Congo-Kinshasa: Exclusion des Enseignants non-catholiques des Ecoles Catholiques - La Polémique s'intensifie sous un silence gêné du Clergé Catholique

Radio Okapi/Ph. John Bompengo
La rentrée scolaire n’est pas effective dans certaines écoles de Kinshasa (archive)

Les vagues provoquées par les dernières déclarations du Cardinal Fridolin Ambongo continuent de provoquer des remous dans l'opinion congolaise.

La dernière réaction et non la moindre vient du Vice-ministre à l'Enseignement Primaire et Secondaire Didier Bidimbu le lundi 12 Octobre 2020, qui a tenu à circonscrire le cadre dans lequel évoluent les écoles conventionnées catholiques. «Les écoles conventionnées, qu'elles soient catholiques, protestantes, Kimbanguistes ou Islamiques sont propriétés de l'Etat qui paie les enseignants. Le Cardinal n'a donc pas le droit de prendre des mesures qui violent la constitution et les lois du pays aussi longtemps que l'Etat reste l'unique propriétaire des écoles conventionnées et employeur de ces enseignants. Les églises n'en sont que les gestionnaires».

C'est donc l'Etat qui définit la politique générale en matière de religion ou autres critères à appliquer pour être enseignant dans ces écoles.

Le problème soulevé par le Prélat est pourtant un problème réel au vu de la vitesse d'expansion des églises dites du réveil surtout dans les centres urbains dont Kinshasa qui rognent toujours un peu plus sur le terrain de l'église catholique. Le Cardinal qui doit en tant que berger de l'Eglise Catholique veiller sur ses croyants, ne comprendrait pas pourquoi la Grande Eglise ferait la part belle aux Eglises de Réveil dont les membres enseignant dans les écoles catholiques profiterait de la tribune leur offerte gratuitement pour faire du prosélytisme. Mais, c'est un problème qui peut-être réglé à l'interne sans énerver la constitution et les lois du pays. Des dispositions réglementaires justes peuvent défendre à des tels enseignants toute allusion à la religion et des activités religieuses peuvent-être prévues aux heures où le cours de religion est donné pour parfaire l'éducation religieuse des jeunes fréquentant ces écoles. C'est même là l'avantage que l'Etat a conféré aux églises en leur confiant la gestion de ces écoles.

Ce qui amène les observateurs avertis à se poser la question de savoir si le Cardinal avait juste commis une bourde, comme il arrive à toutes les autorités d'en commettre où si sa démarche était délibérée tout comme l'est sa déclaration.

Le silence des milieux ecclésiastiques catholiques de Kinshasa qui font bloc derrière leur Chef laisse penser qu'il y a un problème derrière cette sortie remarquée du Chef de l'Eglise à Kinshasa.

Ils font remarquer que si à Kinshasa les meilleures écoles sont catholiques, ce n'est pas le cas partout, sur toute l'étendue de la République. Il y a des districts du pays entiers dans lesquels les catholiques sont minoritaires et dans lesquelles ceux d'obédience catholique seraient discriminés si ce genre de disposition prônée par le Cardinal leur était appliquée. Si tous les Protestants chassaient les catholiques de leurs écoles, les catholiques chassent les protestants et les Kimbanguistes et ainsi de suite, le Congo reculerait de plusieurs en arrière pour revenir aux guerres de religion.

Donc, un malaise qui se discute à l'interne de l'église catholique de Kinshasa serait à la base de cette sortie qui a toute de suite disputé la vedette avec l'affaire du territoire de Minembwe qui est sur toutes les langues actuellement. Le malaise dont il s'agit serait l'érosion du pouvoir d'achat des enseignants de grandes écoles catholiques qui avaient l'habitude d'exiger des frais assez importants aux parents afin de faire vivre décemment les enseignants. Avec la gratuité de l'enseignement dans toutes les écoles publiques, conventionnées ou pas, ces enseignants se retrouvent avec un pouvoir d'achat sérieusement écorné qui empêche que les autorités préservent le niveau de leurs écoles.

Le problème du déclin de la grande église n'est pas lié aux écoles et à ses enseignants. C'est un problème de l'évolution de la société et de la manière dont l'Eglise exerce son apostolat. Toutes les églises jouissent de la même liberté d'étendre leurs activités dans toutes les directions qu'elles veulent dans le strict respect de la liberté des autres et des lois du pays. En ce sens, l'église catholique, comme toutes les autres églises exercent leur apostolat sans contrainte. C'est l'occasion pour le cardinal de mettre à l'épreuve toute sa dévotion et sa spiritualité pour faire retrouver à l'église son rôle proéminent d'antan sans passer par ces mesures sujettes à controverse. L'Eglise a mille et une façons d'initier les élèves dans les écoles à la doctrine catholique, sans en exclure les enseignants non-croyants.

Maintenant, il existe aussi dans la ville de Kinshasa des écoles privées catholiques dans lesquelles l'église n'a pas les mêmes restrictions que dans les écoles conventionnées. Ils peuvent recruter les enseignants suivant des critères que l'église a fixés sans provoquer des remous. Le Cardinal a les mains libres dans celles-là, même si ce sont plutôt les critères de compétence qui jusque-là préside au recrutement des enseignants même dans celles-là. Un bon professeur de physique protestant pourrait être privilégié plutôt qu'un piètre enseignant pieux et dévot ayant une compétence limitée.

A La Une: Congo-Kinshasa

Plus de: La Prospérité

à lire

AllAfrica publie environ 800 articles par jour provenant de plus de 130 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.