Afrique: Des gels hydroalcooliques « made in Chad » pour contrer la propagation du coronavirus

communiqué de presse

N'djamena — laquo; C'est la première fois que le Tchad produit des gels hydroalcooliques, ça été une belle aventure qui nous enorgueillit. » Directeur technique du ministère de la Santé publique, le docteur Al Sadick Haroun Abdallah ne cache pas sa satisfaction. Après tout, son autorisation a été cruciale pour démarrer la production dans son pays de cette solution désinfectante tant recherchée dans le monde entier depuis le début de la pandémie de coronavirus (COVID-19). « Nous avons réussi à avoir rapidement le bon réflexe pour faire face à la pénurie et à la flambée des prix des rares flacons encore disponibles sur le marché », explique ce quinquagénaire, également en charge du laboratoire.

Une pénurie mondiale

Aux quatre coins du monde, dès les premiers jours des mesures de confinement prises par les gouvernements pour limiter la propagation du virus, les fabricants de masques, de gants et de gels hydroalcooliques sont pris d'assauts. Cette nouvelle réalité digne d'un film de science-fiction s'installe aussi brusquement à Ndjamena.

Depuis que l'Organisation mondiale de la santé (OMS)a annoncé que le lavage fréquent des mains est le geste le plus efficace pour ne pas contracter la maladie, les gens se sont rués sur les pharmacies, faisant parfois la queue pendant des heures pour se procurer cette solution alcoolique apparue il y a tout juste 20 ans et qui permet de se désinfecter les mains à tout moment. « C'est la troisième fois qu'on me dit de repasser mais à chaque fois, tous les flacons sont déjà vendus », lance excédée Ramat Abdoulaye, sortant bredouille d'une grande pharmacie du centre-ville.

Certains vont jusqu'à traverser la frontière pour se ravitailler à Kousseri, une ville camerounaise située à une vingtaine de kilomètres de N'Djamena, de l'autre côté du fleuve Logone. Même dans le milieu médical on est forcé de recourir au système D pour pallier le manque. « La pénurie de gel dans le pays nous a poussés à nous organiser chacun à notre manière pour en fabriquer nous-même, en suivant la formule de OMS, afin de protéger notre personnel en contact avec les clients », explique le docteur Raksala Masna, président de l'Ordre des pharmaciens du Tchad.

Une solution innovante à une situation exceptionnelle

Les pouvoirs publics réagissent et décident d'utiliser les structures locales existantes pour se lancer dans la production nationale de gels hydroalcoolique afin d'approvisionner avant tout les hôpitaux de la capitale et ceux des provinces, régulièrement en rupture de stocks.

Pour cela, il faut un laboratoire doté d'équipements de dernières génération et d'une capacité de production suffisante. Logé dans l'enceinte du Centre de contrôle de la qualité des denrées alimentaires (CECOQDA), le laboratoire national de contrôle qualité des médicaments inauguré il y a tout juste quelques mois et financé par l'Association internationale de développement à travers le Projet pour l'autonomisation des femmes et le dividende démographique au Sahel (SWEDD) devrait faire l'affaire. Son objectif de départ était d'améliorer la préparation et le contrôle qualité des médicaments et autres produits médicaux liés à la santé maternelle, néonatale, infantile et nutritionnelle. « Le projet avait décidé de doter le laboratoire de fortes capacités et d'une certaine indépendance pour face à l'émergence des contrefaçons grâce à l'amélioration des connaissances sur les impuretés chimiques toxiques et pour s'adapter au développement des médicaments génériques et aux évolutions règlementaires», souligne Christophe Lemière, en charge du projet.

Le 17 avril 2020 l'unité de production démarre et peut produire plus de 900 litres de solution hydroalcoolique par jour. La chaîne de la production, allant de la fabrication à la validation puis à l'emballage, mobilise entre 20 et 25 techniciens.

« En plus du soutien apporté par des projets préexistants dans le secteur de la santé comme le SWEDD, la Banque mondiale a apporté 68 % du coût financier du plan de riposte d'urgence au coronavirus adopté par le gouvernement en mars 2020 et qui s'élève au total à 15 milliards de francs CFA », précise Rasit Pertev, responsable des opérations de la Banque mondiale pour le Tchad. « Cette intervention d'urgence n'est que le début d'un effort plus vaste prévu par groupe de la Banque mondiale pour aider le Tchad dans des domaines essentiels comme la sécurité alimentaire, la protection sociale et la continuité de l'éducation. »

Pour réagir à la pénurie mondiale de gels hydroalcooliques, les pouvoirs publics ont décidé d'utiliser les structures locales existantes pour se lancer dans la production nationale de gels hydroalcoolique. ©Edmond Dingambhoudou, Banque mondiale

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