Maroc: Santé mentale - Trois questions au président de l'Association AMALI

interview

Rabat — Le président de l'Association Marocaine pour l'Appui, le Lien, l'Initiation des familles de personnes souffrant de troubles psychiques (AMALI), Fouad Mekouar, jette la lumière dans un entretien accordé à la MAP, sur la situation de la santé mentale au Maroc.

1.Que pourriez-vous nous dire sur la situation de la santé mentale au Maroc ?

La maladie mentale est un fléau international qui nous oblige à agir sur plusieurs niveaux pour le maîtriser. Au Maroc, la santé mentale reste reléguée au second plan et les efforts accomplis restent au deçà des besoins.

Nous enregistrons un déficit de 306 psychiatres dans le secteur public et privé, ainsi qu'une capacité litière qui ne dépasse pas 2.225 lits seulement pour la santé mentale répartis sur 34 structures de soins en psychiatrie et addictologie, soit 0,7 lit pour 10.000 habitants, alors que la norme internationale préconise un lit pour 10.000 habitants.

On note également que la répartition régionale en matière de santé mentale est inégale, car l'axe Casa-Kénitra se taille la part du lion où seule la ville de Casablanca regorge 60% des ressources.

Côté médicament, on déplore que le budget de 90 MDH alloué aux médicaments psychotropes reste insuffisant avec absence des médicaments de nouvelle génération.

Par contre, les chiffres de l'enquête épidémiologique Nationale sur la prévalence des troubles mentaux et les toxicomanies au Maroc, réalisée en 2007 par le ministère de la Santé en collaboration avec l'OMS, fait état de 26,5% des Marocains souffrent de troubles dépressifs, 9% de troubles anxieux, 5,6% de troubles psychotiques, 1% de schizophrénie, 2% abus d'alcool, alors que 1,4 % dépendance alcoolique.

Par ailleurs, nous saluions certaines réalisations récentes notamment l'inauguration de 23 services psychiatriques intégrés à des hôpitaux , et 2 structures intermédiaires (Marrakech et Salé), ainsi que 3 hôpitaux psychiatriques El Kelaâ des Sraghna, Kénitra et Agadir, d'autant plus que 2 Centres Médicaux Psychosociaux - CMPS à Casablanca et 1 Centre d'addictologie à Sidi Moumen.

2. Quel est l'apport de l'Association AMALI dans la promotion de la santé mentale dans notre pays ?

Notre Association agit sur plusieurs plans à travers l'organisation de plusieurs conférences pour sensibiliser le public sur les méfaits de la stigmatisation, la marginalisation et l'exclusion.

Nous organisons également un cycle de psycho éducation pro-famille, formation qui s'adresse aux familles et proches afin soulager leur souffrance et les aider à mieux communiquer avec le patient et éviter ainsi les crises à répétition avec le risque d'hospitalisation. Cette année nous organisons un cycle de formation en collaboration avec le CPU Centre Psychiatrique Universitaire de Casablanca quartier des hôpitaux à partir du mois de novembre.

Nous sommes, depuis 2018, partenaires du ministère de la Santé et de la Fondation Mohammed V et de l'INDH pour la gestion du CMPS - Centre Médicaux Psychosocial- de Tit Mellil qui a été inauguré par Sa Majesté le Roi en 2018.

Pendant le confinement, et compte tenu des perturbations des services de Santé, le CMPS a continué à fonctionner avec un régime restreint, et ce avec des consultations psychiatriques à distance et l'octroi des médicaments auprès de l'hôpital psychiatrique Errazi de Sidi Hajjaj, ainsi que l'organisation de consultations thérapeutiques individuelles à distance pour les patients du Centre avec la priorité aux personnes en état de détresse, sur une plage d'horaire régulière.

Concernant les projets d'AMALI, notre Association va continuer de se battre pour défendre et venir en aide aux patients et à leur famille. Et pour consolider ce projet on suggère le recrutement des formateurs en psychoéducation pour le programme pro-famille, des thérapeutes et autres spécialistes pour accompagner les patients et patientes du CMPS, ainsi qu'une équipe mobile qui se déplace à domicile afin d'éviter l'hospitalisation des patients.

Au final, et à l'occasion de la Journée mondiale de la santé mentale le 10 octobre, son Association organisera, à distance sur le site électronique AMALI et sur sa page Facebook, une conférence de sensibilisation et d'information adressée aux familles des patients atteints de troubles psychiques en particulier et au grand public en général.

3. Votre plaidoyer, si la situation perdure?

Si cette situation perdure, elle va exposer les malades à des rechutes fréquentes à la marginalisation et à l'exclusion sociale.

Donc, il faut mettre les moyens nécessaires à l'instar de la politique contre le cancer, à savoir l'augmentation de la capacité litière en psychiatrie ainsi que le nombre de psychiatre, d'infirmier, de psychologue et d'éducateur.

En plus, l'État doit former du personnel spécialisé dans l'ergothérapie et la psychomotricité ainsi que l'amélioration de l'accueil et le traitement des patients, d'autant plus qu'on ne doit pas limiter l'offre de soins aux médicaments et à l'hospitalisation.

Afin de faciliter le rétablissement et l'intégration sociale du patient, il faut renforcer et généraliser les CMPS et les structures intermédiaires pour compléter la chaine des soins à travers la formation des infirmiers, des médecins généralistes et des familles à la psychoéducation.

Les besoins du secteur ne se limite par uniquement à la psychiatrie mais également à des spécialités connexes, telles que l'addictologie, la pédopsychiatrie et la psychogériatrie.

Enfin, il faut revoir la législation qui régit la maladie mentale avec l'implication des professionnels de la santé, des associations et des familles.

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