Congo-Kinshasa: Avortements sécurisés - La CGND-RDC insiste sur la domestication du Protocole de Maputo

La lutte pour la dépénalisation de l'avortement en République démocratique du Congo, tel que stipulé dans l'article 14 alinéa 2, Point C du protocole de Maputo, est et reste l'un des sujets primordiaux de la coalition de lutte contre les grossesses non désirées (CGND/RDC).

Pour ce faire, une conférence a été organisée, le jeudi 8 octobre 2020, au salon Congo de Pullman hôtel, en marge de la journée internationale de la dépénalisation de l'avortement, célébrée le 28 septembre de chaque année. Thème retenu : «Oui, les femmes et les filles peuvent autogérer leur santé sexuelle et reproductive y compris l'avortement par la télémédecine».

En substance, la coalition de lutte contre les grossesses non désirées ne veut pas entendre qu'il y a une femme ou une fille qui est morte à cause d'un avortement clandestin en République démocratique du Congo. Voilà pourquoi, elle milite sans ménagement pour la domestication du protocole de Maputo, surtout pour le respect de l'article 14 alinéa 2 Point C qui précise que les femmes ont le droit d'accéder à l'avortement médicalisé pour les grossesses issues d'agression sexuelle, de viol, d'inceste, et lorsque la grossesse met en danger la santé mentale et physique de la mère ou du fœtus. Cette lutte noble se focalise à sauver des vies des femmes et filles qui recourent généralement aux avortements à risques. Et, cet instrument juridique régional appelle les pays ayant adhéré et ratifié dont la RDC, à protéger les droits reproductifs des femmes, particulièrement en autorisant l'avortement dans l'esprit prescrit ci-haut.

Surtout que, selon les résultats de l'EDS 2013-2014, la mortalité maternelle est estimée à 846 pour 100.000 naissances vivantes. Parmi les principales causes de cette mortalité maternelle élevée, l'avortement à risques représente la 2ème cause, après les hémorragies. Plus loin, une étude menée à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo, par l'école de santé publique, en collaboration avec Guttmarcher, a dénombré en 2016, 146700 cas d'avortements ayant eu lieu à Kinshasa. C'est-à-dire que le taux d'avortement correspond à 56 interruptions pour 1000 femmes âgées de 15 à 49 ans. Au fond, les adolescentes et jeunes sont celles qui payent le plus lourd tribut de l'injustice de la vraie information, les compétences et les moyens de se protéger des grossesses non désirées. C'est dire qu'elles n'ont pas totalement accès aux méthodes contraceptives (préservatifs et services de planification familiale). Et pourtant, 27,2% d'adolescentes ont commencé leur vie procréative entre 15 à 19 ans et constituent un groupe à risque en matière de fécondité étant donné que la fécondité précoce a souvent des effets négatifs sur la santé des enfants et des jeunes mères.

Recommandations

Il sied de souligner que les défis sont énormes dans ce secteur qui peut impacter le développement de la République démocratique du Congo.

Dans la série de recommandations formulées, la Coalition de lutte contre les Grossesses Non Désirées (CGND) interpelle le gouvernement à travers les ministères sectoriels quant à la mise en œuvre du Protocole de Maputo en RDC, précisément son article 14, alinéa 2.C.

Au Ministère du Genre, Famille et Enfant, de domestiquer le Protocole de Maputo qui, dans son article 14 alinéa 2.c stipule : « Protéger les droits reproductifs des femmes, particulièrement en autorisant les avortements médicalisés, en cas d'agression sexuelles, de viol, d'inceste et lorsque la grossesse met en danger la santé mentale et physique de la mère ou la vie de la mère ou du fœtus... »

En outre, elle en appelle à ce même ministère à contribuer à la vulgarisation dudit protocole pour le bien de tous, particulièrement des femmes et jeunes filles en âge de procréer en l'institutionnalisant dans toutes les structures sanitaires ; s'impliquer d'avantage pour la prise en compte de l'équité dans les interventions de PF/ Avortements auprès des jeunes filles et des femmes en âge de procréer : penser beaucoup plus aux milieux ruraux et aux groupes spécifiques de la population.

Au Ministère de la Santé Publique, de valider les normes et directives des soins complets d'avortement centrés sur les femmes dans le but de protéger les prestataires de services de santé dans le cadre de leurs activités professionnelles. Ce, afin qu'ils puissent agir sans crainte, ni contrainte dans la limite de la loi ; veiller à la multisectorialité dans l'élaboration du plan stratégique national sur la santé sexuelle et Reproductive 2020-2025, en droite ligne avec le plan de couverture de santé Universelle. En outre, intégrer les questions des soins d'avortement dans l'accès aux services dans le cadre du Plan National de la couverture de santé Universelle ; accroître la part du Budget de l'Etat alloué à la santé, en identifiant une ligne spécifique aux produits liés aux soins d'avortements pour les vulnérables. Aussi, améliorer l'accès aux services des soins d'avortements des jeunes filles et femmes à travers notamment, l'instauration des services de prise en charge gratuit ou à un coût forfaitaire.

Au Ministère des Droits Humains, la CGND recommande de s'impliquer pour accompagner les deux autres ministères, à savoir celui du Genre et de la Santé à la mise en application des textes légaux nationaux et internationaux qui sécurisent les questions d'avortement en République Démocratique du Congo (Protocole de Maputo et autres textes légaux) ; harmoniser tous les textes légaux nationaux qui traitent les questions d'avortement en République Démocratique du Congo.

Ensuite, s'impliquer davantage auprès des corps judiciaires (Avocats, Magistrats, OPJ et autres officiers judiciaire) sur le respect de l'application de la circulaire n° 04/SPCSM/CFLS/EER/2018 du 06 avril 2018 relative à la mise en exécution des dispositions de l'article 14 du Protocole à la charte Africaine des Droits de l'Homme et des peuples relatif aux droits de la femme en Afrique.

Aux bailleurs des Fonds et Partenaires, d'accroître le financement dans le secteur de la santé de la Reproduction avec un focus sur les questions d'avortements ; de financer la coalition à mener une étude de cas dans la ville de Kinshasa dont le but est de chercher à savoir le nombre exact des poursuites judiciaires déclenchées et cas des condamnations des femmes ou autres personnes à la suite des avortements dans les cours et tribunaux de Kinshasa.

Cette activité a été sanctionnée par la remise des prix aux gagnants du concours d'excellence, dénommé « meilleures productions journalistiques du projet « RESOnance ». La première place revient à Alice Kajabika de Bukavu et la deuxième place, à Socrate Nsimba.

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