Nigeria: Les manifestations contre les violences policières se multiplient

La militante nigériane Aisha Yesufu, lors de la manifestation #EndSARS à Abuja le samedi 10 octobre.

Les manifestations contre les violences policières prennent de l'ampleur au Nigeria. Depuis une semaine, les réseaux sociaux du pays sont mobilisés par le hashtag « EndSARS », demandant la dissolution de l'unité spéciale de répression des vols et braquage, accusée de graves atteintes aux droits humains. La mobilisation en ligne est impressionnante, et figure au sommet des sujets les plus discutés sur Twitter au niveau mondial. Mais depuis jeudi, la jeunesse nigériane est aussi présente dans les rues.

Ce samedi, de nouvelles manifestations ont eu lieu à Lagos et Abuja, mais aussi dans d'autres provinces du pays. Les manifestants - majoritairement issus de la classe moyenne - ont défilé jusqu'aux porte de la maison du vice-gouverneur de Lagos dans les quartiers huppés de la ville. Ils étaient quelques centaines à bloquer la circulation, en brandissant des pancartes en papier. Presque tous ont subi ou été témoin de la violence de la police nigériane.

Komé se remémore cette expérience traumatisante. « Il n'était même pas tard dans la soirée. Ils nous ont arrêtés dans une rue calme, ils ont sorti leurs armes, les ont pointées sur nous sans nous donner aucune raison. Ils ont crié "descendez de votre voiture !". Nous avions les mains en l'air, nous leur avons dit de nous fouiller, mais ils ne nous écoutaient pas. »

Il est de notoriété publique au Nigeria que les policiers ciblent plus particulièrement les jeunes, surtout s'ils sont bien habillés et portent des dreadlocks, des tatouages ou des piercings. Au point de dissuader les jeunes comme Manolo de sortir dans les rues après la tombée de la nuit.

« On doit couvrir nos cheveux, s'habiller comme si on était pauvre, laisser nos téléphones chez nous, on doit cacher nos applications bancaires, parce qu'ils fouillent les téléphones et s'ils voient que tu as de l'argent, ils te forcent à retirer à un distributeur, avant de te planter là. Nous vivons dans la peur. »

Dans un pays où la mobilisation dans la rue est rare, les jeunes ne réclament qu'une chose : le droit de vivre. Un souhaite qu'ils formulent tous, comme Chiwendu : « Nous ne leur demandons pas de réparer nos routes, nous ne demandons pas de l'électricité. Nous ne demandons pas de la nourriture, ni la fin de l'inflation... Nous demandons juste à pouvoir vivre librement dans le pays qui est le nôtre. »

Sur Twitter, le président Muhammadu Buhari a affiché sa volonté de réformer la police. Une promesse que le gouvernement nigérian n'a jamais tenue par le passé.

Plus de: RFI

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