Mali: Dans les coulisses de la libération des otages, d'âpres négociations

Militaires de la force conjointe G5 Sahel, dans la région d'In Tillit, au Mali, début novembre 2017

La libération jeudi soir des quatre otages au Mali, Soumaïla Cissé, Sophie Pétronin et les deux Italiens, Nicola Chiacchio et le père Pier Luigi Maccalli, est intervenue à l'issue de longues et difficiles négociations à l'issue longtemps incertaine. Une rançon aurait été payée et de nombreux jihadistes ont été libéré par les autorité maliennes. Retour sur ce que l'on sait des tractations et des contreparties exigées.

Le 5 avril dernier, quelques jours après l'enlèvement de Soumaïla Cissé, le Premier ministre de l'époque Boubou Cissé sur papier avec en tête de la primature, délivre un mandat à un homme d'affaires malien pour conduire les démarches en vue de la libération de l'opposant.

Très rapidement le contact est établi. Les ravisseurs du groupe jihadiste de Iyad Ag Ghaly acceptent des médicaments destinés à l'homme politique malien, donnent des preuves de vie et posent par écrit deux conditions pour le libérer. Première condition, l'élargissement de prisonniers jihadistes détenus au Mali et, deuxième condition, le paiement d'une rançon de 2 millions d'euros.

Les discussions se poursuivent mais entre temps la fillière de négociations est dessaisie et l'affaire est confiée aux services spéciaux du Mali qui désignent un autre médiateur... Et là le président malien d'alors, Ibrahim Boubacar Keïta, demande aussi la libération de l'otage française Sophie Pétronin par le même canal. De longues tractations s'ensuivent d'autant la demande de libération de deux otages italiens s'ajoute à la liste.

Finalement le week-end dernier au moins 200 prisonniers jihadistes ou présumés tels sont libérés. Parmi eux une vingtaine de « gros calibre ». Une source pénitentiaire malienne se souvient d'ailleurs que dans le cadre d'une enquête, il y a quelques moins, la division « droit de l'homme » de la mission de l'ONU au Mali leur avait rendu visite en prison. Mais au dernier moment un grain de sable a surgi, bloquant le processus. Les ravisseurs exigent d'autres libérations. Demande acceptée... Une rançon aurait été payée et les otages ont finalement été libérés.

Des contreparties qui questionnent en France

La libération de 200 jihahistes le week-end dernier, peut poser problème selon Christian Cambon, le président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense du Sénat. Notamment pour les militaires de Barkhane. Christian Cambon, joint au téléphone par Pierre Firtion du service Afrique de RFI.

« Si la junte actuellement au pouvoir a organisé cet échange dans le sens d'une réconciliation nationale, cela peut se concevoir au sens où, à chaque fois que se termine un conflit intérieur qui a entraîné beaucoup de drames, beaucoup de sang, il y a toujours des échanges de prisonniers, des libérations de part et d'autre, cela peut se comprendre.

Si malheureusement tel n'était pas le cas, et c'est là effectivement où se situe mon souci, cela voudrait dire que, parmi les 100 ou 200 - on ne sait pas encore exactement combien de prisonniers ont été libérés - et au sein desquels se trouvent de manière absolument formelle quatre ou cinq terroristes qui ont signé des crimes de sang épouvantables -, s'il n'y a pas de contrepartie de paix et d'apaisement et s'il s'agit de simplement de la contrepartie de ces quatre libérations, bien évidemment, là, cela pose problème. Et si c'était ça le marchandage, cela aurait été un marchandage particulièrement périlleux et dangereux pour nous ».

Plus de: RFI

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