Maroc: Felipe Francisco, un Brésilien qui incarne l'amour assumé de la darija et de la culture marocaines

Brasília — Dans un pays-continent comme le Brésil, à l'autre extrémité de l'atlantique, difficile de croire que l'on peut croiser quelqu'un qui parle darija.

Pourtant c'est bel et bien le cas Felipe Benjamin Francisco, un pauliste de 32 ans qui ne cache pas son amour pour le dialecte marocain, un amour qu'il assume en œuvrant, auprès de ses compatriotes, à faire connaitre tous ses affluents culturels, traditionnels et historiques.

Le chemin qui a mené Felipe vers la darija a passé par l'arabe classique, a-t-il dit dans une interview à la MAP, expliquant que le point de départ remonte à son enfance dans la plus grande ville brésilienne, Sao Paulo, cœur battant de l'économie qui abrite une grande communauté arabe.

"Le contact quotidien avec les voisins arabes nourrissait ma curiosité à découvrir cette culture exotique, une curiosité que j'aurais jamais soupçonné me mener à décrocher des années plus tard une licence en langue arabe de la faculté des lettres de Sao Paulo, puis un master et un doctorat", confie-t-il.

Le professeur en linguistique et dialectes arabes, très actif également dans la traduction d'ouvrages arabes vers le portugais, sa langue maternelle, est ainsi allé jusqu'au bout dans son rêve jusqu'à ce qu'il puisse communiquer aisément en arabe, encore mieux que ses amis d'origine arabe établis au Brésil, ironise le jeune brésilien.

Dans sa "quête de l'inconnu", Felipe Francisco a lu et admiré des chefs d'œuvres de la littérature arabe allant de la poésie préislamique jusqu'à la philosophie andalouse et la littérature contemporaine, dont le penseur marocain Mohamed Abed Al Jabri l'a marqué profondément.

Mais le premier contact avec la darija marocaine a commencé avec son premier voyage au Maroc, dans le cadre d'une bourse d'étude, explique celui qui s'attèle actuellement à traduire en portugais une anthologie sur la Cité ocre.

"Mon périple au Maroc, particulièrement la découverte de la darija dans la ville d'Essaouira et la région de Chiadma, a profondément marqué ma carrière académique", déclare Felipe Francisco, qui continue de se rendre au Maroc pour les besoins de la recherche et pour visiter ses amis de l'autre rive de l'atlantique.

Le Brésilien a été d'autant plus surpris par la culture marocaine que les écrits portugais sur le monde arabe portaient essentiellement sur le Moyen-Orient. "J'ai été fasciné par la diversité culturelle entre le nord et le sud du Royaume, ainsi que par les multiples dialectes parlés au Maroc", se remémore-t-il, mettant en avant la culture de cohabitation religieuse chez les Marocains, en l'occurrence à Essaouira.

Par ailleurs, en sillonnant les zones rurales de Chiadma pour recueillir les mots, les expressions et les proverbes, notre amis dit avoir été émerveillé par l'hospitalité des gens qui lui consacraient des journées entières de conversations et d'échanges et tout ce qui va avec de plats traditionnels et de thé, un accueil qui était le même réservé à lui par les pêcheurs d'Essaouira au riche patrimoine oral.

"Le premier constat que j'avais fait durant mon long séjour c'est que les peuples marocain et brésilien partagent les mêmes humeurs joyeuses et les mêmes valeurs d'ouverture et d'intégration des étrangers", fait-il observer.

Néanmoins, déplore Felipe, il suffit de se rendre dans les bibliothèques des deux pays pour se rendre compte de la pénurie d'ouvrages sur l'un ou l'autre. "A partir de ce moment, j'ai pris conscience du manque à gagner en termes de traduction des œuvres des grands auteurs marocains en portugais", affirme-t-il.

Aujourd'hui, parallèlement à son travail à l'université, Felipe participe à une équipe de traducteurs chez la première maison d'édition brésilienne spécialisée dans la littérature arabe et maghrébine.

L'universitaire se dit engagé à ne pas s'arrêter là et à fournir davantage d'effort pour mieux faire connaitre la littérature marocaine au lectorat brésilien. "Au plan académique je me prépare à publier mon doctorat sous forme d'ouvrage intitulé +Le dialecte marocain dans la ville d'Essaouira+, comme je continue de réaliser des articles scientifiques sur des questions linguistiques concernant le Royaume", assure-t-il.

Le cas de Felipe montre, ainsi, comment la langue, la culture et les personnes peuvent influencer et marqué les esprits, voire forcer des revirements de carrière et de vie, le chercheur brésilien se présentant de ce fait comme un ambassadeur du patrimoine culturel et historique du Maroc, comme s'il tient à payer une dette envers le pays et les gens qui l'ont accueilli à bras ouverts et enrichi sa personnalité et sa carrière académique.

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