, est déterminante dans l'obtention de résultats probants. Pour ce qui est des deux otages, les pourparlers seront-ils favorables à un heureux dénouement de l'affaire ?

L'avenir nous le dira. Toujours est-il que l'espoir est permis. La composition du nouveau gouvernement malien aura permis de faire entrer en son sein, des personnalités qui pourraient grandement contribuer à ce que les négociations finissent par aboutir à un happy end dans cette longue captivité qui n'a que trop duré.

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