Rwanda: La vie des homosexuels au pays

Elle est victime de stéréotypes, de discrimination, de rejet ou de déni de ses droits : la communauté LGBT du Rwanda fait face à de nombreux problèmes avec le rejet par le parlement d'une loi anti LGBT en 2006.

Nous sommes à Nyamirambo, en banlieue de la capitale rwandaise. Des fidèles sont venus prier dans cette église différente des autres édifices religieux du pays.

Une trentaine de fidèles sont réunies à l'intérieur mais certains jeunes hommes ne veulent pas être filmés par les journalistes. Selon la direction de l'église, ces jeunes sont de la communauté LGBT. Ils ne souhaiteraient donc pas se faire remarquer dans les médias. Jean D'amour Abijuru, lui, a accepté de nous parler :

"Je dirais que cette église est un don de Dieu. Auparavant, j'étais choriste dans une église pentecôtiste, mais a cause de mon statut social, on m'empêchait certaines choses comme la communion. On me demandait pourquoi j'étais homosexuel, et je répondais que j'ai été créé comme ça. On m'a renvoyé de l'église et j'ai finalement rejoint celle-ci", nous confie Jean.

Pasteur Jean De Dieu dirige cette église. Il nous explique ce qu'il fait pour encadrer les fidèles, victimes de discrimination jusque dans les lieux de culte :

"Ces gens subissent de la discrimination de tout genre dans des églises, en famille, et dans la communauté en général. Il suffit d'accueillir l'un d'entre eux pour ensuite le voir inviter d'autres. Je leur rends visite dans leurs domiciles, ou les invite à cette église. C'est l'amour qu'on leur manifeste qui les attire vers nous."

Loi anti LGBT...

En plus de la discrimination dont souffre la communauté LGBT, le parlement rwandais a rejeté en 2006, le projet d'une loi contre tout comportement jugé homosexuel.

Pierre Célestin Ndikumana de la communauté LGBT du Rwanda fait partie des personnes qui ont lutté pour l'abolition du projet de loi initiée en 2003.

"Notre objectif était que le parlement rejette l'article 217 qui devait nous punir avec un emprisonnement de 2 à 5 ans, en plus d'une amende allant de 500.000 à 2 millions francs rwandais. Et bien sûr ça été rejeté. Mais un article, ça ne se rejette pas comme ça. Il doit y avoir une assemblée où tout cahcun doit partager son point de vue. C'est ainsi que le parlement l'a rejeté"

Treize ans plus tard, le président rwandais Paul Kagame en visite aux Etats-unis se voit obligé de répondre à une question des journalistes sur les droits des homosexuels au Rwanda. Sa réponse est sans équivoque :

"Cela n'a jamais été un problème pour nous et nous n'avons aucune intention d'en faire un. Pour le moment, nous nous battons contre un ensemble de problèmes que nous avons. Et comme je l'ai dit, nous voulons la participation de tous. Cela veut dire que nous aimerions nous supporter les uns des autres. Cela va nous aider à permettre à tout un chacun de vivre en harmonie."

Si l'homosexualité n'est pas punissable par la loi au Rwanda - comme c'est le cas dans certains autres pays du continent -, une grande majorité de la population rwandaise condamne cependant fermement ce qu'elle qualifie de comportement ignoble et indigne. C'est le cas de Moise, 28 ans, qui s'interroge sur la vie sexuelle de la communauté LGBT.

"Quelque fois on leur pointe du doigt et les gens disent telle personne est lesbienne, telle autre est pédéraste, mais, je me demande comment un homme peut tomber amoureux d'un autre homme. C'est gênant, c'est même anormal. Ce sont des gens intellectuellement normaux, mais leur comportement sexuel est anormal."

Cet autre rwandais qui a préfère garder l'anonymat n'est en revanche pas d'accord avec Moïse. Il estime qu'il faut discuter des sujets considérés comme tabous dans la société rwandaise.

"Nos parents tabassaient les enfants gauchers, comme si c'était un problème grave. Si quelqu'un bégaie, est-ce qu'on doit lui couper la tête pour en finir avec ce bégaiement? C'est la même chose pour l'homosexualité, car je me dis qu'il est seulement question d'une certaine dominance hormonale qui fait la physionomie de quelqu'un change."

Le débat ne s'arrête pas là, car la communauté LGBT doit faire face sans cesse aux obstacles qui se dressent à elle.

Madox et Liliane, par exemple, se disent confrontées à une discrimination silencieuse la part de la population et l'administration publique.

"Les instances de base nous discriminent aussi. Par exemple, si les autres ont reçu de l'aide pendant la pandémie, ça n'a pas été le cas pour nous. Il faut beaucoup plus de plaidoyer."

"En province, c'est là que nous avons encore beaucoup à faire. Nous sommes victimes des commérages ; on nous hue sérieusement, mais, avec le temps, ça passera, ils comprendront."

Pour le moment, il est impossible de connaître le nombre exact de tous les membres de la communauté LGBT au Rwanda car certains d'entre eux vivent dans les provinces du pays où leurs activités ne sont pas encadrées ici à Kigali, la capitale.

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