Congo-Kinshasa: Plus de 200.000 personnes fuient les attaques des groupes armés dans l'est du pays

9 Octobre 2020

Plus de 200.000 personnes ont été déplacées à la suite d'une série d'attaques et de combats brutaux des groupes armés dans les provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri, en République démocratique du Congo, a indiqué vendredi l'Agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

Parmi ces dizaines de milliers de déplacés internes, figurent 50.000 personnes qui ont fui leur domicile à la suite de la récente recrudescence des combats au Nord-Kivu. Dans ce lot, l'agence onusienne a fait état d'un « nombre impressionnant d'enfants, dont beaucoup ne sont pas accompagnés d'un parent ou d'un tuteur ».

Selon le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR), ces attaques brutales du 21 septembre dernier, imputées au groupe armé Forces démocratiques alliées (ADF), ont tué au moins 13 personnes sur un site accueillant des déplacés internes dans le village de Mbau, dans le territoire de Beni.

« Craignant pour leur vie, de nombreuses autres personnes ont fui les champs voisins où elles travaillaient, laissant tout derrière elles. Le jour suivant, le même groupe armé aurait pillé et incendié un dispensaire du village de Musuku », a déclaré Shabia Mantoo, porte-parole du HCR. Un praticien de santé et plusieurs autres civils n'ont pas été vus depuis le 22 septembre.

A Pinga, une région du Nord-Kivu, des combats en cours ont atteint « un stade alarmant mettant en danger des vies innocentes ». Les affrontements qui ont suivi la scission des différentes factions au sein du groupe armé NDC/R ont déplacé entre 40.000 et 60.000 personnes depuis juillet.

Depuis juillet, plus de 120.000 personnes déplacées en Ituri

Dans la province d'Ituri, dans le territoire méridional d'Irumu, le HCR fait état également d'une forte hausse de la violence, avec « l'émergence d'un nouveau groupe armé et une intensification des attaques par d'autres groupes armés et milices ».

« Ces groupes appliquent tous les mêmes méthodes destructrices de pillage et d'incendie des maisons », a ajouté Mme Mantoo, relevant que cela rend difficile le retour des personnes déplacées dans leurs villages. Depuis juillet dernier, plus de 120.000 personnes ont été ainsi déplacées par cette flambée de violence dans le Territoire du Sud.

Certains se sont réfugiés dans une église surpeuplée, tandis que d'autres n'ont pas d'abri approprié et sont obligés de dormir à la belle étoile. « Les civils sont pris dans un cercle vicieux de violence et de déplacement sans aucun espoir en vue - faisant de la région un épicentre constant de la souffrance humaine », a insisté Mme Mantoo.

Alors que la violence continue de toucher les civils dans les parties orientales du pays, un sentiment de choc, de panique et de peur se fait finalement sentir dans de nombreuses régions. Anticipant de nouvelles attaques, les populations civiles ne souhaitent pas rentrer chez elles. Selon le HCR, plusieurs déplacés ont maintenant fui pour la deuxième fois cette année et ont trouvé refuge dans des familles d'accueil de la ville de Mangina.

Par ailleurs, à la suite d'une mission inter-agences des Nations Unies menée au mois d'août dans la région, le HCR et ses partenaires ont reçu des rapports de violations des droits de l'homme. Il s'agit notamment des meurtres, des viols et des enlèvements. Plus de 270 enfants associés à des groupes armés ont été identifiés.

Des consultations de paix menées par les autorités locales

La mission a également relevé des allégations de recrutement d'enfants, de meurtres et de mutilations d'enfants, ainsi que de violences sexuelles contre des enfants. Au moins 54 enfants qui ont été récemment libérés par un groupe armé ont ensuite été apparemment forcés de rejoindre une faction opposée dans la région.

En juillet et août, les consultations de paix menées par les autorités locales s'étaient conclues par un appel unanime à la cessation des hostilités de la part de tous les groupes armés de la région. Toutefois, ces efforts n'ont pas permis de ramener la paix, les conflits fonciers de longue date entre les différentes communautés n'étant toujours pas résolus et sans processus de désarmement. Les groupes armés ont poursuivi leurs attaques en septembre, tuant au moins 43 personnes et en kidnappant 17 autres dans le territoire.

Les nouveaux déplacements au Nord-Kivu et en Ituri s'ajoutent aux plus de 3,4 millions de personnes déjà déplacées dans les deux provinces. Il y a actuellement 5,5 millions de personnes déplacées à l'intérieur de la RDC, l'une des plus grandes populations déplacées au monde et la plus importante en Afrique.

Face à ce nouvel afflux de déplacés internes, l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés apporte un soutien urgent aux dizaines de milliers de personnes qui ont été récemment déplacées dans les provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri.

Dans l'Ituri par exemple, le HCR a d'ailleurs renforcé sa présence dans la région et prépare la distribution d'articles de secours pour au moins 15.000 personnes ainsi que la construction d'abris d'urgence. L'Agence onusienne travaille également avec les communautés au renforcement de leurs mécanismes de protection.

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