Maroc: Des photographes qui ont pourchassé souffrance et espoir

Casablanca — Ils étaient en première ligne face au Coronavirus et ils ont passé des moments difficiles dans l'exercice de leur devoir professionnel. Ils ne sont pas des cadres du secteur médical ou paramédical, ni des membres des forces publiques et de la Protection civile, ce sont les journalistes photographes qui ont assuré le suivi de la pandémie depuis l'annonce du premier cas d'infection, devenant ainsi l'œil du citoyen pour couvrir les événements.

La passion qu'ils nourrissent à leur métier et l'amour qu'ils ressentent à prendre le risque en permanence afin d'immortaliser une image avec leur appareil photo étaient leur motivation à être constamment présents sur le terrain, espérant ainsi réaliser un scoop, informer les citoyens sur un virus mystérieux et faire face à un ennemi inconnu qui guette sa proie.

Rappelant le début de la pandémie et comment était le travail du journaliste photographe à cette époque, Ahmed Jorfi a affirmé dans une déclaration à la MAP que "nous travaillons dans un domaine où nous ne savons pas grand-chose, les informations sur le virus et la manière de sa propagation étaient peu disponibles et incertaines, pourtant la nécessité d'accomplir le devoir professionnel était beaucoup plus forte".

Ce photographe des quotidiens "Assabah" et l'"Economiste" a également indiqué que "notre détermination était grande" à assurer le travail correctement, car "tout le monde a besoin de photos qui pourraient peut-être révéler certains secrets de ce virus tant redouté".

"Notre sens du devoir envers les lecteurs n'a d'égal que la peur pour la sécurité et la santé des membres de notre famille", dit-il.

Faisant état des contraintes auxquelles il a été confronté durant les trois premiers mois de l'épidémie, une période très difficile pour tout le monde, il a affirmé que la situation était quelque peu critique pour lui, étant diabétique, "c'est pourquoi je dois prendre plus de précautions et veiller sur ma sécurité, celle de ma famille et de mes proches".

Le fait d'accompagner les forces de l'ordre et les représentants des pouvoirs publics dans les tournées effectuées dans les quartiers de Casablanca, qui continuent d'enregistrer le nombre le plus élevé d'infections, la visite des hôpitaux qui accueillent les patients était une source d'appréhension pour ceux qui nous entouraient, a poursuivi M. Jorfi, notant que cette situation incite à faire preuve de plus d'engagement concernant les mesures prises par les autorités compétentes dans le cadre de la prévention contre le virus et le retour à la maison signifiait tout un protocole à suivre en termes de désinfection des chaussures, le changement de vêtements, la prise de bain, avant de saluer les membres de la famille.

Il s'agit d'une équation difficile qui impose à la fois l'accomplissement du devoir professionnel et la protection des membres de la famille et des proches, a-t-il estimé.

Dans une déclaration similaire, le journaliste photographe du quotidien "Al-Ahdath Al Maghribia", Mohamed Adlani, a souligné que depuis l'annonce du premier cas du Covid-19 au Maroc, "nous nous sommes rendus à l'hôpital Moulay Youssef pour couvrir l'événement", et depuis ce jour, le travail s'est poursuivi sur le terrain en redoublant d'efforts avec les risques que cela suppose à une époque où le port du masque n'était pas obligatoire, ce qui nous exposait à une forte pression, le but ultime étant d'accomplir notre devoir".

Estimant que «la photo équivaut à mille mots», il a indiqué que le fait d'essayer d'immortaliser une scène aggrave les risques encourus, car "nous devions parfois aborder des cas dont nous ne savions pas s'ils étaient réellement infectés ou non".

S'approcher des groupes de personnes sans respect des mesures de distanciation afin de mettre en exergue des cas de violation des mesures de précaution par certains individus, la présence en permanence dans les hôpitaux où nous avions constaté de visu des cas de décès dus au virus entrainaient, dit-il, "un grand choc psychologique sur les photographes et certains d'entre nous craignaient d'être touchés par la maladie", citant dans ce sens le cas d'un collègue qui a passé trois jours difficiles, car il avait la fièvre avant que les analyses ne confirment qu'il n'était pas touché par la maladie.

Les professionnels travaillaient de manière continue sans bénéficier de congé, a affirmé pour sa part, Hicham Sadik, photographe du groupe "le Matin", notant que le devoir national lui incombe d'assurer avec fierté le travail sur le terrain en dépit des risques auxquels il est exposé.

"Malgré les précautions prises, le travail sur le terrain constitue un danger pour ma santé et celle des membres de ma famille", a-t-il dit, ajoutant que parfois il ressent de la peur, mais le devoir national "me permet de résister et de risquer ma vie afin de rapporter l'information aux citoyens".

Les contraintes et les risques sur le terrain auxquels est confronté le journaliste photographe de la MAP peuvent doubler en intensité, en ce sens qu'il fait face à d'autres contraintes comme la rapidité à livrer la photo pour illustrer l'article à diffuser, l'objectivité dans la couverture de l'événement, outre le respect de la ligne éditoriale de l'institution sans oublier la forte demande de la photo par les abonnés de l'agence.

Une pression supplémentaire que supporte Boujemaa Zidi, photographe de la MAP au pôle régional de Casablanca-Settat, connu par sa gentillesse auprès de ses collègues qu'il essaie de soulager pour alléger les contraintes auxquelles ils sont confrontés.

"La période du confinement marquera à tout jamais ma carrière professionnelle", affirme M. Zidi, rappelant qu'au moment où certains de ses collègues travaillaient à distance, il était obligé de se présenter au bureau pour assurer les reportages programmés et les photos réalisées reflétaient les impacts de la pandémie sur les plans économique, social et psychologique.

« Nous avons vécu souvent des moments difficiles », le contact direct avec des personnels de l'hôpital, le fait d'être présent dans des établissements de soins pendant des heures et la prise de photos des premiers cas de patients guéris de la maladie figuraient parmi "les risques auxquels nous étions exposés, mais l'obsession d'immortaliser une photo et le désir d'exceller nous incitent à déployer davantage d'efforts et sacrifier notre temps, voire notre sécurité, afin que la photo soit plus expressive et offre une valeur ajoutée", a-t-il dit.

Ils ont vécu avec la peur, vaincu leur instinct et choisi de renforcer le camp de dizaines de personnes obligées par leur métier à être au premier rang de la confrontation, et aujourd'hui ils méritent tous l'estime de la part de leur pays qui est très fier d'eux.

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